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Roland Hureaux

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Jeudi 2 mai 2013 4 02 /05 /Mai /2013 16:57

 

Lors du dernier Congrès des maires de France, le président de la République a concédé, du bout des lèvres il est vrai, que le droit à l’objection de conscience pourrait être reconnu aux maires qui ne voudront pas célébrer de mariage homosexuel, comme c’est le cas de beaucoup.

Il est d’ailleurs bon qu’il s’y prépare : les maires de la Martinique, presque tous socialistes, ont, dès le mois de septembre, déclaré  à l’unanimité, sans que personne ne les rappelle à l’ordre,  qu’ils ne célébreraient pas ce genre de cérémonie.

Même si le président s’est depuis ravisé, signe de son embarras (ou de son double jeu), le dilemme est là. Si la loi est votée, il faudra, soit permettre  une partie des élus, voire à des fonctionnaires, de s’en exonérer, soit forcer les consciences comme on ne le fait généralement  que dans les pays totalitaires.

Dès lors que certains représentants de l’autorité publique peuvent  dire avec quelque légitimité : la loi est la loi, certes,  mais cette  loi, je ne l‘appliquerai  pas parce qu’elle me parait   immorale ou absurde, c’est tout  l’ordre  juridique d’un pays qui se trouve mis en cause.

Ainsi apparait une condition fondamentale de l’ordre législatif et réglementaire : il ne suffit pas que les lois votées aient le sceau d’une  majorité démocratique pour  s’  imposer, il faut aussi qu’elles ne soient pas évidemment contraires à la raison, au bon sens  et pourquoi ne  pas le dire, à la nature.

La nature, en matière juridique est aujourd’hui un gros mot. Précisément à cause des débats sociétaux, l’idée d’un droit naturel a été rejetée  par les facultés dans les ténèbres de obscurantisme, au nom du positivisme juridique : seule le droit positif  importe, interdisant toute objection de conscience   puisque, dans la  perspective  positiviste,   il n’y a rien au-delà du droit réel  à quoi on puisse se référer.

Paradoxe : l’idée d’un droit naturel est écartée au moment où les  droits  de l’homme,  pour  lesquels on entreprend des guerres   de plus en plus  sanglantes aux quatre coins du monde, n’ont jamais été mis aussi en valeur. La théorie de l’ingérence humanitaire les place même, dans l’ordre juridique,  avant le droit international positif. Ces  droits,  tels que les définit la déclaration du 26 août 1789,  sont pourtant déclarés « naturels et imprescriptibles ».

Pour la mentalité contemporaine, il ne  saurait  y avoir de « devoirs naturels », seulement des droits   Pourtant  le droit de Pierre  est-il autre chose que  le devoir de Paul ?

C’est dire qu’il n’est pas facile d’évacuer de l’ordre juridique  la notion de  nature. Il est inutile de dire combien l’idée d’un « mariage » entre homosexuels  ou encore davantage d’un droit d’adoption à eux conférés, lui parait contraire, au regard de la conscience commune.

Il existe un contrôle de constitutionnalité mais pas encore un contrôle de cet ordre méta-constitutionnel qui est celui du bons sens. Ce qui ne veut pas dire que les décisions qui lui seraient  contraires n’encourent aucune sanction. Dès lors qu’une partie de la législation   parait contraire à cet ordre implicite, objection de conscience ou pas, c’est tout l’ordre  juridique qui se trouve ébranlé. Si certaines  lois inspirent l’irrespect, l’habitude du  mépris se répandra au-delà et  nous nous trouverons bien vite non seulement sans foi mais sans  loi.

Le projet de « mariage pour tous » ne révolutionne pas seulement le Code civil, il prépare une subversion de  l’Etat de droit lui-même.

