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Roland Hureaux

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Dimanche 27 janvier 2013 7 27 /01 /Jan /2013 23:02

 

On ne peut que se réjouir d’apprendre qu’un prisonnier – ou une prisonnière - quels qu’ils soient, est  libéré.

Particulièrement d’une prisonnière  française  dans une prison étrangère. 

Florence Cassez comme une autre.

Mais on peut  aussi avoir honte de voir la manière dont se comporte le gouvernement français à son égard : la   prisonnière EST accueillie à Roissy  en grande pompe par le ministre des affaires étrangères et reçue à l’Elysée avec du champagne (bon prétexte pour abréger l’audience de La Manif pour tous ! ) comme s’il s’agissait d’une héroïne dont la France eut à se montrer fière.

N’accablons certes pas l’intéressée qui a déjà payé de sept ans de prison, ce qui est beaucoup,  et qui sans doute n’en   demandait pas  tant.

Mais ne la confondons pas, comme on tend à nous y induire   de manière subliminale, avec une militante politique  en résistance contre un régime injustement oppressif.

Même si sa condamnation  initiale  à 60 ans de prison était excessive, voire absurde, elle reste une condamnée de droit commun dans un pays qui n’a fait qu’appliquer son  code pénal, imité de celui des Etats-Unis.

Certes l’amour a ses raisons et même son mystère : subjuguée comme il arrive qu’une femme (et même un homme ) le soit   par un    « bandido » à la virilité latine , sorti des  fils de Sergio Leone,   spécialisé dans les enlèvements  contre rançon, elle a ,  selon des témoignages concordants ,    prêté à l’occasion main  forte à  la garde des  victimes ,  sans prendre cependant  l’initiative de ces enlèvements, ni tuer personne.

Rien de tout cela  ne méritait les honneurs de la République.

A vrai dire  ces honneurs nous laisseraient plutôt indifférents, comme un simple cas  de sensiblerie  démagogique propre  à notre temps,  s’ils n’étaient  ressenti  comme une insulte par le Mexique,  un peuple de 115 millions d’habitants , que ces pratiques criminelles  excèdent et  qui était  à 80 % opposé à cette libération, obtenue seulement pour vice de procédure , non sur le fond.

Le mépris avec lequel a été traité dans toute cette affaire le peuple mexicain, - et cela vaut autant de Sarkozy dont les gesticulations bruyantes avaient    retardé la solution du problème  -  que de Hollande, a quelque chose d’odieux.

Comme si ce pays n’était pas un vieil ami de la France, un de ceux où notre image est restée bonne  (malgré l’équipée de Napoléon III, inspirée de la  de la même veine irresponsable que celle que nous voyons à l’oeuvre  aujourd’hui  ) .

Comme si le Mexique  était  une dictature : certes ce pays  est ravagé par la corruption, la criminalité ( notamment  celle dont Florence Cassez a été complice, les enlèvements de personnalités ) ,  mais les dirigeants y sont élus selon  une procédure démocratique classique, la droite y alterne avec la gauche .  Si corruption il y a, n’est-ce pas l’ancien chef d’Etat français qui est allé résider là-bas chez un milliardaire à la fortune douteuse  - comme si seule la désinvolture était de mise dès qu’il s’agit du  Mexique ?

On agit surtout en perdant de vue qu’il est  une des grandes puissances  émergentes, non loin de l’Inde et du Brésil . Se la mettre à dos pour une  affaire aussi frivole relève d’une  diplomatie à la Marie-Chantal, indigne d’un grand pays comme la France.  Nous ne parlons pas des efforts pour faire libérer une ressortissante française, qui sont  dans  l’ordre  diplomatique normal,  mais des honneurs manifestement  excessifs dont elle a été l’objet à son  retour et qui, le président doit le savoir, révulsent  non seulement les Mexicains mais aussi  beaucoup plus de  Français qu’il ne croit.

 

Roland HUREAUX

Par Roland HUREAUX
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Dimanche 27 janvier 2013 7 27 /01 /Jan /2013 22:58

 

L’opinion dominante est que, cinquante ans après la signature du traité franco-allemand d’amitié et de coopération par De Gaulle et Adenauer, la relation franco-allemande n’est  plus ce qu’elle était. Les sommets européens à répétition où s’affichent des divergences continues entre les gouvernements des  deux pays  sur les moyens de sauver l’euro alimentent l’idée qu’il y aurait quelque chose de cassé dans cette  relation privilégiée. En France,  se répand  aussi le sentiment  que désormais l’Allemagne impose son point de vue,  qu’entre les deux partenaires, la partie ne serait plus égale.

Ceux qui défendent cette position se situent dans la cadre d’une vision classique  de la politique où chaque pays défendrait son intérêt.

C’est ainsi que les choses se passaient en effet dans les trente premières années qui ont suivi le traité. Partant de postulats communs : marché commun, prix agricoles uniques etc.,  les deux pays (et les autres) négociaient chaque année le compromis le plus favorable possible à leurs  intérêts réels, sans que  l’un impose pleinement son point de vue. Lié  aux prix agricoles était le réajustement occasionnel, généralement concerté,  des parités entre le franc,  le mark et les autres monnaies.  Cette pratique a permis, pendant plusieurs décennies, une croissance continue et équilibrée des deux économies.

