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Roland HUREAUX

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19 mars 2016 6 19 /03 /mars /2016 12:40

Qui s'étonnerait que , pour l'essentiel, le rapport final du Synode des évêques au pape François sur la famille [1] apparaisse comme un rappel de la doctrine traditionnelle de l'Eglise ?

Rappel des fondements bibliques du mariage :

Le christianisme proclame que Dieu a créé l’homme, comme homme et femme, et il les a bénis pour qu’ils forment une seule chair et transmettent la vie (cf. Gn 1, 27-28 ; 2, 24). Leur différence, dans leur égale dignité personnelle, est le sceau de la bonté de la création de Dieu. (§ 58)

Rappel de son fondement théologique , comme image de la Trinité :

C’est dans la famille humaine, réunie par le Christ, qu’est restituée « l’image et la ressemblance » de la Sainte Trinité (cf. Gnu 1, 26), mystère d’où jaillit tout amour véritable (§38).

Si cette dimension théologique n'a pas été davantage développée, c'est sans doute que le synode était réputé "pastoral" . Pourtant, quelle autre manière d'éviter au discours pastoral de sombrer dans la routine ou la langue de bois que de l'éclairer en permanence par la théologie la plus haute ? Comment par exemple expliquer à des jeunes que le lien du mariage n'aliène pas la liberté ( ne "passe pas la corde au cou") mais au contraire l'épanouit sans référence à sa dimension trinitaire ?

Des règles morales traditionnelles

Sur le plan moral, toutes les préoccupations habituelles de l'Eglise sont rappelées, longuement elles.

D'emblée, l'indissolubilité du mariage est proclamée au travers d'une citation du pape François :

Dieu « unit les cœurs d’un homme et d’une femme qui s’aiment et qui les unit dans l’unité et l’indissolubilité. Cela signifie que le but de la vie conjugale n’est pas seulement de vivre ensemble pour toujours, mais de s’aimer pour toujours ! Jésus rétablit ainsi l’ordre qui était à l’origine et qui est origine » (Homélie de la messe d’ouverture du Synode, 4 octobre 2015). (§ 1)

L’irrévocable fidélité de Dieu à l’alliance est le fondement de l’indissolubilité du mariage.(§ 48)

Et même :

L’indissolubilité du mariage (cf. Mc 10, 2-9), ne doit pas être comprise avant tout comme un joug imposé aux hommes, mais bien comme un don fait aux personnes unies par le mariage. (§ 40)

Et le seul vrai mariage pour un baptisé est sacramentel :

L’Église, maîtresse sûre et mère attentionnée, tout en reconnaissant que parmi les baptisés il n’y a pas d’autre lien nuptial que le lien sacramentel, et que toute rupture de ce dernier va à l’encontre de la volonté de Dieu, est également consciente de la fragilité de nombre de ses enfants qui peinent sur le chemin de la foi. (§ 51)

Les aspirations à l'émancipation des femmes sont encouragées :

La dignité de la femme a besoin d’être défendue et promue (...) L’émancipation féminine exige de repenser la répartition des tâches entre les époux et leur responsabilité commune envers la vie familiale. ( § 27)

Mais est récusée

Une certaine vision du féminisme qui dénonce la maternité comme un prétexte pour l’exploitation de la femme et un obstacle à sa pleine réalisation. (§ 8)

Et c'est aussi sans doute nos société imprégnées d'ultra-féminisme qu'évoque ce passage :

Encore de nos jours, dans de nombreuses situations, être une femme est cause de discrimination : le don même de la maternité, dans certaines cultures, est pénalisé au lieu d’être valorisé. (§27)

La suite, en revanche, comme pour respecter l'équilibre Nord-Sud, semble s'appliquer plutôt à d'autres sociétés :

D’autre part, dans certaines cultures, la stérilité pour une femme est une source de discrimination sociale. ( ibid. )

Dans le même souci d'universalité, est relevé au passage que

Dans certaines sociétés subsiste encore la pratique de la polygamie, et, dans d’autres contextes, celle des mariages arrangés. (§ 25)

Pointe avancée de l'ultra-féminisme, n'est pas épargnée l'idéologie (et non la théorie) du genre :

