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Roland HUREAUX

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 22:52

Note  

 

Assad, diable ou diabolisé ?

 

Les accusations les plus graves à l'encontre du régime de Bachar-el-Assad ont fleuri dans la presse occidentale : assassinat de Rafic Hariri, premier ministre du Liban ( 2005) , répression effroyable des  premières manifestations dites démocratiques  (2011) ,  emprisonnements et tortures   , massacres de civils à Houla,  "bombardement de   son propre peuple",  utilisation d'armes chimiques notamment  à la  Ghouta ( faubourg de Damas) le 21 août 2013 , crimes de guerre à dans la bataille d'Alep, tortures  en tout  genre.  Elles ont été relayées par les gouvernements des pays de l'OTAN.

 

Il est difficile de se prononcer sur l'ensemble de ces accusations.

 

Trois sont probablement fausses.

 

1. L'assassinat de Rafiq Hariri

 

  Rafiq Hariri, premier ministre du Liban a été victime d'un attentat à la    voiture piégée 14 février 2005. Cet attentat avait été immédiatement imputé à Assad par l'ensemble de la presse internationale et fut le début de la campagne de diabolisation. Les Etats-Unis avaient même obtenu la mise en place d’un tribunal spécial pour le Liban   pour juger ce "crime contre l'humanité".  

Or en octobre 2016, Hugh Grassley, doyen et président de la commission juridique du Sénat des Etats-Unis affirmait que  « certains indices irréfutables confirment le rôle direct de l’Arabie saoudite dans des attentats terroristes dont celui de l’assassinat de Rafic Hariri »[1].

Georges Malbrunot, journaliste au Figaro, proche du renseignement français, ne retient pas non plus la thèse de la culpabilité d'Assad dans son livre : Les Chemins de Damas : Le dossier noir de la relation franco-syrienne. (1973).

 

2. Les attaques chimiques de la Ghouta

 

Le 21 août 2013, une attaque aux armes chimiques a eu lieu à la Ghouta, faubourg éloigné de Damas. Elle fut immédiatement imputée à Assad par l'ensemble des gouvernements et de la presse occidentale.

Deux semaines avant, Obama avait dit dans une conférence de presse que l'utilisation d 'armes chimiques par le régime serait une "ligne rouge" qui, si elle était franchie, entrainerait une intervention américaine directe dans le conflit.

On s'attendait à cette intervention et finalement elle n’eut pas lieu : Obama s’abstint à la suite de la proposition de Poutine de placer les armes chimiques de Syrie sous contrôle international. 

Deux rapports difficilement récusables invalident la thèse de la culpabilité d'Assad :

 

 a) un rapport du MIT :  en janvier 2014, Richard Lloyd,  ancien inspecteur de l'ONU, spécialiste des missiles, et Theodore Postol , professeur au Massachussetts Institute of technology , publient  un rapport   selon lequel le régime syrien n'est pas  responsable du massacre.  Ils ont pour cela étudié des centaines de photos et de vidéos d'ogives,  de restes de roquettes, d'impacts sur le sol, et de barils contenant le gaz sarin, publiées sur Internet,  et se sont livrés à une analyse physique qui a permis  d'établir le volume de gaz sarin utilisé,  la portée des missiles, leur direction ainsi que l'endroit d'où ils ont été tirés

(http://www.nytimes.com/2013/12/29/world/middleeast/new-study-refines-view-of-sarin-attack-in-syria.html ).

 Ces conclusions sont reprises par Franz-Olivier Giesbert en juin 2014, dans un éditorial du journal Le Point, où il accuse Le Monde et le gouvernement français, d’avoir incriminé   sans preuves le gouvernement syrien, afin de justifier d'éventuelles frappes.

 

b) un rapport de l’OIAC, organisation pour l’interdiction des armes chimiques près   l’ONU basée à La Haye, prix Nobel de la Paix en 2013   démontre par des méthodes différentes : analyse chimique des gaz montrant que ce n'est pas   le même que celui des   stocks syriens, mais en revanche le même que celui des stocks libyens dispersés après la chute de Khadafi. L'attaque serait donc due aux rebelles d'Al Nosra qui auraient été approvisionnés par l'Arabie saoudite.

Toutefois cette étude n'a jamais été rendue publique. La presse française n'en a pas non plus parlé.  Seule une fuite parvenue à l’agence Fides (Vatican)    en a révélé le contenu[2].

Il semble donc bien que l'attaque de la Ghouta ait été une provocation destinée à entrainer les Etats-Unis dans la guerre.  Assad aurait-il d'ailleurs été assez fou pour utiliser de telles armes deux semaines après qu'Obama ait averti solennellement que leur usage constituait une ligne rouge dont le franchissement déclencherait les frappes américaines ?  