 

L’euro : une nouvelle donne

 

L’euro a changé la donne.

L’instauration d’une monnaie commune entre les deux pays  - et quinze autres,  semble représenter un progrès décisif de la coopération. L’euro  est pourtant aujourd’hui la principale pomme de discorde entre les deux pays. Il change en tous les cas la nature de leurs rapports, laquelle n’a plus rien à voir avec celui d’une négociation classique.

On entend dire en France que l’euro profite davantage à l’Allemagne qu’à la France. Géré aussi strictement que l’était le mark, il permet en effet  à l’Allemagne de bénéficier d’une compétitivité accrue qui lui confère des balances positives vis-à-vis de tous ses partenaires, y compris la France. Pourtant le gouvernement français (Hollande aussi bien que Sarkozy) n’est pas moins  attaché que le gouvernement allemand à la survie de l’euro. Et l’industrie allemande n’est pas moins sensible au déficit de compétitivité vis-à-vis du reste du monde entrainé par la manière dont l’euro est   géré. Les deux pays sont touchés, chacun à son niveau,  par la désindustrialisation sans que cela vienne jamais en discussion dans les sommets européens.

La divergence principale porte sur les moyens de sauver l’euro,  dont on ne sait pas en définitive s’il profite à l’un et l’autre pays. Mais là encore il serait vain de considérer que chacun défend son « bifteck ».

Mario Draghi, l’actuel  gouverneur de la BCE, l’a compris et en tire peu à peu les conséquences : après douze  ans de gestion relâchée de leurs finances publiques et de leurs coûts de production  par la plupart des pays de la zone euro, France comprise, l’expérience de la monnaie commune  ne peut être  prolongée que par un recours de plus en plus large  à la création monétaire et donc à l’inflation.

 

Un jeu de rôles plus qu’une négociation

 

Il en résulte un jeu de rôles diplomatique que l’on aurait tort de confondre avec un débat de fond ou une négociation d’  d’intérêts.

Face à  l’ option « laxiste »,  la seule supportable  par tous,  ( qui prend en France la forme d’un plaidoyer pour la  relance , laquelle, quoi qu’on fasse, est l’opposé  de la rigueur ),  le gouvernement français  a une attitude positive. Le gouvernement allemand, tout aussi désireux de sauver l’euro mais  tenu  par une opinion intérieure  à qui toute forme d’inflation fait horreur, résiste chaque fois… jusqu’au point où il est obligé de céder, non as aux pressions de ses partenaires mais aux exigences de sauvetage du système. Il obtient certes par sa résistance  des engagements de vertu de la part des pays  latins  mais on sait qu’ils ne seront guère   tenus et surtout qu’ils ne suffiront de toutes les façons pas à   sauver l’euro.  Ces engagements donnent à croire que l’Allemagne impose son point de vue, mais c’est largement illusoire et, même si  c’était le cas, elle défendrait alors  moins son intérêt qu’elle ne  donnerait  satisfaction à son opinion publique.  

Ainsi les efforts de l’un et de l’autre pays se conjuguent, dans  un climat conflictuel, pour maintenir un système qui n’est dans l’intérêt ni de l’un ni de l’autre. Histoire de fous. L’un prêche la relance, l’autre la rigueur. Il est probable qu’ils n’auront ni l’un ni l’autre. Mais chacun aura tenu vis à vis de ses électeurs  le rôle qu’ils attendaient.

Alors que depuis cinquante ans, le taux « naturel » d’inflation, une donnée forte conditionnée par  l’histoire et la sociologie de chaque pays, divergeaient entre la France et l’Allemagne ( mais moins qu’entre bien d’autres pays), il était vain d’attendre qu’ils convergeraient en dix ans d’expérience de la monnaie commune. Chaque mois qui passe éloigne les économies européennes les unes des autres, la française et l’  allemande compris, jusqu’à ce que l’option d’un ajustement des parités et donc d’une remise en cause de l’euro soit  ouverte.

Loin de représenter la fin de la coopération franco-allemande, la rupture de l’euro pourrait au contraire  la relancer sur des bases assainies : non plus  une gesticulation pour sauver un mythe, mais une recherche  concertée de l’intérêt commun réel , ce qui passe notamment par des     échanges équilibrés entre les deux partenaires, la préservation de leur potentiel agricole  et industriel  (ou ce qu’il en reste ! ),  une coopération monétaire minimale,    dans les limites du réalisme. Les intérêts communs  entre la France et l’Allemagne étant largement plus importants que leurs divergences, l’amitié entre les deux pays en sortirait consolidée. 

 

Roland HUREAUX

  

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Par Roland HUREAUX
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Dimanche 27 janvier 2013 7 27 /01 /Jan /2013 22:56

 

Lors du dernier Congrès des maires de France, le président de la République a concédé, du bout des lèvres il est vrai, que le droit à l’objection de conscience pourrait être reconnu aux maires qui ne voudront pas célébrer de mariage homosexuel, comme c’est le cas de beaucoup.

Il est d’ailleurs bon qu’il s’y prépare : les maires de la Martinique, presque tous socialistes, ont, dès le mois de septembre, déclaré  à l’unanimité, sans que personne les rappelle à l’ordre,  qu’ils ne célébreraient pas ce genre de cérémonie.