Un défi culturel de grande envergure émerge aujourd’hui avec l’idéologie du “genre” qui nie la différence et la réciprocité naturelle entre un homme et une femme. Elle laisse envisager une société sans différence de sexe et sape la base anthropologique de la famille. (...) Dans la vision de la foi, la différence sexuelle humaine porte en elle l’image et la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 26-27). (...) Selon le principe chrétien, âme et corps, tout comme le sexe biologique (sex) et le rôle socioculturel du sexe (gender), peuvent être distingués, mais non séparés. (§ 58)

Ceux qui attendaient quelque "avancée" en direction de la reconnaissance de l'homosexualité, n'apprendront pas grand chose, sinon que les homosexuels doivent être respectés comme personne , ce qui n'est pas vraiment nouveau , quoi qu'on dise :

L’Église calque son attitude sur celle du Seigneur Jésus qui, dans un amour sans limite, s’est offert pour chaque personne sans exceptions (cf. MV, 12). À l’égard des familles qui vivent l’expérience d’avoir en leur sein des personnes présentant une tendance homosexuelle, l’Église réaffirme que chaque personne, indépendamment de sa tendance sexuelle, doit être respectée dans sa dignité et accueillie avec respect, avec le soin d’éviter « toute marque de discrimination injuste » (Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Considérations à propos des projets de reconnaissance légale des unions entre personnes homosexuelles, 4). Il faut aussi réserver une attention spécifique à l’accompagnement des familles dans lesquelles vivent des personnes ayant une tendance homosexuelle. (§ 76)

Pour ce qui est des unions homosexuelles, le Synode est particulièrement net :

Quant au projet d’assimiler au mariage les unions entre personnes homosexuelles, «il n’y a aucun fondement pour assimiler ou établir des analogies, même lointaines, entre les unions homosexuelles et le dessein de Dieu sur le mariage et la famille » (ibid) . (§ 76)

On notera au passage que l'expression "personnes ayant une tendance homosexuelle" est préférée à celle de "personne homosexuelle" qui semble essentialiser fâcheusement ce qui, selon la doctrine, n'appartient à l'essence de personne.

Intransigeance aussi vis à vis de toute forme d'euthanasie :

L’euthanasie et le suicide assisté constituent de graves menaces pour les familles dans le monde entier. Leur pratique est devenue légale dans de nombreux États. L’Église, tout en s’opposant fermement à ces pratiques, ressent le devoir d’aider les familles qui prennent soin de leurs membres âgés et malades et de promouvoir de toutes les façons possibles la dignité et la valeur de la personne jusqu’au terme naturel de la vie. (§ 20)

Et en conséquence, attention particulière aux handicapés :

Un regard spécial doit être porté aux familles des personnes frappées par un handicap qui surgit dans la vie. (§ 21)

( Mais il ne semble pas qu'ait été abordée la question de leur élimination massive à la naissance qui est en train de se répandre en Occident, spécialement en France).

L'avortement est cependant fortement condamné :

La vie est un don de Dieu et un mystère qui nous transcende. Voilà pourquoi on ne doit en aucune manière en éliminer son commencement et sa phase terminale. Concernant le drame de l’avortement, l’Église affirme avant tout le caractère sacré et inviolable de la vie humaine et s’engage concrètement en sa faveur (cf. EV, 58) . (§64)

Il est même précisé que

À ceux qui travaillent dans les structures de santé, on rappelle leur obligation morale à l’objection de conscience. (ibid.)

En conséquence, à l'encontre de toutes les tendances malthusiennes, se trouve hautement valorisée la procréation :

La présence des familles nombreuses dans l’Église est une bénédiction pour la communauté chrétienne et pour la société, car l’ouverture à la vie est une exigence intrinsèque de l’amour conjugal. (§ 62)

C'est pourquoi

Il faut exhorter sans relâche les jeunes couples à donner la vie. ( § 63)

Et aussi :

Le recours aux méthodes fondées sur les « rythmes naturels de fécondité » (HV, 11) devra être encouragé. ( § 63)

D'autant que :

La diminution de la natalité est le résultat de divers facteurs, parmi lesquels l’industrialisation, la révolution sexuelle, la crainte de la surpopulation, des problèmes économiques, le développement d’une mentalité contraceptive et abortive. La société de consommation peut aussi dissuader les personnes d’avoir des enfants, simplement pour préserver leur liberté et leur mode de vie. (§ 7)

La baisse de la démographie, due à une mentalité antinataliste et encouragée par les politiques mondiales de “ santé reproductive ”, menace le lien entre les générations. (§ 32)

C'est même, aurait-on pu préciser, l'avenir de l'espèce humaine et de beaucoup de cultures qui est menacé.

