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Roland HUREAUX

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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 17:41

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2016/08/05/31003-20160805ARTFIG00198-le-pere-jacques-hamel-ou-l-heroisme-discret-de-la-generation-vatican-ii.php

Le public n'a pas été seulement ému par les atroces circonstances du meurtre du père Jacques Hamel dans son église de Saint-Etienne-du-Rouvray. Il l'a été aussi par le caractère de ce prêtre ou plutôt par son absence apparente de caractère distinctif, par sa simplicité au sens le plus ordinaire du terme.

Meurtre atroce. Les chrétiens n'ont pas l'habitude de gémir sur les misères qu'on leur fait car ils ont la culture du martyre. Le Christ les a prévenus : "Vous serez haïs de tous à cause de mon nom" ( Mt 10, 22), "Si le monde vous hait , sachez qu'il m'a haï avant vous (…) Le serviteur n'est pas plus grand que son maître. S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi "(Jn 15, 18, 20) . Et ils connaissent ce mot de Tertullien : " le sang des martyrs est la semence des chrétiens". En un sens, la mort du père Hamel est pour lui une apothéose : égorgé en pleine messe , dans son église, sur l'autel, comme l'Agneau de Dieu dont il célébrait le sacrifice, à 85 ans, après une vie de prêtre accomplie !

Un prêtre parmi d'autres

Mais le plus émouvant est que, à ce que l'on sait, le père Hamel est un prêtre comme il y en a eu des centaines dans sa génération. Une génération qui a vu, sans doute avec douleur, la déchristianisation massive de la France , le raréfaction des vocations, des charges de plus en plus lourdes pour une population de plus en plus indifférente. Qui a vu aussi, à la suite du Concile Vatican II, la simplification du culte que certains tiennent pour un appauvrissement ou une banalisation. La paroisse de Saint-Etienne-du-Rouvray est assez emblématique de la déréliction d'une grande partie de cette France qui fut chrétienne . C'est une paroisse de banlieue ouvrière, déchristianisée , dominée d'abord par le parti communiste, puis par l'islam. Les catholiques n'y sont qu'une faible minorité. Le statut social des prêtres n' est plus ce qu'il était . La société leur demande de garder profil bas , de dire la messe "en faisant vite, en se cachant, pour ne pas déranger les gens "selon le mot de Georges Brassens , ce "bouffeur de curés" que le sort du père Hamel aurait sans doute ému. On demande seulement à ces prêtres d'être des braves gens, ce qu'ils sont , pas toujours reconnus à leur juste valeur. Le père Hamel disait une messe habituelle de semaine avec six fidèles dont trois bonnes sœurs, âgées elles aussi. Une messe en français , sans pompe, sans chants extraordinaires, sans extase pendant l'eucharistie comme on en a prêté au Padre Pio. Bref , selon l'expression consacrée, l'"ordinaire de la messe".

De cette routine postconciliaire dépourvue d'éclat, le père Hamel ne se sera écarté que sur un point : il n'avait pas voulu prendre de retraite. Au motif que les prêtres seraient des "travailleurs comme les autres", les évêques de France ont pris l'habitude de les mettre à pied ou à en maison de retraite passé un certain âge. Comme si les règles syndicales s'appliquaient aussi aux hommes de Dieu. Le père Hamel , lui, a voulu servir jusqu'au bout , même dans un rôle subalterne : c'était sa gloire , fort modeste au demeurant. Il n 'oubliait sans doute pas que prêtre, presbyteros, signifie en grec l'"ancien".

Signe paradoxal

C'est un signe paradoxal de la Providence que l'immense honneur du martyre soit tombé sur un prêtre aussi simple. On peut penser que du haut de sa toute puissance, Dieu a vu ce qu'avait eu d'héroïque cette génération postconciliaire que tant d'esprits forts prennent de haut. Une génération qui n'a sans doute pas fait d'éclat, qui n'a renversé aucune tendance de fond, mais qui a tenu le poste dans des temps qui furent peut-être parmi les plus difficiles de l'histoire de l'Eglise.

Un signe pour les mauvais chrétiens que nous sommes , trop souvent portés à l' arrogance et au mépris devant la grisaille. Un signe aussi pour une population qui s'était habituée à ne pas remarquer ces curés devenus si discrets, les prenant au mieux pour les derniers des Mohicans.

Or si le djihadistes se sont attaqués à un prêtre de ce profil, en fin de course et qui ne sera probablement pas remplacé, dans un quartier où l'Eglise catholique gardait profil bas , c'est que, malgré son absence d'éclat, ce mince filet d'une Eglise catholique en crise signifiait bien plus que ce qu'elle croyait elle-même. Les djihadistes ont vu , eux , qu'il y avait là une réalité métaphysique redoutable, un symbole pour eux insupportable. Malgré sa bénignité, le père Jaques faisait encore peur à certains.

Or faire peur, c'est exister. N'en déplaise à Emmanuel Todd, l'Eglise n'est pas encore morte en France.

Roland HUREAUX

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