Même si le président s’est depuis ravisé, signe de son embarras (ou de son double jeu), le dilemme est là. Si la loi est votée, il faudra, soit permettre  une partie des élus, voire à des fonctionnaires, de s’en exonérer, soit forcer les consciences comme on ne le fait généralement  que dans les pays totalitaires.

Dès lors que certains représentants de l’autorité publique peuvent  dire avec quelque légitimité : la loi est la loi, certes,  mais cette  loi, je ne l‘appliquerai  pas parce qu’elle me parait   immorale ou absurde, c’est tout  l’ordre  juridique d’un pays qui se trouve mis en cause.

Ainsi apparait une condition fondamentale de l’ordre législatif et réglementaire : il ne suffit pas que les lois votées aient le sceau d’une  majorité démocratique pour  s’  imposer, il faut aussi qu’elles ne soient pas évidemment contraires à la raison, au bon sens  et pourquoi ne  pas le dire, à la nature.

La nature, en matière juridique est aujourd’hui un gros mot. Précisément à cause des débats sociétaux, l’idée d’un droit naturel a été rejetée  par les facultés dans les ténèbres de obscurantisme, au nom du positivisme juridique : seule le droit positif  importe, interdisant toute objection de conscience   puisque, dans la  perspective  positiviste,   il n’y a rien au-delà du droit réel  à quoi on puisse se référer.

Paradoxe : l’idée d’un droit naturel est écartée au moment où les  droits  de l’homme,  pour  lesquels on entreprend des guerres   de plus en plus  sanglantes aux quatre coins du monde, n’ont jamais été mis aussi en valeur. La théorie de l’ingérence humanitaire les place même, dans l’ordre juridique,  avant le droit international positif. Ces  droits,  tels que les définit la déclaration du 26 août 1789,  sont pourtant déclarés « naturels et imprescriptibles ».

Pour la mentalité contemporaine, il ne  saurait  y avoir de « devoirs naturels », seulement des droits   Pourtant  le droit de Pierre  est-il autre chose que  le devoir de Paul ?

C’est dire qu’il n’est pas facile d’évacuer de l’ordre juridique  la notion de  nature. Il est inutile de dire combien l’idée d’un « mariage » entre homosexuels  ou encore davantage d’un droit d’adoption à eux conférés, lui parait contraire, au regard de la conscience commune.

Il existe un contrôle de constitutionnalité mais pas encore un contrôle de cet ordre méta-constitutionnel qui est celui du bons sens. Ce qui ne veut pas dire que les décisions qui lui seraient  contraires n’encourent aucune sanction. Dès lors qu’une partie de la législation   parait contraire à cet ordre implicite, objection de conscience ou pas, c’est tout l’ordre  juridique qui se trouve ébranlé. Si certaines  lois inspirent l’irrespect, l’habitude du  mépris se répandra au-delà et  nous nous trouverons bien vite non seulement sans foi mais sans  loi.

Le projet de « mariage pour tous » ne révolutionne pas seulement le Code civil, il prépare une subversion de  l’Etat de droit lui-même.

 Roland HUREAUX

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Par Roland HUREAUX
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Dimanche 27 janvier 2013 7 27 /01 /Jan /2013 22:54

 Publié  par  Atlantico 

Il est si rare que les tenants de la pensée dominante (pour ne  pas dire unique) prennent la peine d’argumenter face à ceux qui la remettent en cause que je ne saurais laisser sans réplique le commentaire que fait le philosophe  Eric Deschavanne de l’un de mes articles sur la mariage homosexuel dans Atlantico (http://www.atlantico.fr/decryptage/reponse-roland-hureaux-sept-chantages-adversaires-mariage-homosexuel-eric-deschavanne-570408.html), même si plusieurs  de ses arguments ne   visent pas spécialement les miens.

Je ne peux que souscrire à son rejet du chantage à l’homophobie : encore heureux qu’on puisse, au pays des Lumières, raisonner sur les lois sans être le « phobe » de quelqu’un !

 A l’appui de ce projet de loi, en revanche, la  liberté, l'égalité, la laïcité et l'amour sont, pour lui,  des arguments recevables. Oui, à condition  de ne pas s’en réserver le monopole (ce qui serait d’autant plus dangereux qu’il s’agit de notions chaudes et généreuses) et de voir que, pris un à un, ils peuvent conduire à la conclusion inverse, ce que je m’étais attaché à montrer.

Le premier argument  porte sur l’idée d’un  ordre naturel et d’un  droit naturel, et donc de quelque chose comme une « nature humaine », ce que ’Edgar Morin appelait le « paradigme perdu ».