Roland HUREAUX

Par Roland HUREAUX
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Vendredi 15 mars 2013 5 15 /03 /Mars /2013 01:21


Le décès d’Hugo Chavez offre une nouvelle occasion aux dirigeants politiques français de faire preuve de leur inculture tant sur les usages diplomatiques que sur certaines catégories politiques de base.

Usages : avant que le « droit de l’hommisme » tout azimut, la  volonté de moraliser tous les pays en fonction de valeurs  universelles dont on s’instaure seul juge, la mort de tout chef d’Etat suivant le bon vieux principe de non-ingérence, était saluée courtoisement sans qu’on se permette, à ce moment-là, de porter un jugement sur lui.  Surtout  s’il avait, aussi longtemps que Chavez,  incarné un pays ami de la France, comme le sont la plupart des pays d’Amérique latine. Hélas, le principe de non-ingérence étant aujourd’hui passé à la trappe, chacun se permet de juger de tout  à tort et à travers, le plus souvent en  ramenant les choses à l’aune de  ses  préoccupations domestiques.

La gauche française s’enflamme pour Chavez sans voir que son socialisme se trouve aux antipodes de celui de Hollande. Rebelle à l’Amérique alors que celui-ci lui est étroitement inféodé ;   redistributeur  alors que la gauche européenne ne connait plus  que la rigueur, social alors que le socialisme français,    rallié aux valeurs libérales,  ne connait plus que le sociétal. La préoccupation de Chavez était de faire profiter des  revenus du pétrole les classes populaires, pas de promouvoir le mariage homosexuel qui lui faisait  horreur. Assurément, Hugo Chavez, dans un style évidemment différent, était plus proche de Léon Blum que ne l’est François Hollande : en ce sens, la comparaison du ministre Laurel n’est pas absurde si elle n’avait été gâchée par des propos de fort mauvais goût.

Certains, à droite et même à gauche, le qualifient de dictateur. Cela aussi est exagéré et même inexact  si l’on considère que le président du Venezuela a été porté au pouvoir depuis 1999 par le vote populaire et constamment réélu depuis sans que ses adversaires aient contesté la régularité de ces scrutins, ni que leur liberté de critique ait été sérieusement entravée. Lors de sa récente réélection, son opposant principal, Capriles,  a reconnu  loyalement sa défaite. Et quel vrai dictateur aurait perdu un référendum comme l’a fait Chavez en 2007 ?

Que Chavez ait entretenu de bonnes relations avec Castro montre que les différences de régimes n’empêchent pas les rapprochements diplomatiques : on le savait  quand  Richelieu soutenait les princes protestants d’Allemagne ou que la IIIe République s’alliait au régime tsariste ; c’était au temps où les simplifications idéologique n’avaient pas encore balayé la civilisation !  

 

Démocratie, dictature, totalitarisme : rappels 

 

La lecture que l’on fait du cas    Chavez ne fait qu’illustrer une confusion des esprits bien plus large , qui s’exprime  dans d’autres champs, notamment   l’Europe, de l’Est , le Proche-Orient ou l’Extrême-Orient.

Encore aujourd’hui, beaucoup de régimes dans le monde ne sont pas démocratiques,  mais il est d’usage de distinguer les démocraties  imparfaites où les apparences électorales sont sauves mais où la tricherie ou la corruption peuvent biaiser les résultats,   des vraies dictatures où aucun espoir de changer le régime par la voie électorale n’existe. Les droits de l’homme peuvent n’être respectés qu’imparfaitement dans le premier type de régime, ils ne le sont pas du tout dans le second.

A cette différence  bien connue, Hannah Arendt en a ajouté une autre, tout aussi fondamentale et aujourd’hui complètement perdue de vue : entre les dictatures classiques ayant certes  une idéologie mais ne cherchant pas à embrigader autour d’elles toute la population , se contentant de surveiller voire de de museler les opposants,  et les régimes totalitaires où « tout ce qui n’est pas interdit est obligatoire », où la surveillance policière se double d’un embrigadement idéologique de chaque instant , où non seulement les opposants mais encore tous les corps étrangers à l’idéologie d’Etat, comme les Eglises,  sont brisés. Là où une dictature classique ne réprime qu’à l’économie, visant d’abord les opposants, le régime totalitaire pratique les emprisonnements  voire les massacres  de  masse, où bien souvent les citoyens passifs sont mêlés aux vrais opposants (ne  disons pas les coupables !).