Les enfants nécessitent d'autant plus d'être protégés :

Les droits des enfants sont négligés de multiples façons. Dans certaines régions du monde, ils sont considérés comme une véritable marchandise, traités comme des travailleurs à bas coûts, utilisés pour faire la guerre, objets de tout type de violence physique et psychologique. Les enfants migrants sont exposés à différents types de souffrance. Par ailleurs, l’exploitation sexuelle de l’enfance constitue une des réalités les plus scandaleuses et perverses de la société actuelle. (§ 26)

Est saluée l'adoption:

L’adoption d’enfants, orphelins et abandonnés, accueillis comme ses propres enfants, dans l’esprit de la foi, revêt la forme d’un authentique apostolat familial (cf. AA, 11), plusieurs fois rappelé et encouragé par le Magistère (cf. FC, 41; EV, 93). (§ 65)

Autres positions que l'Eglise rappelle utilement mais sans surprise :

Viennent s’ajouter à cela les conséquences négatives de pratiques liées à la procréation, comme la gestation pour autrui ou le marché des gamètes et des embryons. (§ 28)

Ou encore :

Il faut dénoncer avec fermeté la grande diffusion de la pornographie et de la commercialisation du corps, favorisée notamment par un mauvais usage d’internet, ainsi que la prostitution forcée et son exploitation. (§ 32)

Sans leur accorder l'importance qu'auraient voulu lui donner certains évêques du Tiers Monde, le Synode dénonce les pressions publiques qui s'exercent sur les femmes :

L’exploitation des femmes et la violence exercée sur leur corps sont souvent unies à l’avortement et à la stérilisation forcée.(§28)

Et pire encore , ce qui est sans doute un des grands scandales de notre temps , il dénonce cette forme de néo-colonialisme qui amène les puissants de ce monde ( en premier lieu des Etats-Unis et la plupart des organisations internationales) à opérer le plus odieux des chantages sur le pays pauvres pour qu'ils renoncent à la loi naturelle :

Par amour de cette dignité de la conscience, l’Église rejette de toutes ses forces les interventions coercitives de l’État en faveur de la contraception, de la stérilisation ou même de l’avortement. (§ 63)

Le Synode considère en tout cas totalement inacceptable que les Églises locales subissent des pressions en ce domaine et que les organismes internationaux conditionnent les aides financières aux pays pauvres à l’introduction de lois qui instituent le “ mariage ” entre des personnes de même sexe.(§ 76)

Question politiques et sociales

Le Synode a en outre cru bon d'aborder certaines questions d'actualité , ayant, une dimension familiale, comme la persécution des chrétiens :

De violentes persécutions religieuses, en particulier à l’encontre des familles chrétiennes, dévastent des régions entières de notre planète, créant ainsi des mouvements d’exode et d’immenses vagues de réfugiés qui exercent de grandes pressions sur les capacités des terres d’accueil . Les familles ainsi éprouvées, sont très souvent contraintes à un déracinement et conduites au seuil de la dissolution. (§ 9 )

Mais aussi des fléaux sociaux plus généraux comme les addictions ou la misère, elle-même effets de l'injustice :

La dépendance vis-à-vis de l’alcool, des drogues ou des jeux de hasard est parfois l’expression de ces contradictions sociales et du malaise qui en découle dans la vie des familles. (ibid.)

L’accumulation de richesse entre les mains de quelques-uns et la substitution de ressources destinées au projet familial accroissent l’appauvrissement des familles dans de nombreuses régions du monde.(ibid.)

Certains groupes sociaux et religieux se trouvent partout en marge de la société : migrants, gens du voyage, sans domicile fixe, réfugiés, les intouchables dans le système des castes et ceux qui sont affectés par des maladies conduisant à une stigmatisation sociale. La Sainte Famille de Nazareth a connu, elle aussi, l’amère expérience de la marginalisation et du refus (cf. Lc 2, 7 ; Mt 2, 13-15). (§ 15).

A quelques jours de la COP 21, est mentionnée l'écologie , dans l'optique chrétienne qui n'est pas toujours bien reçue de ceux qui la promeuvent à travers le monde , souvent liés aux tenants du transhumanisme :

C’est par la famille que nous appartenons à l’ensemble de la création, que nous contribuons spécifiquement à promouvoir l’écologie, que nous apprenons la signification de la corporéité et le langage aimant de la différence homme-femme et que nous collaborons au dessein du Créateur (§ 16).