Cette idée, incontestée jadis,   non   seulement au XIIIe siècle mais aussi au XIXe et même une partie du XXe,  a fait l’objet récemment d’un puissant travail de sape au sein des facultés de droit   au point  qu’un jeune doctorant  qui s’y référerait verrait sa carrière compromise. La seule  posture politiquement correcte est le positivisme juridique, selon lequel  la loi est la loi et aucune autorité ne saurait en relativiser la portée. Etonnante aberration puisque le positivisme juridique, qui ne le voit ?  Aurait justifié les pires aberrations totalitaires du XXe siècle. Etonnant paradoxe  car, au moment même où  le droit naturel se trouve disqualifié, les droits de l’homme,  tenus pour un absolu au-dessus des contingences culturelles ou historiques (et même aujourd’hui du droit international positif !) se trouvent  sacralisés sans que la contradiction frappe quiconque. Comment défendre les droits de l’homme s’ils ne  sont pas « naturels et imprescriptibles » et  donc  s’ils  ne font pas partie  d’une forme de  droit  naturel ?

Doit naturel, nature humaine ?  Il n’est  pas nécessaire de se référer à la scolastique pour affirmer l’existence de celle-ci : les progrès de la génétique montrent que le génome humain constitue à 99 % et plus un patrimoine commun des hommes et des femmes depuis au moins 50 000 ans : celui de l’homme de Cro-Magnon n’est guère différent du nôtre. Si un tel fond commun existe en matière génétique pourquoi n’existerait-il pas en matière sociale ?  Lévi-Strauss lui-même dit que si les systèmes de parenté varient d’une culture à l’autre, l’interdit de l’inceste demeure  une constante anthropologique. Face aux idéologues qui en nient le principe, on peut dire de la nature humaine ce  que Galilée disait de la terre « E pur si muove ! ». 

Est-ce à dire que cette nature sature le déterminisme à 100 %, qu’elle serait    une contrainte  qui ne laisserait au  législateur, démocratique ou pas qu’importe, aucune flexibilité. Non,  sans doute, cette flexibilité existe, mais dans une  certaine mesure seulement. C’est le propre des régimes idéologiques    de prétendre s’affranchir totalement de la nature : de la propriété et du marché par exemple  en voulant à terme, abolir l’instinct de propriété tenu pour une donnée culturelle – comme les théoriciens du genre tiennent le masculin et le féminin pour  relatifs. On a vu  le résultat ! Les constantes anthropologiques, qui sont elles-mêmes parfois difficiles à définir, ce qui ne veut pas dire quelles n’existent pas, laissent sans doute la place à plusieurs systèmes juridiques  mais pas à  n’importe lesquels.

La nature et la tradition sont des héritages  qui ne conditionnent sans doute pas complètement notre législation mais il faut  y réfléchir à deux fois avant de les mettre au panier.

Nous parlons de constantes anthropologiques ; le lien entre la sexualité et la procréation, lui,  est une donnée  bien antérieure à l’homme : la reproduction sexuée, sans doute la merveille de l’Univers,  existe depuis  un milliard  d’années !

Un père, une mère, un enfant ;  nous voilà introduits dans l’ordre symbolique tel que Freud, puis Lacan et d’autres l’ont  mis au jour.  S’il ouvre  la possibilité d’une myriade d’histoires personnelles, s’il peut connaître des variations collectives d’une culture à l’autre, cet ordre  repose cependant sur  une réalité qui parait suffisamment constante pour qu’on  puisse  prétendre s’en  jouer sans dégâts.

L’auteur prétend que la loi ne changerait quelque chose que pour  une petite minorité. C’est ce qu’au  minimum nous pouvions espérer. Mais le gouvernement  en a décidé autrement : le projet de loi soumis au Parlement change la définition du mariage pour tous les couples, quels qu’ils soient, en gommant dans tous les Codes la différence père mère,  pour la remplacer par l’expression indifférenciée  de « parents ».  Dans ce nouveau cadre juridique, le couple homme-femme devient, de fait, un cas particulier. C’est à cela qu’on voit qu’il ne s’agit nullement de satisfaire une revendication à caractère « social » mais bien de mettre en œuvre une idéologie, qui est l’idéologie du genre : la théorie du genre  pose l’équivalence absolue de tous les couples quelle qu’en  soit la composition et donc, ipso facto   des sexes, si l’on suit le  raisonnement  mathématique suivant :

hxf =  hxh = fxf     donc,   h= f , CQFD.

On aurait pu  concevoir une loi composée d’un article étendant les droits des couples hommes/femmes aux autres couples. Mais c’est ce que les idéologues ont rendu impossible car une telle présentation, qui aurait gardé aux premiers un  caractère normatif, eut été jugée discriminatoire.

Je ne me sens nullement  concerné par la deuxième série d’arguments qui oppose un ordre naturel tenu pour moyenâgeux  et celui  qui résulte de la Révolution française. Il est évident que les droits de l’homme   de 1789 se situent dans la continuité   de la pensée thomiste (l’auteur qui fait le lien, Suarès,  ridiculisé par Pascal, n’a jamais été traduit en français !).   Voltaire et Rousseau, quant à eux,  font constamment référence à une morale naturelle.

Le même schématisme inspire l’ensemble du paragraphe. L’auteur insinue que la « modernité »  aurait instauré le  divorce et le mariage d’amour contre l’Eglise : le divorce, soit,   mais le mariage d’amour est défendu par l’Eglise catholique dès le XVIe siècle contre Luther, contre Calvin, contre Rabelais (Tiers Livre, chapitre XLVIII).  et contre…le Parlement de Paris. Fénelon, après d’autres,  réitère la condamnation ecclésiastique  des  mariages arrangés.