Le magistère catholique qui s’est souvent accommodé des dictatures classiques, a au contraire déclaré « intrinsèquement pervers » les régimes totalitaires.

Tout cela n’est que de la science politique classique.

Mais  qui l’apprend  encore ?

Si  on regarde dans le passé, Hannah Arendt, toujours elle, refusa de  mettre dans le  même sac les régimes vraiment totalitaires, communisme et nazisme,  d’un côté et de l’autre un régime idéologique « faible »,  en ce sens qu’il n’avait pas ni ne cherchait à détruire toute la société civile comme le fascisme italien, ou une dictature classique comme celle  de Franco en Espagne, proche de celles  d’Amérique latine.

Le sens de la nuance n’étant plus à la mode,   aujourd’hui on mélange tout.

Le régime de Bachar El Assad en Syrie est un régime autoritaire, dictatorial si l’on veut,  mais nullement  totalitaire : la société civile, le commerce, le bazar, les minorités religieuses  n’y  sont pas passées au laminoir de l’Etat. Il n’avait donc  rien au départ d’ « intrinsèquement pervers » ; comme   le   régime algérien actuel. Les horreurs de la guerre civile aidant, l’hystérie « droit de l’hommiste »  tend aujourd’hui à  confondre  le régime syrien avec un régime totalitaire et, ce faisant, de le tenir pour l’horreur absolue,  ce  qui est une erreur.

La Russie de Poutine est une démocratie imparfaite, comme sans doute le Maroc ; des pratiques anciennes (condamnations arbitraires, voire assassinats) s’y  perpétuent mais   de manière limitée. Comme pour  le Mexique du temps du Parti révolutionnaire institutionnel ou le Japon du Parti libéral démocrate, on peut parler de démocratie imparfaite, rien qui justifie l’excitation de beaucoup de socialistes y dénonçant avec véhémence les manquements aux droits  de l’homme, peut-être pas pires aujourd’hui qu’ils le sont dans l’Amérique du  Patriot Act.  La Russie est sans doute le pays au monde où les droits de l’homme ont fait le plus de progrès depuis  cinquante  ans. L’Inde est sans doute aussi une vraie démocratie quoique avec beaucoup d’imperfections.

La Chine est un cas à part : on peut la qualifier de régime totalitaire dégénéré ;  ce régime  a relâché son contrôle de l’économie au point de se rapprocher de l’économie libérale mais conserve une idéologie officielle, un parti unique  et un contrôle politique rigoureux, qui  se traduit par le maintien en détention de dizaines de   milliers de prisonniers politiques ; il n’en bénéficie pas moins d’une  indulgence   ( Tibet à part)   de la de la communauté internationale sans comparaison avec la sévérité dont on accable la Russie. 

Cuba, aux antipodes du Venezuela, est aussi un régime totalitaire dégénéré. Le Vietnam de même.

Seule la Corée du Sud offre aujourd’hui le visage originel des régimes totalitaires, déjouant, on le notera au passage,  le pronostic d’Arendt selon lequel il n’était possible de le réaliser que dans de grands pays.

Proche du  régime totalitaire, dans un tout autre genre, l’Arabie saoudite. Le contrôle de la société, au bénéfice d’ l’islam wahhabite y est étroit. La répression s’étend au-delà des seuls opposants politiques. S’éloigner de la norme  sociale ou religieuse suffit pour être emprisonné ou exécuté. Plusieurs Etat du Golfe persique sont à l’avenant. Des  régimes analogies se mettent en place, sous l’impulsion des Frères musulmans et  sous couvert de démocratie formelle,  en Egypte et en Tunisie, peut-être même en Turquie. C’est le même régime qui adviendra  en Syrie si Assad venait  à être renversé, à voir qui sont  ses opposants les plus déterminés.