Une large place est consacrée aux migrants :

L’histoire de l’humanité est une histoire de migrants : cette vérité est inscrite dans la vie des peuples et des familles. Notre foi aussi le réaffirme : nous sommes tous des pèlerins. Cette conviction doit susciter en nous compréhension, ouverture et responsabilité face au défi des migrations, aussi bien vécues avec souffrance que pensées comme opportunités de vie. La mobilité humaine, qui correspond au mouvement naturel historique des peuples, peut se révéler être une richesse authentique, tant pour la famille qui émigre que pour le pays qui l’accueille. (§ 23)

Il est difficile de contester à une assemblée d 'évêques venus du monde entier le droit de tenir ces propos , même si les historiens nous diront que pendant dix siècles (950-1950) siècles , l'Europe n'a pratiquement pas connue de migrations massives. Plus ambigüe est la suite :

L’accompagnement des migrants exige une pastorale spécifique pour les familles en migration, mais aussi pour les membres du foyer familial qui sont demeurés sur leurs lieux d’origine. Cela doit se faire dans le respect de leurs cultures, de la formation religieuse et humaine d’où ils proviennent, de la richesse spirituelle de leurs rites et de leurs traditions, notamment par le biais d’une pastorale spécifique. (ibid.)

Le "respect de cultures", de "la formation religieuse et humaine" , "la richesse spirituelle" supposée des rites et des traditions des migrants signifierait-il qu'ils n'aient pas à connaître le Christ ? A moins que ce passage ne concerne que les chrétiens d'Orient ? Cela aurait demanderait à être précisé.

L'immense crise morale que la récente vague de migrations a suscité en Europe et dont ne nous connaissons sans doute que le commencement , laquelle se traduit par des réactions de rejet, n'est pas due comme les média dominants le prétendent à l'égoïsme individuel, pas même à la saturation de nos capacités , ainsi qu' un passage du rapport le suggère, mais à une inquiétude identitaire qui n'est pas un sentiment aussi blâmable que certains le prétendent . Cette inquiétude est d'abord due à la déchristianisation et à son corollaire, la dénatalité . Elle est considérablement aggravée par les vagues migratoires . Tout ce qui peut la rendre encore plus aigue - et nous n'excluons pas qu'une position comme celle-là , qui reflète celle de beaucoup d' épiscopats nationaux, en fasse partie - , ne peut qu'aggraver les réactions de rejet. D'autant que cette position semble rejoindre , pour le plus grand désarroi des fidèles, celle de médias généralement hostiles à l'héritage chrétien . Aurait-il été trop audacieux de suggérer aussi que ceux qui débarquent en Europe viennent peut-être y chercher le Christ ?

Un discours véritablement prophétique ne devrait-il pas aller plus loin et interpeller les puissances responsables des guerres qui sont à l'origine des mouvements d'exode ou les réseaux mafieux qui les organisent ?

La crise de la famille

Mais la préoccupation centrale qui a motivé la réunion du synode est la crise de la famille ou plus exactement du mariage dont il est rappelé à plusieurs reprise qu'il reste une réalité fragile :

Le couple et la vie dans le mariage ne sont pas des réalités abstraites, elles demeurent imparfaites et vulnérables. (§ 5)

« La famille traverse une crise culturelle profonde, comme toutes les communautés et les liens sociaux. Dans le cas de la famille, la fragilité des liens devient particulièrement grave parce qu’il s’agit de la cellule fondamentale de la société, du lieu où l’on apprend à vivre ensemble dans la différence et à appartenir aux autres et où les parents transmettent la foi aux enfants. Le mariage tend à être vu comme une simple forme de gratification affective qui peut se constituer de n’importe quelle façon et se modifier selon la sensibilité de chacun. Mais la contribution indispensable du mariage à la société dépasse le niveau de l’émotivité et des nécessités contingentes du couple » (EG, 66) François. (§ 38)

Un des symptômes de la crise est la désaffection, chez beaucoup de chrétiens, pour le sacrement de mariage :

Dans de nombreux contextes, et pas seulement en Occident, se diffuse largement la pratique de la vie en commun avant le mariage ou même de la cohabitation sans aspirer à un lien institutionnel. S’ajoute souvent à cela une législation civile qui compromet le mariage et la famille.(§ 25)