L’idéologie, marxiste, nazie,  ultra libérale ou libertaire (ces deux dernières moins graves que les premières, on en convient,  mais on n’en sera sûr  qu’à la fin !) est une maladie plus récente que la Révolution,  si l’on excepte la parenthèse de la Terreur qui a inspiré Lénine. On la comprendra mieux avec    Arendt ou   Orwell, qu’avec  Bonald ou Maurras.

Or bien des caractères de l’idéologie se retrouvent dans l’idéologie du genre : des simplifications et des assimilations abusives, une   disqualification  du passé de type marcionien, la remise en cause radicale  de la nature, la volonté de changer même le sens des mots, l’opposition radicale au sens commun, une intolérance aux résistances disqualifiées comme « rétrogrades ». L’idée d’un sens de l’histoire est si intrinsèque à la démarche idéologique que ceux qui la combattent sont toujours jugés « réactionnaires » : et pourtant, à court ou moyen terme, ils l’emportent toujours, comme le  montre l’exemple des dissidents soviétiques,  ce qui est bien normal puisque, au milieu de la folie collective,  ils ont raison.

Situer   la grande  césure en 1789 permet de placer le projet dont nous parlons    dans la continuité de  la Révolution française  et des Lumières, une façon de voir curieusement   commune aux bonaldiens (type Civitas) et aux libertaires. Pourtant  l’idée d’un mariage des homosexuels  eut apparu comme une absurdité pour les hommes de 89 ou même de 93, qui prétendaient revenir à un ordre social naturel, biaisé, selon eux,  par les sophistications de l’Ancien régime.  Si tout ce qui a suivi les Lumières devait être rattaché à elles,  il faudrait aussi leur rattacher le marquis de Sade et Joseph Staline. Les Lumières peuvent être prises parfois de folie,  avoir leurs dérives ? Alors qui dit que le mariage unisexe n’en est pas une ? 

Quant à l’idée  que l’hétérosexualité demeurerait la norme si cette loi était votée, on veut bien le croire  à la longue : le soviétisme n’a eu finalement raison ni de  l’instinct de propriété ni du marché (ni du sentiment religieux !), mais sa première intention était bien de les abolir et, pour cela, de   violenter la nature.  On ne se console pas d’une loi contre-nature en se disant que la nature, à la fin des fins, lui  résistera. Car toute loi a   des effets, sinon sur les mœurs, du moins sur la culture. Et si cette loi est contre-nature, elle induira, comme toutes les idéologies  une langue de bois. Si la loi dit que le roi est habillé alors qu’il est nu, il nous faudra le répéter après elle. Si elle nous dit que  les mariages homme-femme et homme-homme sont équivalents, nous serons obligés de répéter cette contre-vérité. Nous avons l’exemple de la Suède où les livrets de famille portent  Parent 1 et Parent 2 et non père et mère, où les enfants de maternelle sont subtilement   culpabilisés de discriminer en parlant de leur papa ou  de leur maman. Le mariage entre personnes du même sexe est une application aberrante du principe de non-discrimination : jusqu’à quel degré de folie conduira ce principe  si on n’y met pas une borne ?

Dès lors qu’on admet que la loi peut aller contre le sens commun, ou la nature, Orwell   n’est pas loin. Même si  la norme sexuelle « commune » n’est pas changée, la langue  s’en trouvera  pervertie. Ce que nous craignons par-dessus tout, nous, les défenseurs éclairés du mariage homme/femme, c’est moins le déclin des mœurs, ou la perversion des lois, c’est en définitive l’aliénation de l’esprit !

Troisième série d’arguments : le risque de dérapage qui conduirait à la reconnaissance à terme   de la polygamie, de la polyandrie, de l’inceste etc. L’auteur du texte illustre lui-même ce risque en évoquant    la possibilité que soit un jour reconnu un « polyamour égalitaire » !  Le chiffre deux n’est  donc pas sacré. Si on va jusqu’à trois, qui va juger que ce polyamaour sera encore « égalitaire » ? Faudra-t-il contrôler les alcôves ?

Le risque n’est pas celui d’une dérive des mœurs : ne soyons pas hypocrites, la polygamie et l’inceste existent déjà  dans notre société et  sans doute bien plus qu’au temps où l’Eglise enseignait qu’il  s’agissait d’un péché mortel !

Le risque est celui d’une dérive de la loi elle-même. 

Replaçons nous il y a quarante ans, en mai 68 : l’idée d’un mariage des homosexuels était alors  si éloignée de notre horizon culturel qu’elle eut parue incongrue. Parce que l’idée de légaliser la polygamie (au nom de la différence culturelle ou du consentement des partenaires) peut  nous paraitre aujourd’hui  incongrue, qui dit qu’elle le sera demain ?  Dès lors que la seule norme reconnue est    l’  évolution des idées,  le souci de  « mettre le droit en conformité avec les mœurs », pourquoi  le  serait-elle dans dix ans, dans vingt ans ? Avec l’inceste,  on touche sans  doute  un interdit   plus profond, mais sans qu’il ait jamais  été la norme de la société globale, il fut habituel de l’enfreindre, au moins entre frères et sœurs,  dans les  dynasties pharaoniques ou incas. Tout est donc envisageable.