L’Iran est aussi un cas à  part ; on peut le qualifier de totalitarisme religieux imparfait et dégénéré ; imparfait car  il préserve des procédures d’apparence démocratique à mille lieues de l’Arabie (même  si seuls ceux qui acceptent l’islam officiel  peuvent se présenter aux élections).  Dégénéré car la société civile s’y éloigne  à grande vitesse de la  norme idéologique. A bien des égards on peut le comparer à la Chine,  à la différence que l’ouverture au commerce international accélère la dégénérescence du totalitarisme en Chine alors que les   sanctions la  freinent en Iran, comblant sans doute les vœux du   régime.

Nous sommes on le voit bien loin de la hiérarchie promue par la presse internationale qui voit indistinctement en Chavez, Poutine et Assad d’effroyables dictateurs et se tait sur des régimes infiniment plus oppressifs comme ceux  de la Chine ou de l’Arabie saoudite.

Pourquoi une telle distorsion entre la réalité et sa perception ? Il ne faut pas en chercher bien loin la clef. Qu’est-ce qu’une dictature au plan international ? C’est,  ni plus ni moins qu’un régime opposé aux Etats-Unis, même s’il respecte très largement les exigences  démocratiques comme le Venezuela de Chavez. La  Yougoslavie de Milosevic avait laissé passer la plupart de ses villes à l’opposition, elle n’était pas moins aussi  qualifiée de dictature !  Et s’il s’agit d’un régime seulement autoritaire comme la Syrie, on l’amalgame aux pires des totalitarismes. Qu’est-ce qu’un régime, sinon démocratique, du moins  tolérable et exempt des feux de la critique ? C’est un régime ami des Etats-Unis, comme l’Arabie saoudite ou le Qatar,  ou  bien un régime qu’il convient de   ménager en raison de sa place dans l’économie  mondiale  comme la Chine ! 

 

Roland HUREAUX

 

 

 

Encycliques Divini redemptoris et Mit brennender sorge (1937)

Hannah Arendt, Le système totalitaire, Seuil.

Le Patriot Act donne à la police le droit  de perquisitionner les citoyens et les arrêter sans intervention de la justice ; le  président des Etats-Unis a désormais le droit de faire assassiner   qui il veut,  même des citoyens américains en dehors ou sur le territoire des Etats-Unis.

Par Roland HUREAUX
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Vendredi 15 mars 2013 5 15 /03 /Mars /2013 01:18

 

 

En élisant pape Mgr Mario Bergoglio, les cardinaux réunis en conclave ont  résolu la quadrature du cercle !  

Les Italiens (qui représentent  encore le quart du Sacré collège) voulaient un pape italien pour renouer avec leur gloire perdue. Et tous les autres, dit-on,  n’en voulaient pas.

Les Américains, surtout ceux du Nord,  voulaient un américain et, comme le gouvernement des Etats-Unis  se mêle de réformer la gouvernance de tous les pays du monde, ses cardinaux  exigeaient bruyamment que l’on réformât aussi la Curie.

Les  cardinaux du Sud voulaient un pape du Sud ; c’est du moins le souhait que leur prêtaient les journalistes, seulement freinés dans leur ardeur tiers-mondiste par le fait que les cardinaux jaunes ou noirs pressentis sont  tous plus conservateurs les uns que les autres !

En définitive, miracle : tous ces souhaits, apparemment  contradictoires, sont   (presque) exaucés.

Les  Italiens ont un pape de sang entièrement italien, fils d’un immigré et d’une immigrée italiens venus en Argentine dans les années trente et mariés sur place. Le nouveau pape a été élevé par ses parents en italien. Le sait-on ? 60 % de la population argentine est d’origine italienne.

