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Roland HUREAUX

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 22:21

IL FAUT AIMER L'IMMIGRE...JUSQU'AU BOUT  

http://www.libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/Il-faut-aimer-l-immigre-jusqu-au-bout

Beaucoup de catholiques français ont du mal à suivre la hiérarchie catholique quand ses membres les appellent à se faire accueillants aux immigrés, notamment ceux qui traversent clandestinement la Méditerranée et arrivent jour après jour en Italie du Sud ou en Grèce.

Non que les chrétiens n'aient pas le sens de l’hospitalité, mais parce que, témoins de la déchristianisation, ils sont légitimement inquiets du devenir de l'identité chrétienne de la France, sentiment parfaitement légitime. Le succès de la pétition de Denis Tillinac demandant que les églises de France demeurent réservées au culte catholique et qui avait été signée aussi bien par des juifs que des musulmans et des incroyants   et approuvée selon un sondage par 75 % des Français témoignait de l'intensité de cette angoisse dans le peuple français.

Pourtant, on ne saurait attendre d’évêques catholiques, se référant au Christ, autre chose qu’une attitude de compréhension et d'accueil aux étrangers qui viennent sur notre sol. Le 17 juin 2015, le Conseil permanent de l'épiscopat français avait publié un texte dans ce sens. Au même moment, trois évêques faisaient une déclaration fondée sur le Livre du Deutéronome : « Aimez donc l’immigré, car au pays d’Égypte vous étiez des immigrés » (Ddt 10, 19). " Sans aller jusqu'à dire que tout clandestin doit être accueilli, ils revendiquent « une attitude humaine à l’égard des immigrés et réfugiés qui sont nos frères".

Il est difficile de demander aux évêques de France de ne pas aimer les immigrés, comme on doit aimer tous les hommes. Il est difficile de s'offusquer qu'ils invitent les fidèles et par-delà tous les Français à faire de même.

Mais s'il est légitime que les évêques catholiques aiment les immigrés, disons-le tout net, ils doivent les aimer jusque ' au   bout. Ce ne devrait pas être difficile pour les réfugiés chrétiens, en particulier ceux qui viennent de Syrie ou d'Irak.  Ce le sera peut-être plus pour les musulmans.

Or quel est, pour un chrétien, le bien le plus précieux ?  C'est évidemment Jésus-Christ.

 

A temps et à contre temps

 

Aimer les immigrés jusqu’au bout, c'est "à temps et à contretemps" (2 Tim 3, 14) leur annoncer Jésus Christ.

Il ne s'agit pas de les convertir car on ne peut convertir personne de force   mais de leur annoncer l'Evangile, c'est à dire une « bonne nouvelle" qui s'adresse à eux aussi. Cette annonce n’est pas pour l'Eglise une option, elle est une obligation. Même si ce devoir concerne aussi les laïcs et les simples prêtres, l'obligation s’applique particulièrement à ceux qui dirigent l’Eglise :   les évêques, successeurs de Pierre à   qui il a été dit "Allez de toutes les nations, faites des disciples et baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit" (Mt 28, 19).  Commandement auquel répond en leur nom saint Paul :   "Malheur à moi si je n'annonce pas l’évangile » (1 Co, 9, 16).

Or sur ce plan, il faut bien dire que l'Eglise a encore bien du chemin à faire tant est que la question de l'évangélisation des musulmans y demeure un tabou. Un converti de l’islam livre un verdict sans   appel :  selon lui, dans les milieux catholiques, 40 % sont hostiles vis à vis des conversions, 40 % réservés, et 20 % seulement franchement favorables. Il déplore en particulier que les grands médias catholiques soient muets sur le sujet. L'impression générale des musulmans qui veulent se faire baptiser est que, sauf exceptions, ils ne sont pas attendus. Il faut deux ou trois ans de catéchuménat pour être baptisé alors que cinq minutes suffisent pour prononcer le charabia qui fait de vous un musulman. Ces exigences et ces délais tirés du droit canon et qui visent les catéchumènes venant d'un milieu païen n'ayant jamais entendu parler de l’Eglise, s’appliquent-ils à des gens vivant au milieu de chrétiens, qui courent des risques en demandant le baptême et ont donc déjà mûri leur choix ? On peut se le demander.