Opposer à ces éventualités que « le droit démocratique est lui aussi par essence normatif » ou qu' « il existe une autorégulation de la société civile, laquelle n'a besoin ni de l'Etat ni de l'Eglise pour se garder de sombrer dans le relativisme. », c’est faire bien peu de cas de ces « ruptures épistémologiques » ou simplement culturelles qui peuvent advenir dans toute société. Que leur opposer si on a posé que la norme est tributaire de l’air du temps ?  La démocratie ? Mais pour combien de temps si aucune norme transcendant  les sociétés n’est reconnue ?

Il y a en effet un coté bisounours, comme le dit justement Eric Deschavanne dans l’argument qui consiste à dire : pourquoi n’auraient-ils pas le droit de se marier « puisque ils s’aiment » ? Nous n’entrons pas dans le débat sur la question de savoir si l‘amour homosexuel a la   même structure (notamment par rapport aux paradigmes freudiens) que l’amour hétérosexuel. Nous laissons de côté  la question religieuse. Le mariage religieux a, lui,  à voir avec l’amour. C’est bien ce que l’Eglise prêche depuis quinze siècles à une société civile qui, longtemps, n’a pas voulu l’entendre.

Mais le mariage civil, héritier du mariage romain,  a la froideur du marbre dont on fait les Marianne ou des articles du Code civil  qu’on lit lors de la cérémonie.  Comme toute  institution républicaine, il est un régulateur. De quoi ? D’abord  de la filiation bien évidement. Dès lors qu’on récuse la filiation homosexuelle, le mariage entre personnes du même sexe, amour ou pas,  n’a pas lieu d’être. On pourrait, dira-t-on, interdire aussi le mariage des  vieillards ! Il peut être, lui aussi, source d’abus, en particulier en matière successorale, nous en convenons, mais sur quelles norme objective  le contrôlerait-on ?

Nous ne sommes pas pour  autant dans le camp de ceux qui préfèrent les mariages arrangés. Mais si l’Eglise peut, à la rigueur,  se mêler d’amour, l’Etat, lui n’a pas à le faire. Si le critère de la « mariabilité » était l’amour, pourquoi ne pas passer un examen dont les magistrats seraient juges ? Ce serait absurde, bien  évidemment.

 

Droit de l’enfant et droit à l’enfant ? Il paraît assez monstrueux qu’on puisse contester, comme le fait notre contradicteur, que  « le bonheur de l'enfant primât systématiquement sur la liberté de l'adulte de fonder une famille ». Mais qui s’en étonnerait de la part d’un disciple du grand philosophe  Luc Ferry, partisan de l’adoption mais non du mariage homosexuels !  

Sans doute bien des couples homme/femme ( puisqu’il faut préciser ce qui devrait être du domaine de  la tautologie) présentent-ils un risque pour l’enfant , sans doute aussi  les circonstances de la  vie conduisent-elles  trop souvent à des familles monoparentales , mais c’est une chose que cela résulte du jeu naturel des relations sociales, sans qu’aucune législation  en ait disposé ainsi, c’en est une autre que le préjudice de l’ enfant ( et c’ en est un de ne pas être élevé par un père et une mère  vivant ensemble !) soit organisé par la loi , même dans un nombre de cas limités.

Cela signifie que dans un champ précis, la loi reconnaitrait  que l’homme (et même l’enfant) puisse être un moyen et non une fin, rompant ainsi  avec la morale kantienne qui avait été la principale  inspiratrice des pères de la laïcité.

Il ne saurait  y avoir de « droit à l’enfant », même sous la forme d’un « droit  de fonder une  famille », expression atténuée mais qui revient au même. Il y a seulement un droit du couple  à procréer quand il  le peut, assorti du devoir d’élever l’enfant qui  est issu de cette procréation (sauf placement par un juge).  

Le nombre de cas concernés n’y  fait rien. C’est  tout un ordre  philosophique et culturel qui se trouve rompu si on admet que l’enfant puisse être un  droit.  Sur le plan statistique, la peine de mort ne pesait guère,    rapportée  aux accidents de la route : son existence n’en changeait pas moins la nature de l’ordre social.  

Quant à   la GPA, elle  est,  à ma connaissance,  interdite à tous les couples, pas seulement  homosexuels,  et c’est  très bien ainsi. La PMA est une chose quand les gamètes sont issus d’un couple réel,  ce qui est  bien difficile pour un couple homosexuel ; elle n’est pas acceptable en revanche  s’il est fait appel à un donneur anonyme , une pratique qui devrait être bannie, selon nous,   pour tous les  couples  « sans discrimination ».

L’auteur de l’article s’en prend ensuite aux arguments tirés de la psychanalyse.

Il est étonnant que le savoir psychanalytique,  tenu pour  constitutif de la modernité pendant un siècle, se trouve aujourd’hui disqualifié, du simple fait qu’il  contredit la revendication du mariage homosexuel.  

« Le droit de la filiation, c'est le cœur de l'argument, aurait pour fonction essentielle de permettre une saine structuration psychique de l'enfant. »

Il est exagéré de dire que cette structuration est la fonction essentielle du droit de la filiation. Il en a bien d’autres, comme ce qui concerne  le devoir de soutien et d’éducation, l’héritage, la capacité contributive  etc. Mais il est vrai que cette structuration est un de ses effets. Oui, il y a un lien entre le droit,  qui est formé de mots investis d’une forte autorité sociale  et la psychologie, à commencer  par celle des enfants.