Les Américains ont un américain, certes d’un pays moins ordonné que les Etats–Unis ou le Canada mais un américain quand-même : juste reconnaissance pour un continent qui représente aujourd’hui près de la moitié des catholiques.

Enfin les gens du Sud ont un homme du Sud, même si le peuple argentin est presque entièrement de race blanche,  d’origine et de culture européennes.

Pourquoi le premier pape jésuite alors que cet ordre a eu depuis 500 ans qu’il existe bien plus de poids à d’autres époques ?  Pour cette raison précisément : parce qu’il apparaît moins qu’autrefois un Etat dans l’Etat.  Les cardinaux et beaucoup de fidèles se méfiaient d’un pape qui ait été  trop lié à certaines grandes organisations  internes à l’Eglise : Communione et Liberazione (c’était le cas d’Angelo Sodano, archevêque de Milan, autre papabile) ou l’ Opus Dei. Par son ancienneté, par le progressisme qui l’avait un moment envahie, la Compagnie de Jésus a largement  perdu sa spécificité. Elle apparait même aujourd’hui à la « gauche » de l’Eglise, si tant est que cette expression ait un sens.

Faire la révolution dans l’Eglise en élisant un jésuite d’origine italienne, qui y aurait pensé ?

Enfin, l’Eglise ne recherche pas forcément les têtes nouvelles : Jorge Bergoglio, un des plus anciens élevés à la dignité cardinalice, avait été déjà, bien involontairement sans doute puisque il aurait  jugé alors la charge trop lourde pour lui, la principale  alternative à Joseph Ratzinger.    C’est parce qu’entre temps il aurait fait savoir discrètement qu’il accepterait ce fardeau, ce qui avait échappé à tous les faiseurs de pronostics, qu’il s’est trouvé le candidat naturel à sa succession.

Qu’il ait déjà 76 as et un demi poumon en moins n’a pas paru un inconvénient.

 

Conservateur et social

 

Conservateur du dogme et de la morale, le nouveau pape le sera évidemment comme l’auraient été tous les autres candidats envisagés. Non seulement parce que les nominations de Jean-Paul II et Benoît XVI ont encouragé cette tendance mais aussi parce que  le pape a fondamentalement la mission  de conserver, de garder, comme on dit, intact le « dépôt de la foi ».

Le choix audacieux de son nom, François, référence  au poverello d’Assise  (et indirect hommage à notre pays, puisque ce mot signifie Français), indique sans doute une orientation sociale dont témoignait déjà le style de vie de l’archevêque de Buenos Aires, familier des transports en commun et du contact direct avec le peuple, contempteur de l’ultra-libéralisme. On peut supposer qu’avec le pape Bergoglio qui sait mieux que personne ce qu’ont coûté les recettes du FMI au peuple argentin, Monsieur Camdessus ne cherchera plus  à s’infiltrer dans les couloirs du  Vatican ! Le progressisme social n’est, dans l’Eglise, contrairement à ce qu’imaginent  les ignorants amateurs de clichés, nullement contraire au conservatisme théologique.

Proche du peuple par ses origines pauvres – et sa qualité de supporter d’un club de football renommé ! - , gageons que ce pape sera plus intéressé par les déshérités de Rome que par les arcanes de la Curie. Il faut la réformer, dit-on partout, mais qui sait si le mal dont elle souffre n’est  pas précisément  ce que tout le monde lui propose comme remède : un excès de collégialité qui complique les circuits et dilue les responsabilités ?  

Déjà les contempteurs de métier lui cherchent  des poux dans la tête sur sa conduite durant la dictature du général Videla (qui fut aussi un temps de  guerre civile) ; il s’en est déjà largement expliqué. Heureux qui n’a jamais vécu en dictature pour pouvoir donner des leçons ! Les mêmes lui reprochent aussi son adhésion, un peu plus tôt,  à une organisation péroniste, qui se trouvait pourtant, sur l’arc politique,  à l’opposé des  généraux putschistes !