En décembre 2016, l'ambassadeur de Syrie à l’ONU a accusé la France d'avoir prêté main forte au montage de cette provocation. Ce qui est sûr, c'est que nos services étaient alors proches d’Al Nosra qui est l'auteur de la provocation et que Hollande et Fabius (avec l'appui de Sarkozy et Juppé) ont immédiatement    reproché à Obama de s’être « dégonflé ». Il savait sans doute dès le début que le régime n'était pas en cause.

Mais le gouvernement français devait le savoir aussi : il se rapporte dans le milieu du renseignement que le directeur de la DGSE a alors dû refaire un premier rapport qui n'impliquait pas Assad pour en produire un autre qui l'impliquait. 

Il va de soi qu'une intervention américaine aurait obligé les Russes à réagir et qu’on ne sait pas jusqu'où serait alors allée l'escalade.

Si l’accusation contre de la France était fondée, il serait piquant de voir les héritiers de Jaurès tenter de déclencher une guerre mondiale.

D'autres attaques aux armes chimiques auraient eu lieu près d'Alep en 2013 et 2016 ; dans le premier cas, Carla Del Ponte, ancienne juge à la Cour pénale internationale, a accusé la rébellion, en faisant scandale car elle sortait de la doxa, pour ensuite nuancer ses propos.  Dans le second, Amnesty international a mis plutôt en cause l'armée gouvernementale. 

 

 - la bataille de Houla (10 juin 2012) : les télévisions ont montré   plus d'une centaine de cadavres de civils dont beaucoup d’enfants, apparemment tués dans la rue. Quelques jours après le massacre de Houla, les États Unis, la Grande Bretagne, la France et plusieurs autres pays occidentaux en tiraient prétexte pour   expulser les ambassadeurs syriens. Or selon la  Frankfurter Allgemeine Zeitung [3], le massacre de Houlà a en fait été commis par des sunnites hostiles à Assad et  la plus grande partie des victimes appartenait aux minorités chiites et alaouites favorables à Assad. Cette thèse n'est plus remise en cause.

 

Ainsi, sur trois griefs capitaux, le gouvernement syrien a été clairement visé par une manipulation. Cela seul laisse planer un doute sur d'autres accusations qui ont contribué à le discréditer.

 

- les débuts de la rébellion suscitent trois interrogations :  

 

a)  l'extension de la rébellion :   il semble qu'il n'y a guère eu de soulèvement à Damas, la capitale ; ce qui a été présenté par Al Jazzera à ce sujet serait un montage.  En tous les cas, les manifestions principales ont eu lieu en province, les premières à Deraa à la frontière de la Jordanie.

 

b)  la nature des manifestations : pour le régime, ce sont des infiltrations extérieures planifiées par l’OTAN et ses alliés, pour ceux-ci, il s'agit de révoltes populaires spontanées.

 

c) l'extension de la répression : de nombreuses   atrocités ont été rapportés, notamment à l'encontre d’enfants. Le régime dit que des provocateurs infiltrés ont attaqué la police qui a reposté.

Je n'ai pas la prétention voir clair dans les débuts de la guerre.

 

 

 -  Il est en revanche difficile d'adopter   la théorie, répandue notamment par Catherine Fourest  [4] , selon lesquelles il y aurait eu collusion entre le régime et les islamistes, Assad étant tenu pour complice des rebelles dans l'expansion du chaos en Syrie.  Thèse encore reprise peu de temps avant son départ par Laurent Fabius.  Pourquoi dit-on cela ? Parce qu'au début de la révolte, croyant bien faire en lâchant du lest, il libéra de nombreux prisonniers islamistes qui rejoignirent immédiatement la dissidence.

 

- Assad aurait régulièrement "bombardé son propre peuple". Une antienne répétée en toutes circonstances par Fabius.

Il est certain qu’il n’a pas de guerre civile sans qu’il y ait des victimes dans la population civile. S’il s'agit d'une intervention   occidentale, on parle de "dommage collatéraux », quand Erdogan bombarde les Kurdes de Turquie qui sont aussi « son propre peuple », on n'en parle guère, quand l'armée d'Assad ou ses appuis russes atteignent les populations civiles, on parle aussitôt de crimes de guerre.  

D'autre part les djihadistes ont bombardé régulièrement, notamment à Alep, les civils en dehors de la zone qu'ils contrôlaient : mais pas depuis des avions, avec de l'artillerie.

Les mêmes djihadistes ont eu très vite l'habitude de se mêler aux populations civiles, d'établer les QG dans les écoles, les hôpitaux. Cela est reconnu s'agissant de Mossoul que la coalition espère reprendre à Dach, cela ne l'est guère dans le cas de la Syrie.