Le synode s'attache légitimement à rechercher les raisons économiques ou sociologiques de cette désaffection :

De nombreux jeunes continuent à considérer le mariage comme le grand désir de leur vie et le projet de fonder une famille comme la réalisation de leurs aspirations. Dans la pratique, ils adoptent cependant des attitudes différentes vis-à-vis du mariage. Ils sont souvent induits à repousser leur mariage pour des problèmes économiques, de travail ou d’études. Parfois aussi pour d’autres raisons, comme l’influence des idéologies qui dévaluent le mariage et la famille, l’expérience de l’échec d’autres couples qu’ils ne veulent pas risquer de vivre à leur tour, la peur de quelque chose qu’ils considèrent comme trop grand et trop sacré, les opportunités sociales et les avantages économiques qui découlent de la simple cohabitation, une conception purement émotionnelle et romantique de l’amour, la peur de perdre leur liberté et leur autonomie, le refus de quelque chose qui est conçu comme institutionnel et bureaucratique. (§ 29)

Dans certains pays, une forme traditionnelle de mariage existe, arrangé entre les familles et souvent célébré par étapes. Dans d’autres pays, en revanche, on constate une augmentation du nombre de ceux qui, après vécu ensemble pendant longtemps, demandent la célébration du mariage à l’église. La simple vie en commun est souvent choisie du fait de la mentalité dominante contraire aux institutions et aux engagements définitifs, mais aussi en raison de l’attente d’une sécurité existentielle (travail et salaire fixe). Enfin, dans d’autres pays, les unions de fait sont de plus en plus nombreuses, non seulement à cause du rejet des valeurs de la famille et du mariage, mais également parce que se marier est perçu comme un luxe : des conditions sociales difficiles marquées par la misère matérielle poussent à vivre des unions de fait. (§ 70)

Le choix du mariage civil ou, dans différents cas, de la simple vie en commun, n’est dans la plupart des cas pas motivé par des préjugés ou des résistances à l’égard de l’union sacramentelle, mais par des raisons culturelles ou contingentes. Il est donc nécessaire d’identifier plus précisément les motivations profondes de leur renoncement et de leur découragement. (§ 71)

Le Synode s'attache ainsi à ne pas condamner ceux qui refusent, au moins provisoirement, le mariage sacramentel :

La pastorale propose clairement le message évangélique et saisit les éléments positifs présents dans les situations qui ne lui correspondent pas encore ou qui ne lui correspondent plus. Dans de nombreux pays, un nombre grandissant de couples vivent ensemble sans être mariés, ni religieusement ni civilement. (§ 70 )

Face à cette situation, la pastorale sera incitative, d'abord par l'exemple :

Toutes ces situations doivent être affrontées d’une manière constructive, en cherchant à les transformer en opportunités de chemin de conversion vers la plénitude du mariage et de la famille à la lumière de l’Évangile. (§ 70)

Les jeunes peuvent prendre davantage confiance dans le choix conjugal en voyant ces familles qui, dans la communauté chrétienne, leur offrent l’exemple fiable d’un témoignage durable dans le temps (§ 71) .

Les médias n'ont retenu des débats du Synode que la question du sort qui devait être réservé aux catholiques divorcés remariés civilement . On retiendra que la plus grande compréhension à leur égard est recommandée, ce qui n'est sûrement pas en rupture flagrante avec la tradition :

La communauté chrétienne et ses pasteurs ont le devoir de demander aux conjoints séparés et divorcés de se traiter avec respect et miséricorde, surtout pour le bien des enfants, auxquels il ne faut pas infliger davantage de souffrances. Les enfants ne sauraient être des objets qu’on se dispute et il faut rechercher les meilleurs moyens pour leur permettre de surmonter le traumatisme de la scission familiale et de grandir de la manière la plus sereine possible. En tous les cas, l’Église devra toujours mettre en évidence l’injustice qui dérive très souvent de la situation de divorce.(§ 79)