Ce qui doit nous rassurer, pour l’avenir non seulement de l’Eglise mais de la civilisation, c’est que, jeune homme studieux et jésuite astreint à 9 ans de noviciat , ayant étudié  non seulement  en Argentine, mais aussi au Chili , en Espagne, en Allemagne (hélas pas en France !) , il est sans doute, presque autant que son prédécesseur, immensément instruit. Bac plus 20,  au moins : l’avenir d’une certaine civilisation, celle-là même qui faisant tant d’horreur à Chirac, mais qu’avant lui Voltaire admirait,  et que Rome symbolise, est assuré. Le pape François  n’est pas européen mais il aurait pu  l’être !

Proche de la puissante communauté juive d’Argentine, il ne devrait pas inquiéter Israël. L’Université Al Azhar du Caire pense pouvoir reprendre avec lui le dialogue interrompu avec Benoit XVI : on se demande bien lequel ! L’Argentine est avec la France le seul pays où la Fraternité saint Pie X ait quelques bases : le nouveau pape connait donc assez le problème qu’elle  pose pour  le traiter avec doigté. On ne  voit pas en revanche ce qui peut prédisposer   cet  « extrême occidental »     à poursuivre le rapprochement avec l’orthodoxie, qu’il a peu fréquentée jusqu’ici. Ou encore la reprise du dialogue avec la Chine. Il s’agit d’enjeux capitaux pour l’Eglise. Mais sur ces sujets comme sur d’autres, nous ne sommes pas à l’abri de surprises.

 

Roland HUREAUX

Par Roland HUREAUX
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Vendredi 15 mars 2013 5 15 /03 /Mars /2013 01:16

 

 

Depuis que les papes sont redevenus chefs d’Etat  (1929), ils ont sans doute le privilège s’être, parmi leurs pairs, les plus cultivés,  et de loin.

Cela fut  particulièrement  vrai de Joseph Ratzinger,  devenu Benoît XVI,  dont tout laisse penser que « rien  de qui est humain ne lui était étranger » en matière , non seulement de théologie et de philosophie  mais même  d’histoire, de littérature, d’art : il  se plaisait, on le sait, à jouer  Mozart.  Peut-être pas aussi versé dans les sciences de la nature que Pie XII, il n’en ignorait cependant rien de ce qui est accessible au profane.

Comme la plupart de ses prédécesseurs, Benoît  XVI  parlait (et parle encore ! )  une dizaine de langues, dont le latin couramment, privilège devenu rare,  même à l’Université.

Benoit XVI n’est sans doute pas le premier pape à posséder ainsi au plus haut  degré ce que les Anciens appelaient  l’ humanitas. L’intelligence et la culture des pontifes romains suscitaient déjà l’admiration  discrète d’un  Voltaire. Mais par son passé  d’intellectuel, le dernier pape   surclassait sans doute  ceux qui l’ avaient  précédé.

Il est même probable que, tous critères réunis, Benoît XVI ait été  du petit nombre des  hommes les plus cultivés de la planète.

Quoi qu’on pense de l’émergence, hors d’Europe, d’un monde nouveau, un tel pape ne pouvait être que le  produit  de la vieille  Europe. Et, ajouterons nous, d’un monde en train de disparaitre : dans sa génération, l’apprentissage des   humanités classiques allait encore de soi, particulièrement dans la formation du clergé. Mais tant la baisse des exigences de culture générale dans l’enseignement public et privé, en France et ailleurs, que le concile Vatican II  réduisant la place du latin dans la liturgie ont créé un climat , qu’on le veuille ou non,  moins exigeant. Combien d'évêques français sont  encore capables de tenir une conversation en  latin ?