Il est évidemment  permis à tout chef de famille monoparentale de se faire accompagner dans la vie ou assister dans l’éducation    par quelqu’un d’autre ( une grand-mère par exemple !) mais il serait mensonger de partager avec cet autre l’appellation parentale. Oui, le principe de   précaution nous induit à refuser de donner une caution légale à une telle pratique.  

La psychanalyse   n’est pas une science d’Etat. Il n’y a   pas de science d’Etat, il y a la science tout court. Que la psychanalyse  soit conjecturale, comme toute science humaine, on veut bien. Mais si nous lui reconnaissons en l‘espèce une certaine   autorité   , c’est parce qu’elle  rejoint  le sens commun et, pourquoi ne pas le dire ? une tradition millénaire, ce qui ne saurait être  pour nous, en soi, disqualifiant.

Nous en venons à la droite décomplexée : on sort là complètement  de  mon argumentation ;  j’ai horreur de cette expression.  

Tout  en  ayant montré que le projet de mariage unisexe n’est pas vraiment  libéral, puisque il  implique l’Etat dans la sexualité  en tant que telle (et non par rapport à  la procréation), ce qui n’est pas son rôle, je pense en effet que ce projet s’inscrit dans le courant dit   libéral-libertaire (le libéralisme n’en étant  pas à une contradiction près)  et, à ce titre, il pourrait être aussi bien celui d’une certaine droite. Mais, pour la même raison,  il pourrait aussi n’être pas celui de  la gauche. Et même il devrait. Car cette idéologie a un but inavoué : la déconstruction systématique  de tous les repères, étatiques, syndicaux, scolaires, linguistiques, culturels et donc familiaux qui permettent à un peuple d’être  autre chose qu’une    masse fongible d’individus désarmés.  Emmanuel Todd a justement montré comment, dans les différentes régions françaises, la résistance du peuple aux élites tenait à la solidité  de ses structures familiales.  Les idéologues du genre ne cachent pas que le prétendu « mariage pour tous » n’est que le prélude à un « mariage pour personne », c’est-à-dire à la suppression de ces vestiges d’un passé « théologique » que sont   à leur gré l’obligation de fidélité, le devoir d’assistance etc., soit la fin du mariage.

Que le parti socialiste n’ait plus d’autre projet significatif à porter aujourd’hui que le mariage unisexe  est le signe de sa profonde dégénérescence  idéologique, de son ralliement avec armes et bagages  à un  ultra-libéralisme de fait  qui se trouve  aux antipodes  de ce qu’était  le socialisme des origines.  

  Roland HUREAUX

 

 

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Par Roland HUREAUX
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Dimanche 27 janvier 2013 7 27 /01 /Jan /2013 22:52

Publié par Atlantico


En consacrant  pas moins de quatre  articles à la Manif pour tous du 13 janvier, Marianne.fr a sans nul doute pris la mesure  de l’événement.

Mais à  lire ces articles, on devine que la rédaction du magazine a fait  grise mine devant  le succès de la manifestation.

Maurice Szafran, son directeur, donne la ligne éditoriale sur un ton apparemment bienveillant. Cette manifestation, dit-il, a  été impressionnante. Elle comprenait, relève-t-il,  surtout des catholiques et des gens de droite  (c’est vrai, même si le vice-président du Consistoire israélite et quelques imams  étaient à la tribune !). François Hollande doit en tenir compte.  En  changeant ses  projets ? Que non : en faisant un « travail pédagogique » à leur égard. Pédagogie, de  παιδός, enfant : pour lui,  ces gens-là sont  de grands enfants. Pédagogie, éducation, rééducation : au moment où les Chinois parlent   de  fermer le  laogai, ils ont  peut-être  des « éducateurs »  à   recycler ?   Idée.  « Elle n’éprouve pas le moindre doute, cette part de France (les manifestants) ».    Le directeur de Marianne  non plus : ce sont les manifestants  qu’il  faut rééduquer, pas  les promoteurs du projet. Il ne remet pas en cause ses certitudes, pire : il  n’envisage même pas qu’on puisse les  remettre en cause ; que l’on puisse tenir l’extension du mariage homosexuel  pour une aberration anthropologique  est une opinion qui , selon lui,  mérite certes de la considération (François Hollande ferait bien d’ y être ouvert )  mais apparemment  aucun respect intellectuel : ceux qui la partagent, « fermés sur eux-mêmes »,   sont  à instruire,  à apprivoiser, rien d’autre.

L’idée que le mariage  puisse être  institué  entre deux personnes, quel qu’en soit  le sexe,  fait partie pour Maurice Szafran et les siens,  de l’avenir radieux de l’humanité, des « hauteurs béantes » où le progrès nous conduit inéluctablement. Ceux qui n’ont pas encore compris  comprendront  sans doute si on  le leur explique gentiment.