Si la culture des armées syrienne et russe ne les incline peut-être pas à épargner spontanément les populations civiles, elles savaient qu'elles se trouvaient sous la surveillance étroite de l'opinion internationale et ont certainement pris, au moins dans la dernière phase de la guerre, quelques précautions pour limiter les frappes sur les civils.

 

- les crimes contre l'humanité dénoncés par l'Occident, spécialement la France, en décembre dans la reconquête d'Alep   relèvent de la même problématique.

 

- les tortures dans les prisons. La presse occidentale a publié une collection de photos qui auraient été prises par un transfuge du surnom de César montrant de milliers de personnes affreusement torturées. Fabius en a tiré prétexte pour poursuivre Assad pour crime contre l’humanité.  Ce transfuge demeure mystérieux   et on dit du côté de Damas qu’il s’agirait d’un agent qatari infiltré. Il est assez curieux que les séances de torture aient été systématiquement   photographiées. Ceci dit, il est sûr qu’il y a eu des tortures dans les prisons de la police secrète syrienne (moukhabarats), avant et pendant la guerre.  Plus qu’en Arabie saoudite, qu'en Algérie, qu’au Maroc ? Plus qu'il n'y en aurait en France si la menace islamiste y avait la même ampleur qu’elle a prise en Syrie ?

On se souvient aussi que le gouvernement algérien du FLN mena entre 1990 et 2000 une guerre très cruelle (150 000 morts au moins) pour réprimer ses propres islamistes, lesquels avaient pourtant, circonstance aggravante, gagné les élections. Le monde occidental qui s'acharne aujourd'hui contre le gouvernement baasiste syrien, détourna alors le regard.

 

- "Assad a massacré 400 000 personnes".  C'est encore ce que répétait Fabius. La guerre a fait à ce jour environ 310 000 morts et bien davantage de blessés, de déplacés.  Sur ce total, 100 000 au moins sont des soldats de l'armée du régime. On peut imaginer que compte tenu de leur inexpérience et de leur idéologie suicidaire, les djihadistes ont eu plus de victimes. Le reste, soit quelques dizaines de milliers sont des civils. Pour imputer l'ensemble à Assad, il faudrait qu'il soit responsable du déclenchement   de la guerre. Or les gouvernements   occidentaux qui ont, selon plusieurs témoignages, dont ceux de Robert Kennedy Jr ou de Roland Dumas, planifié cette guerre plusieurs années avant, le sont bien davantage. A la rigueur, peut-on lui reprocher de s'être défendu. Mais comment ne l'aurait-il pas fait face des adversaires dont certains annonçaient qu'ils allaient tuer les 2 millions d'alaouites et chasser 1,5 de chrétiens ?

 

Les Etats -Unis ont mis au point des techniques de communication qui permettent de diaboliser très vite un adversaire au point de le rendre complètement infréquentable.

Le Pentagone a dans son arsenal les « Psys » (Opérations psychologiques), lancées à travers les réseaux médiatiques du monde, ainsi définies : « Opérations planifiées pour influencer à travers des informations déterminées les émotions et motivations et donc le comportement de l’opinion publique, d’organisations et de gouvernements étrangers, afin d’induire ou renforcer des attitudes favorables aux objectifs préfixés ».  Dépendant de la Maison Blanche, le "Bureau of Public Diplomacy » dispose d’un budget énorme pour justifier les interventions américaines et jeter le discrédit sur les ennemis que Washington a décidé d'abattre.   Le résultat est que    la presse   occidentale est devenue, sur ce sujet comme sur d'autres    presque entièrement monolithique.

Il est significatif que le quasi-monopole de l'information sur la Syrie dans les médias occidentaux ait   été très vite conféré à un soi-disant Observatoire syrien des droits de l'homme ouvert à Coventry (Royaume-Uni) par un frère musulman anti-Assad Rami Abdel Rahmane, protégé du gouvernement britannique.   

Quand l’opinion occidentale est unanime à condamner Assad comme le dictateur le plus immonde de l'histoire, cela ne signifie, dans le monde actuel, rien d'autre que le fait que ses    ennemis contrôlent ladite opinion.  S'il était dans l'autre camp, il aurait une image tout à fait convenable.  R.H.

 

 

           

[1] Politico, 17 octobre 2016

[4] « Al-Assad lui-même a libéré les cadres islamistes de ses prisons pour faciliter la contagion islamiste et annihiler toute alternative entre lui et les djihadistes » Caroline Fourest.

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Published by Roland HUREAUX
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