Certains vont même jusqu'à dire que l'Eglise catholique est, sauf exceptions, plus portée à ouvrir les portes de la France au musulman que les portes des églises à ceux d'entre eux qui voudraient se convertir.  Singulier paradoxe.

On pourrait voir là l’écho de ce qui fut l’attitude des pouvoirs publics dans l’univers colonial, singulièrement en Algérie. Il y était permis de convertir les païens mais pas les musulmans et les missionnaires avaient plus ou moins adopté ce positon. En théorie, ce n'était   la position officielle ni de l'Etat ni de l'Eglise, mais c'était la position de fait de l'un et de l'autre. A la rigueur les missionnaires pouvaient-ils contribuer, par leurs écoles, à ce que les élèves musulmans deviennent de meilleurs musulmans, mais pas plus. Comme si le christianisme, bon pour les Européens, ne l’était pas pour les "indigènes" qui pouvaient bien se contenter d'une religion de seconde zone. Le Père de Foucault avait averti que cette politique conduirait à de grands malheurs : c'est ce qui est arrivé avec la guerre d'Algérie.

On rappellera que les évangéliques, très actifs dans les banlieues françaises, comme ils le sont dans certains pays musulmans, n'ont pas tant de scrupules. Est-il nécessaire de leur laisse le champ libre, au motif que là aussi leur message simplifié conviendrait seul à "ces populations" ?

D'autant que la jeunesse musulmane des pays occidentaux, même si elle ne le montre pas, est remplie d'une immense curiosité pour le catholicisme.  Ce qu'elle rejette d'abord de l’Occident c’est un laïcisme libertaire ignorant voire hostile au fait religieux. Ne rompant pas avec un fait religieux qui demeure pour eux essentiel mais paraissant mieux compatible avec la modernité, le catholicisme apparaît comme un moyen terme.

Il importe enfin qu'un christianisme tonique propose un chemin d 'absolu à une jeunesse déboussolée tentée par le djihad.   Cela ne vaut pas que pour les jeunes musulmans mais aussi pour tous ceux, d'origine chrétienne et éloignés de l'Eglise, que ce genre d'aventure tente aussi.  

 

Une rupture inévitable

 

Il est vrai que la conversion à l'islam suppose presque toujours une rupture du prosélyte avec sa famille, rupture qui peut être dangereuse pour lui et pour la paix civile. Que la conversion suppose une rupture avec la famille va tout à fait dans le sens de l'Evangile " qui aimera son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi". "N'allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais bien l'épée. Oui, je suis venu séparer l'homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère, on aura pour ennemis les gens de sa maison" (Mt 10, 34-35) et    "Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi" (Mt 10, 37). Par leur prudence, certains pasteurs voudraient néanmoins épargner aux   musulmans attirés par le baptême, le risque de ces antagonismes, points différents pourtant de ceux que courraient les prosélytes gréco-romains des premiers siècles.

Mais il se peut que ce soit l’idée même d’une rupture avec la famille qui   remplisse ces pasteurs de scrupules.   On peut se demander si, à force de parler (depuis un siècle seulement !) de la famille, l'Eglise catholique n’a pas fini par sacraliser à l'excès dans ce qu'elle a d’holiste, de captateur pour l'individu et si elle ne se trouve pas dès lors pleine de déférence pour la famille musulmane, au point de ne pas y encourager les ruptures.    C'est oublier que l'adhésion au christianisme est toujours un acte de rupture et que la vision holiste de la famille qui prévaut chez le musulman n'est pas du tout celle du christianisme qui, dans les affaires de foi, a toujours donné la priorité à l’individu sur le groupe. Loin d'être admirable, la famille musulmane résulte de la pétrification de la société archaïque, avec laquelle la Bible invite à rompre : "l'homme quitte son père et sa mère » (Gnu 1,24).

Au demeurant, la famille musulmane qui, au temps des colonies, se présentait comme un bloc compact imperméable à tout effort d'évangélisation, est aujourd'hui en crise : loin d'être le clan ancestral dirigé par le patriarche, elle est le plus souvent une famille monoparentale d'où le référent masculin a disparu où les enfants sont livrés à eux-mêmes.

 

Pour la paix civile

 

Evangéliser les musulmans n'est pas seulement un devoir et la plus grande forme d’amour à leur égard, c’est aussi une responsabilité vis à vis de la communauté française, par rapport à la paix civile.