Et in cauda venenum :   « Il n’y eut apparemment pas de dérapage homophobe tout au long de cet immense cortège. Tant mieux, c’était une exigence et une marque de respect minimum. Et pourtant... » . Tout est dans ce « Et pourtant… », particulièrement odieux.  La loi de suspects n’est pas loin :   la pointe du  soupçon est glissée  alors qu’on vient de dire qu’ il  n’avait pas  le moindre fondement.

« Marque de respect minimum » ? Et qu’aurait été une « marque de respect maximum » ?  De se taire et de se rallier sans  sourciller aux thèses d’Act Up ?  Et oui, même  si rien n’en transparait, ces gens  pourraient  bien  être homophobes !  Méfions-nous : si un animal dépourvu du tatouage de la pensée unique se promène dans les rues, c’est que,  comme le disait le regretté Philippe Muray,  la « cage aux phobes »  est encore  ouverte. Et pas un peu, cette fois, un million de phobes   en divagation ! Que fait la SPA ?   Soupçon  pour soupçon : que  ces gens-là puissent  avoir des raisons que la raison n’ignore pas  et qui, qui sait ? sont  peut-être de bonnes raisons, en est un qui n’effleure  pas une seconde le patron de Marianne !

En consacrant ensuite un long article à Valérie Merle, épouse Telenne, plus connue sous le nom de  Frigide Barjot,  Marianne.fr   ne se trompe pas   sur le rôle essentiel que cette personnalité atypique  a joué. Si elle n’avait pas été là, il ne se serait sans doute à peu près rien passé.   Bon ! L’article n’est pas globalement antipathique. Ce serait d’ailleurs difficile,  la connaissant. Que l’on rappelle  ses  affinités catholiques plus anciennes qu’elle ne le laisse croire, très bien, ses états de service à droite, c’est de bonne guerre.  Mais fallait-il  aller jusqu’à évoquer    son appartement, le montant de son loyer,  les origines de la  fortune  de son père, ses supposées difficultés conjugales ? Que Marianne n’aime pas la Manif’ pour tous, c’est son droit,  mais fallait-il pour autant tomber dans  le  caniveau ? Et M.Szafran,  combien de loyer paye-t-il ? Il serait  propriétaire ? Alors  d’où  vient sa fortune ? Et les militants LGBT dont personne ne nous dit qui il sont, de quoi vivent-ils ? Combien  payent-ils de loyer ?  S’entendent-ils si bien avec leur futur éventuel « conjoint » ? Marianne nous dira-t-il tout cela aussi ? Nous espérons bien  que non !  Car l’honneur d’une certaine   presse est en jeu. Mais alors,  il ne fallait pas commencer avec Frigide Barjot !

D’autant que, de ces ragots, aucune source n’est  citée. Les initiés la connaissent : un blog anonyme,  écrit par un barjot, un vrai  celui-là, un de ces nombreux hystériques que la personnalité  charismatique de Frigide Barjot  suscite. De qui s’agit-il ? Voilà ce que Marianne.fr  aurait pu nous apprendre.  

Enfin, l’article que tout le monde attendait : le Front national dans la Manif’  pour tous : en réalité une    toute petite composante que l’on avait,  après tout, le droit d’étudier. Mais par derrière cette étude,  un  message subliminal vicelard : sous  ces gentils cathos  qui défilent, méfiez-vous : c’est  en fait  le Front national qui  avance  masqué.   Derrière la marée de fanions roses, la  gaité, la jeunesse (qu’un autre témoin a trouvée « ennuyeuse »), la créativité  extraordinaire de cette manifestation, presque entièrement organisée par des moins de 25 ans,  pourrait bien ramper la bête immonde.

C’est sans doute pour cela que Simone Veil  s’est  mêlée  un moment aux manifestants ! Mais ça,  Marianne ne le dit pas.

Que n’  a-t-on, au  lieu de ce    mélange de condescendance, de fausse gentillesse et de vraies vacheries, entamé un débat de fond  sur la division de la société française entre ceux pour qui le mariage dit « gay » (l’est-il tant que cela ?) est une évidence, et ceux pour qui il est une absurdité,  cela  sans préjuger de qui a raison. Pourquoi   une telle  césure   ? Le dialogue est-il possible (nous craignons que non !) ?  Quels  risques fait courir au pays  François Hollande  à  soulever un tel débat (« navrant »  en effet, Monsieur Szafran)  dont au fond la France aurait pu ( et ça  c’est  une opinion vraiment majoritaire ! )  se passer ? A voir sans doute au prochain numéro.

Ainsi, Marianne qui, au temps de Jean-François Kahn ou de Philippe Cohen,  avait su trouver une place originale  dans la presse française, est rentré dans le rang libéral-libertaire. Sur un sujet majeur, ce magazine (à tout le moins son blog)  s’aligne   sans  nuances sur le politiquement correct. Malgré quelques foucades contre les riches ou tel  ou tel scandale, qui  sont un peu le pendant à gauche,  des  écarts populistes de Jean-François Copé,   sources de mini-remous, qui cachent  mal  son alignement libéral, Marianne  s’ est rangé    dans le grand parking des idées convenues du lilisme,  quelque part entre Libé et le Nouvel Obs . Imprévisibilité zéro. Dans une presse française qui épouse à 90 % la même ligne, à quoi sert-il  encore ?      

  Roland HUREAUX

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