Cela est vrai en Europe, cela l’est encore plus hors d’Europe : ni l’Afrique  ni l’ Asie n’ont encore produit de grands théologiens, même si on nous dit que Mgr Sarah de Guinée est  un grand exégète et que Mgr Tagle, cardinal-archevêque de Manille  a obtenu son doctorat en théologie  summa cum laude.

Au travers d'une personnalité comme Benoît XVI,   l’Eglise a su aussi    transcender  l’antique et un peu courte  opposition de la raison et de  la révélation, de la science et de la foi , montrant   même qu’elles avaient   désormais  partie liée, dans un combat qui n’est autre que celui de la civilisation  contre toutes les formes de déraison.    Jean-Paul II avait exprimé cela dans  Fides et ratio et  Benoît XVI l’a redit  dans son discours de Ratisbonne. A cet égard, le magistère qu’exerce Rome est d’autant plus nécessaire aujourd’hui que la culture générale est le meilleur antidote contre le mode de pensée idéologique qui tend à se répandre un peu partout  et  dont on mesure chaque jour  les ravages dans la sphère publique. Le sens  de l ’histoire et celui  de la géographie sont inséparables : la culture générale est  aussi  le seul  moyen de communiquer largement. Un  homme cultivé est quelqu’un qui peut  se  faire comprendre  aux quatre coins de la planète. Le pape doit l’être mais pas seulement lui.

Peut-être,  cette fois-ci encore l’Eglise réussira-telle trouver  en son sein un cardinal qui ait des qualités  intellectuelles analogues à celles de ses prédécesseurs immédiats. Mais pour combien de temps ? La promotion des églises nouvelles d’Afrique d’Asie, d’Amérique latine est à la mode,  et c’est très bien,  mais il n’est pas sûr quelle disposent  encore du capital humain  et intellectuel pour prendre la suite de l’Europe sur le terrain de la culture.

L’Eglise ne vivant pas   en dehors de son époque, elle ne saurait  être, comme elle a pu l’être au Moyen Age  un isolat cultivant  la culture classique dans un monde qui l’ignorerait de plus en plus.  Les  temps ont changé : les intellectuels ne sont plus crus sur parole. Un minimum de fond culturel  commun est nécessaire  entre le magistère et les fidèles (et les autres) pour que s’exerce un magistère efficace.

L’élection du nouveau pape n’importe  pas seulement à l’Eglise, elle  importe aussi à la civilisation.

 

Roland HUREAUX

 

Voltaire, Essai sur les mœurs, Ed.Garnier 

Par Roland HUREAUX
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Vendredi 15 mars 2013 5 15 /03 /Mars /2013 01:14

 

On connaissait le fond de grossièreté qui réside chez beaucoup de socialistes, l’  air de clerc  jouisseur de ces notables de gauche issus de Mai 68 qui, depuis longtemps, ont abandonné les préoccupations  sociales pour la promotion de la libération sexuelle.  Fonctionnaires défroqués en goguette, ils diffèrent à cet égard d’une extrême-gauche qui, encore en lien avec la souffrance populaire, conserve le sens du tragique.

Cette paillardise avait sa figure emblématique : DSK.  Elle a  trouvé sa  victime expiatoire :   l’Eglise catholique.

En témoignent des comportements  qui pourraient  surprendre dans un parti que l’on croyait  devenu raisonnable : ainsi  la réception insultante de l’archevêque de  Paris par la commission de  l’Assemblée nationale en charge du projet de « mariage pour tous » ( qui a choqué le Grand Rabbin de France lui-même !) ou la plaisanterie douteuse de Michèle Delaunay, secrétaire d’Etat en charge des  personnes âgées ne trouvent rien d’autre à dire après  l’annonce de la démission du Saint Père  que: "Benoît XVI a omis de me consulter avant de prendre sa décision."