Les baptisés divorcés et remariés civilement doivent être davantage intégrés dans les communautés chrétiennes selon les diverses façons possibles, en évitant toute occasion de scandale. La logique de l’intégration est la clef de leur accompagnement pastoral, afin que non seulement ils sachent qu’ils appartiennent au Corps du Christ qu’est l’Église, mais qu’ils puissent en avoir une joyeuse et féconde expérience. Ce sont des baptisés, ce sont des frères et des sœurs, l’Esprit Saint déverse en eux des dons et des charismes pour le bien de tous. (...) Non seulement ils ne doivent pas se sentir excommuniés, mais ils peuvent vivre et mûrir comme membres vivants de l’Église, la sentant comme une mère qui les accueille toujours, qui s’occupe d’eux avec beaucoup d’affection et qui les encourage sur le chemin de la vie et de l’Évangile. Cette intégration est nécessaire également pour le soin et l’éducation chrétienne de leurs enfants, qui doivent être considérés comme les plus importants. Pour la communauté chrétienne, prendre soin de ces personnes n’est pas un affaiblissement de sa foi, ni du témoignage concernant l’indissolubilité du mariage : au contraire, par cette attention justement, l’Église exprime sa charité.(§84).

Une utile référence à Jean-Paul II rappelle la nécessité, entre les divorcés, de distinguer les situations :

Saint Jean-Paul II a offert un critère général qui demeure fondamental pour l’évaluation de ces situations : « Les pasteurs doivent savoir que, par amour de la vérité, ils ont l'obligation de bien discerner les diverses situations. Il y a en effet une différence entre ceux qui se sont efforcés avec sincérité de sauver un premier mariage et ont été injustement abandonnés, et ceux qui par une faute grave ont détruit un mariage canoniquement valide. Il y a enfin le cas de ceux qui ont contracté une seconde union en vue de l'éducation de leurs enfants, et qui ont parfois, en conscience, la certitude subjective que le mariage précédent, irrémédiablement détruit, n'avait jamais été valide » (FC, 84). Il est donc du devoir des prêtres d’accompagner les personnes intéressées sur la voie du discernement selon l’enseignement de l’Église et les orientations de l’évêque (...) Par conséquent, tout en soutenant une norme générale, il est nécessaire de reconnaître que la responsabilité quant à certaines actions ou décisions n’est pas la même dans tous les cas. Le discernement pastoral, tout en tenant compte de la conscience correctement formée des personnes, doit prendre en charge ces situations. Il est en de même pour les conséquences des actes accomplis ne sont pas nécessairement les mêmes dans tous les cas. (§ 85)

On peut cependant s'étonner de l'incise :

Leur participation (celle des divorcés remariés) peut s’exprimer dans divers services ecclésiaux : il convient donc de discerner quelles sont, parmi les diverses formes d’exclusion actuellement pratiquées dans les domaines liturgique, pastoral, éducatif et institutionnel, celles qui peuvent être dépassées. (§ 84 )

L'"exclusion" de l'eucharistie semble être mise sur le même plan que d'autres qui n'ont aucun caractère canonique, tout en étant assorties d'un point d'interrogation collectif. Est-ce bien nécessaire au moment où tant de nos concitoyens, spécialement en Europe, ont le sentiment que toute base stable disparait de ce monde et ont donc moins besoin que jamais d'ambiguïtés de ce genre ? Pas de mention non plus des richesses possibles de la communion spirituelle.

Une vision holiste de la famille ?

Ces nuances apportées au discours traditionnel sont cependant peu de choses à côté de certaines lacunes de ce texte. Tout se passe comme si le débat médiatique sur un aspect relativement mineur du problème, le sort des divorcés remariés, avait entravé la réflexion sur la question de fond : la crise du mariage.

A cet égard , le rapport demeure largement prisonnier d'une conception, non pas traditionnelle loin s'en faut, mais dominante depuis le XIXe siècle qui privilégie, au moins dans le discours ecclésiastique usuel, la famille sur le mariage proprement dit, et cela au rebours de ce qui avait prévalu durant les dix-neuf premiers siècles ( où le mot de famille est pratiquement absent du discours de l'Eglise, comme il l'est toujours du Dictionnaire de théologie catholique ).

La famille dont il est question ici est à la fois large et agrégative :

Nous pensons aux mères et aux pères, aux grands-parents, aux frères et aux sœurs, aux parents proches ou lointains, et au lien tissé par tout mariage entre deux familles. Toutefois, nous ne devons pas oublier la réalité vécue : la solidité des liens familiaux continue partout à maintenir le monde en vie. (§ 5)

La présence des grands-parents dans la famille mérite une attention particulière. Ils constituent le maillon qui unit les générations et assurent un équilibre psychoaffectif à travers la transmission de traditions et de coutumes, de valeurs et de vertus, dans lesquelles les plus jeunes peuvent reconnaître leurs racines. En outre, les grands-parents collaborent fréquemment avec leurs enfants pour les questions économiques, éducatives et pour la transmission de la foi aux petits-enfants.( § 18).