Prêcher l'accueil le plus large et le plus fraternel aux immigrés et être pressé ensuite de leur donner ce qu’on a de meilleur, l’Evangile, est une attitude chrétienne cohérente.

Etre fermé à l'immigration et aussi à la conversion n’est pas forcément une attitude chrétienne mais c'est une attitude cohérente, qui pourrait refléter une vision tribale du christianisme et de la France.

Etre ouvert à l'immigration et réticent à la conversion, c’est, n'hésitons pas à le dire, gravement irresponsable. 

Le premier devoir de tout dirigeant est de préserver la paix civile car la guerre civile est sans doute la chose la plus horrible qui puisse arriver à un peuple.

Le pluralisme religieux dans un Etat est parfois   source de dialogue culturel et d’enrichissement réciproque. Mais si deux religions sont de poids, sinon égal du moins comparable dans un pays, comme pourraient l'être le christianisme et l'islam en France, si le premier continue dépérir et le second à prospérer, c’est la certitude de la guerre civile. Il n’y a pas d'exception à cette règle.  Il n'y en a pas dans l’histoire : la France du XVIe siècle, l’Allemagne du XVIIe siècle n'y ont pas échappé. Seules à l'époque moderne ont évité la guerre de religion dans les monarchies où s’appliquait la règle cujus région, eus religion. Voltaire dit sans ironie que   l’Inquisition épargna à l’Espagne les   guerres de religion.   Plus près de nous le massacre des Arméniens (en fait de tous les chrétiens sauf les protestants et les catholiques protégés par les Occidentaux) dans l'Empire ottoman de 1916 fut l'aboutissement tragique de siècles de coexistence entre chrétiens et musulmans.  La guerre d'Algérie (1954-1962) fut aussi une guerre de religion, sanction de l'attitude   évoquée plus haut ; elle   se termina par l'expulsion d'un million de juifs et de chrétiens en 1962.  Le Liban et la Bosnie, états multiconfessionnels où chrétiens et musulmans étaient à peu près de force égale ont connu deux atroces guerres civiles, le premier entre 1975 et 1990, la seconde entre 1991 et 1995. Jusque-là, pourtant, on vantait benoîtement l’harmonie qui y régnait entre les religions. 

Les religions orientales ne sont pas plus tendres : le Sri Lanka, divisé entre indigènes bouddhistes et immigrés hindouistes connait lui aussi la guerre civile.

C'est dire que laisser s'instaurer en France une situation où chrétiens et musulmans pèseraient d’un poids analogue serait une imprudence grave.

Il faut avoir la foi, dira-t-on, et se fier à la Providence. Sûrement pas pour éluder un devoir évangélique. Sûrement pas pour évacuer la vertu de prudence - au sens rigoureux de cette vertu :  non pas la prudence du bureaucrate qui ne veut "pas d'histoires", mais celle de l’homme accompli   qui voit loin et prend ses décisions en toute lucidité sans se bercer d’illusions. Pour Aristote, repris par saint Thomas d’Aquin, la prudence n'est rien d'autre que "la droite raison des actions à faire"[1]. Dans cette perspective, l'excès de lenteur peut être aussi coupable que l'excès de hâte.[2]

Il faut être clair : le prolongement naturel de l'esprit d'accueil à l'égard des musulmans qui viennent sur le sol français, ce n'est pas l'abstention de toute effort d'évangélisation au nom d'un respect de l'autre mal compris ou de la crainte des remous. L’appel cité plus haut est suivi d'une prière qui dit "Remplis nos cœurs de ton Esprit Saint, pour que nous vivions comme tes enfants, unis dans la diversité de nos cultures" ; on suppose que culture ne veut pas dire ici religion et que cet appel ne saurait signifier un acquiescement définitif à la différence religieuse.  Annoncer l’évangile aux immigrés, c’est   aller jusqu’au bout de l'amour, en souhaitant leur apporter ce que nous avons de meilleur. Toute autre attitude serait lâche, hypocrite et pleine de périls.

 

                                                           Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

[1] Somme théologique 2a - 2ae, qu’Est. 47, art. 1 & 2 

[2] Somme théologique 2a - 2ae, qu’Est.  53, art. 3

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Published by Roland HUREAUX
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