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Roland HUREAUX

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 22:44

 

LE MORNE  PRINTEMPS  QUI  ATTEND L'EUROPE

 

http://www.causeur.fr/trump-poutine-erdogan-merkel-brexit-42641.html/comment-page-1

 

L'Europe occidentale se trouve aujourd'hui en état d'apesanteur. Tout ce qui a déterminé sa politique au cours des dernières années est en train de s'effondrer mais elle ne le sait pas encore.

Le  20 janvier dernier, Donald Trump a pris  ses fonctions à la Maison blanche ;  il a déjà nommé  Rex Tillerson , proche de Poutine,   au poste de secrétaire d'Etat ( ministre des affaires étrangères).  Dans  quelques semaines, Trump et Poutine se rencontreront en tête à tête. Ils règleront sans doute une série de problèmes pendants, principalement celui du Proche-Orient, peut-être  celui de l'Ukraine. Ils parleront aussi de la Chine.

Parleront-ils de l'Europe occidentale ? Ce n'est même  pas sûr. D'abord parce qu'il n'y  rien d'urgent à  régler, ensuite parce que,  dès lors qu'ils  se seront  mis d'accord, l'opinion des Européens  leur importera  bien peu. 

Et ensuite ? Il n'est pas absurde de prévoir que  si les bonnes relations des deux puissances se confirment , ils instaurent une sorte de cotutelle  sur l'Europe de l'Ouest.

 

La déréliction de l'Europe occidentale

 

La déréliction de pays d'Europe occidentale est grande.

D'abord en raison  de leur situation économique et sociale : récession, chômage, insécurité, dénatalité, immense  frustration des  peuples .

Ensuite  en  raison  de leurs engagements des dix dernières années. Le refus de Jacques Chirac de participer en 2003 à   la guerre d'Irak a été le dernier acte de résistance d'un gouvernement européen à Washington. Depuis lors,  les positions  des gouvernements, des partis dominants ,  des principaux décideurs et des médias a été de se ranger sans nuances sur la politique  américaine  à l'égard de la Russie et au  Proche-Orient.  Une politique qui a consisté en Europe à envenimer le conflit ukrainien et à prendre des sanctions vis-à-vis de Moscou, sévèrement blâmée par   un homme aussi modéré qu’Helmut Schmidt, et au Proche-Orient à soutenir des mouvements djihadistes pour déstabiliser ou renverser les régimes établis de longue date mais désignés à la vindicte publique par Washington.

Ce ne sont  nullement les intérêts  de l'Europe qui expliquent  cette politique , c'est l'assujettissement  de ses dirigeants , qui  n'a peut-être d 'égal que celui des régimes de collaboration entre 1940 et 1944.

Ce n'est  pas à vrai dire sur la politique américaine en tant que telle    qu'ils se sont alignés mais   sur l'idéologie néoconservatrice  qui l'inspire  depuis  25 ans .

Or cette idéologie a reçu en novembre 2016  un   coup fatal : la défaite d'Hillary Clinton qui l' incarnait , pour laquelle tous les Européens  sans exception , au mépris  du principe de non-ingérence ,  avaient pris parti , puis un autre  :  la défaite de djihadistes soutenus par les Occidentaux  dans les rues d'Alep.

La  réaction des  principaux dirigeants européens face  à la  victoire  de Trump a été significative  : communiqués froids, leçons de morale aussi sournoises que ridicules ( de la part de la chancelière  allemande en particulier).    La réaction aux événements du Proche-Orient   n'a pas été moins désolante :  dénonciation insensée de crimes de guerre imaginaires, tentatives de la France de changer in extremis  la Charte des Nations-Unies  pour autoriser l'ingérence humanitaire au moment où celle-ci venait de  montrer un peu partout son caractère  désastreux,  encouragements des Britanniques à certains groupes djihadistes pour qu'ils rompent la trêve  décidée autour de Poutine, et par-dessus  cela reconduction  des sanctions  imposées à  la Russie alors qu'on   sait que les Etats-Unis  ne vont pas tarder  à  les  lever: au lieu de prendre les devants, les Européens  s'enfoncent dans le déni.

Face à l'effondrement  de l'idéologie néoconservatrice  ( ultralibérale en économie et libertaire dans le sociétal) qui a  le même caractère  intégrateur et mondialiste que l'idéologie européenne façon Bruxelles, les Européens sont aujourd'hui  comme un canard  sans tête  qui continue à marcher sans réaliser qu'il est   déjà  mort.  Le traité transatlantique qui constituait  en quelque sorte une extension de la mécanique européenne  à l'Atlantique-Nord  est enterré.

 

Entre deux géants

 

Mais  le plus grave pour l'Europe est qu'elle a désormais  affaire à deux géants : Poutine plus populaire que jamais  dans son pays  et prestigieux     vainqueur  au Proche-Orient  , Trump qui a réussi l'exploit de  se faire élire contre   son parti et  contre la totalité de l'oligarchie  économique et des  médias.

Aucun de ces deux hommes n'a de raison d'avoir la moindre  sympathie pour  les dirigeants   actuels d'Europe  occidentale qui ont tous pris  parti contre eux , sur le terrain diplomatique et militaire pour Poutine ,  dans l'arène  électorale  pour Trump.

Le troisième grand homme, plus inquiétant,  est Erdogan  dont les ambitions   se heurtent une situation intérieure très perturbée et  que Poutine a du mal  à  tenir en bride.    Nettement éloigné de  l'Europe de Bruxelles, il reste un homme fort.

Face à ces grands  quel désastre !   L'Allemagne n'a pour ainsi dire plus de chancelière tant Angela Merkel s'est discréditée en  ouvrant de manière irresponsable  le pays à un million de migrants , la France a un président zombie , dévalué  sur la scène internationale et  qui n' a même pas  pu se représenter. L'Italie a vu la démission de  l'illusionniste Rienzi, psi politiquement correct.  Mme May semble en meilleure posture  mais , encore mal connue à l'étranger, elle se trouve  absorbée par les mille et une difficultés  juridiques du Brexit, sans doute  parce que  , d'aucun côté de la Manche, personne   n'ose  comme Alexandre trancher le nœud gordien. Et ne parlons spas de Juncker dans ses heures de lucidité !  

Tout cela sur fond de crise de l'euro, sauvé in extremis dans l'affaire grecque  par la pression d'Obama. Que fera Trump la prochaine fois ?

Il  se peut  que  l'Europe occidentale telle qu'elle fonctionne aujourd'hui s'avère incapable ,  de manière   structurelle , de produire de vrais leaders.

Ce  printemps, en attendant de savoir  ce qui sortira  de  l'élection présidentielle    française,  première du  calendrier, le vide sidéral  qui est aujourd'hui celui l'Europe occidentale  , va  paraitre   au grand jour. C'est tout un cycle historique qui se termine pour elle. Et nul ne sait de quoi demain  sera fait.

 

                                                                                   Roland HUREAUX

 

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Published by Roland HUREAUX
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