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Roland HUREAUX

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 21:34

GHETTO ? VOUS AVEZ DIT GHETTO ?

http://www.libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/Ghetto-Vous-avez-dit-ghetto

 

Manuel Vals n'a pas mâché ses mots à la suite de l'affaire Charlie en dénonçant l' « apartheid territorial, social, ethnique » à l’œuvre dans les quartiers populaires, en fustigeant « la relégation périurbaine, les ghettos », généralement musulmans .

Ghetto ? Rien que ça.  Il faudrait y  regarder de plus près  avant d'appliquer un tel qualificatif aux banlieues françaises.

A Berlin , oui, il y a un ghetto turc : des quartiers turcs sans allemands et des quartiers  allemands sans turcs. A Londres aussi,  jusqu'à un certain point . Mais à Paris ? Dieu merci une certaine mixité demeure .  Jusqu'à quand ?

Si ghetto immigré il y a en France ,  n'en déplaise à M. Vals  qui  préfère culpabiliser les Français que chercher les vraies responsabilités, c'est essentiellement en raison de la délinquance et de l'insécurité qui règnent  dans  quartiers où les immigrés sont nombreux , spécialement pour ceux qu'il faut bien appeler les indigènes, c'est à dire les Français de souche.

Tous ceux qui en ont les moyens s'évertuent désormais à quitter ces quartiers, ce qui rend d'autant plus dramatique la situation de ceux qui ne le peuvent  pas, en particulier les Français sans ressources, notamment les personnes âgées. Mais l'insécurité est également  pénible pour la grande majorité des habitants issus de l'immigration  qui souhaiteraient  eux aussi y  vivre tranquillement. 

Le premier  moyen de réduire les ghettos est donc que les forces de police reconquièrent  les "territoires perdus de la République".  Si la sécurité représente   80 % du problème de la  ségrégation,  de nombreuses logiques administratives , parties des meilleures intentions, génèrent aussi un sentiment  de ségrégation.   

C'est le cas de la loi Boutin  du 25 mars 2009   réformant le  logement social. Cette loi tend à pousser hors du parc social tous ceux qui se  trouvent  au-dessus du plafond de ressources. On sait que les plafonds de ressources sont limitatifs à l'entrée,  mais qu'une fois  la famille logée en HLM, elle peut y rester  même si ses ressources augmentent  dans le courant de sa vie, ce qui est cas le plus général.  Une grande partie des locataires , les plus anciens, généralement nationaux, se trouve donc au-dessus du plafond de ressources. La rationalité administrative   à l'état brut impose que les subventions de l'Etat dont bénéficient les sociétés  HLM ne profitent  qu'à "ceux qui en ont vraiment besoin"  et que donc que l'on chasse par différents moyens  ( surloyers etc.) ceux qui ont atteint ou dépassé le  plafond  . Il est aisé de comprendre  que cette politique , poussée   depuis des années par l'Inspection des Finances, en éliminant  les classes moyennes du parc social, tend elle aussi  à renforcer la ségrégation, ce qui est fort dommage.

 

La perversité des zonages administratifs

 

Avec  le meilleur intentions du monde  ont été délimitées  en 1981 des ZEP ( zones d'éducation prioritaire) , devenues ECLAIR , majoritairement  peuplées d'immigrés et où les écoles reçoivent pour cela, des moyens supplémentaires.  L'existence de ce zonage a , qu'on le veuille ou non , un effet psychologique disqualifiant sur les élèves  du  quartier  et même sur leurs parents. Les jeunes qui y habitent n'étant pas plus bêtes que les autres savent qu'ils se trouvent dans une ZEP  ; ils ont ainsi  le sentiment d'une ségrégation même si elle   apporte à leur école des avantages. D'ailleurs est-ce bien d'une pédagogie de luxe que les élèves en cause ont besoin , n'est-ce pas plutôt d'une discipline plus rigoureuse  ?

Le zonage urbain dépasse largement la question scolaire . En matière de police, ont été ainsi délimitées 49 zones de sécurité prioritaire .

En matière de "politique de la ville" , il y avait jusqu'à une date récente 751 zones urbaines sensibles (ZUS), parmi lesquelles 416 zones de redynamisation urbaine (ZRU), comprenant elles-mêmes 100 zones franches urbaines (ZFU), sans compter   2 493 quartiers ciblés par les 497 contrats urbains de cohésion sociale.  Rien que ça !

Une réforme récente a  tenté de simplifier ces zonages : en lieu et place des différents périmètres que nous venons d'évoquer , sont identifiés  1300 quartiers sensibles. Mais le principe d'un zonage subsiste.

Ces zonages s'ajoutent à d'autres, plus anciens,   qui ont  eu , eux aussi,  des effets pervers moins connus . Ainsi les plans d'urbanisme qui tendent   depuis  longtemps à séparer les  zones d'activité des zones d'habitation et, parmi celles-ci, en fonction du COS, les zones pavillonnaires et les zones d'habitat collectif.

Zoner, ça fait rigoureux, ça fait technocratique. Mais le résultat  est , qu' on le veuille ou non, toujours psychologiquement désastreux.

Comment un  jeune qui sait qu'il se trouve ans une ZEP, une ZSP, une ZUS, une ZRU et une ZFU  ne se sentirait -il pas quelque part victime d'une sorte d'apartheid , au moins psychologique ?  

Il serait tellement plus subtil de mettre fin une fois pour toutes à tous ces zonages , tout en demandant aux différentes administrations concernées de garder une différenciation des moyens et des actions mais de manière  pragmatique, non systématique et surtout non écrite.

Combien de problèmes sociaux naissent ou sont aggravés par  un excès de rationalité administrative ?   

 

                                                           Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

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