 

Un profond sentiment anticatholique

 

N’en doutons pas : ce n’est là que la pointe immergée d’un sentiment antichrétien ou plutôt  anticatholique aujourd’hui   dominant au parti socialiste. Hostilité assortie d’un mépris qui fait qu’on ne cherche même plus à comprendre ce  que pourrait être la logique interne des positions d’une Eglise dont on a choisi de  tout  ignorer.

Caractéristique de cette ignorance est l’appel de Cécile Duflot   aux diocèses pour qu’ils hébergent dans leurs locaux les sans-logis : la pitoyable ministre écologiste (les Verts ne valent pas mieux que les socialistes sur ce registre) semblait tout ignorer de l’action  caritative d’une Eglise plus  impliquée que quiconque sur ce terrain. 

Tout cela pourrait rappeler  les bonnes grosses blagues des banquets d’instituteurs  des années trente. Mais les temps ont changé : on ne daube plus la soutane ou les abus supposés du vin de messe ; on ne chante plus Le curé de Camaret, on ressasse les  poncifs des  médias,  largement sur la même longueur d’onde : Pie XII, le pape nazi (dont presque tout le  monde reconnait pourtant aujourd’hui qu’il a  fait le possible pour limiter le désastre), le préservatif, l’avortement et maintenant le « mariage »   homosexuel.  Autrefois le différend portait surtout  sur les dogmes, aujourd’hui sur  la morale.

On n‘explique pas autrement que par ce bouillon de culture dans lequel baigne désormais le parti socialiste le commentaire scandaleux du président de la République à l’issue de la démission de Benoît XVI : « Nous n’avons pas de candidat ».

Car  les banquets socialistes sont une chose, la parole  du chef de l’Etat en est une autre. Par ce genre de plaisanterie un peu lourde, François Hollande   ne fait pas honneur à  la France, surtout si on la compare  à la dignité, à la hauteur de la réaction des chefs d’Etat du monde entier à l’émouvante  décision de Benoît XVI.

 

Les vrais hommes d’Etat et les apparatchiks

 

En d’autres temps, d’autres chefs de l’Etat français, étaient  issus, plus encore que le président actuel, du vivier laïcard : Vincent Auriol, Georges Pompidou, Jacques Chirac.  Aucun  ne se serait permis ce genre de plaisanterie.  

En s’élevant dans les sphères de la grande politique, en  étant chaque jour confronté  au tragique de l’histoire, les vrais  hommes d’Etat, même s’ils sont en désaccord sur tel ou tel sujet avec le magistère catholique,  n’ont plus envie de plaisanter avec le fait religieux. Croyants ou pas,  ils en mesurent la dignité et la gravité. Georges Pompidou, agnostique au départ,  se rapprocha de la foi, au point de demander  des obsèques grégoriennes, Jacques Chirac  quoique éloigné de la religion en son for intérieur, fut toujours déférent vis-à-vis du monde ecclésiastique.   

Faut-il rappeler le cas de François Mitterrand : élevé, lui,  en milieu clérical,  rallié à la gauche certes,  mais qui fut   toujours respectueux   de l’Eglise catholique   dont il était suffisamment familier pour en connaître les subtilités et en mesurer la grandeur ? C’est ainsi qu’il sut   accueillir en 1983 le pape à Lourdes par un discours de haute tenue sur les relations de l’Eglise et de la France dont il faut bien dire  qu’il surclassait celui, plus convenu, de Jean Paul II.  Il cachait  peu en privé  son mépris pour  l’anticléricalisme  élémentaire  du parti  socialiste.   

Reste  le cas de Nicolas Sarkozy,   très ignorant des finesses de la culture chrétienne,  mais  désireux de lui témoigner sa sympathie, non sans quelques arrière-pensées et    beaucoup  de maladresse.

Dans cette question des rapports avec l’Eglise, François Hollande a montré qu’il était resté un socialiste de base, un apparatchik sans envergure. Rien qui fasse honneur à la France.

 

Roland HUREAUX

 

Par Roland HUREAUX
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