Même les célibataires y trouvent un port d'attache :

Il faut accompagner ceux qui vivent seuls ou qui ne forment pas de nouveau noyau familial, en restant souvent liés à leur famille d’origine. (§34)

Face à ce bloc compact, tenu pour essentiel sont dénoncés "les développements d’un individualisme exacerbé qui dénature les liens familiaux, en faisant prévaloir l’idée d’un sujet qui se construit selon ses désirs, en ôtant de la force à tout lien" (§ 5), "une culture individualiste exacerbée" (§ 8) . D'autant que, cela est dit aussi, la famille constitue l'assise d'une société elle-même agrégative .

Que nous soyons habitués ce genre de discours ne signifie pas qu'il soit pertinent.

Il oppose d'un côté le bloc familial , large et peu différencié à la chaleur tiède et réconfortante , et de l'autre , l'individu qui a coupé les attaches.

Qu'il y ait un risque de la solitude est compréhensible :

Dans les contextes culturels où les relations sont rendues fragiles par des styles de vie égoïstes, la solitude devient une condition toujours plus répandue (§ 13).

Le dévouement total requis par le mariage chrétien est un puissant antidote contre la tentation d’une existence individuelle repliée sur soi-même. (§ 30)

Il reste que cette vision de la famille ignore la dialectique fondamentale de la rupture nécessaire à la conclusion de nouveaux liens.

Il est difficile de reconnaître dans cette conception quasi-clanique , voire holiste, l'authentique tradition d'une Eglise qui avait , pendant dix-huit siècles, tenté au contraire de libérer le couple conjugal des contraintes du clan: en limitant à l'époque romaine la toute puissance du pater familias, en combattant au Moyen Âge, l'endogamie, en libérant à la Renaissance les fiancés majeurs voulant se marier de l'obligation de l'accord parental .

La conception élargie de la famille qui est celle du Synode nous semble ignorer certains aspects fondamentaux :

- la grande famille est certes un lieu de solidarité et aussi un lieu de tensions, comme le reconnait le texte, mais il faudrait aller plus loin : ces tensions sont une des causes de la destruction du couple . Les avocats, les psychologues le savent , les confesseurs le savent-ils aussi ? Cela n'apparait pas dans le texte. Combien de parents et beaux-parents qui se croient bien intentionnés travaillent à saper le couple ? Le commandement fondamental de la Bible : "L'homme quitte son père et sa mère" (Gn 2,24) ( qui a son pendant en Ps 45,11) le tout premier commandement concernant le mariage est celui d'une rupture ! Il est seulement cité en passant sans commentaire (§ 40).

- corollaire: l'individualisme mis en cause si facilement est-il vraiment mauvais en soi ? Si par là nous entendons l'acte de rupture avec le "cocon", dont la Bible nous rappelle qu'il est fondateur de la famille, comment le blâmer ? Au demeurant, la rupture est fondatrice dans bien d 'autres domaines que la famille, y compris la vie religieuse où tant de saints sont entrés contre l'avis de leur famille.

Une connaissance un peu plus précise de l'homosexualité et de certaine formes de sexualité atypique ou déviante , comme l'instabilité congénitale ( cf. Grégorio Marañón[2]) , montrerait assez facilement que loin d'y voir une affirmation individuelle, il faut y voir l'effet d'une incapacité à s'arracher à la matrice originelle, non point le comble de individualisme mais au contraire un déficit d'individuation - et donc l'effet de ces pathologies internes au clan que nous évoquions un peu plus haut.

On comprend que dans une société qui valorise au plus haut point la créativité, le renouvellement, cette vision qui oppose la famille compacte et l'individu apparaisse rébarbative à beaucoup de jeunes. Un des paradoxes d'aujourd'hui (au moins dans la bourgeoisie catholique occidentale ) est que ce qui devrait apparaitre comme un moment de rupture est au contraire perçu comme le ralliement à la loi du clan : "je me marie à l'Eglise pour faire plaisir à ma mère" !

Certes le rapport relativise le lien familial, mais cette rupture n'a rien à voir avec la rupture fondatrice dont parle la Genèse :

D’une façon bouleversante pour ceux qui l’écoutaient, Jésus a relativisé les relations familiales à la lumière du Royaume de Dieu (cf. Mc 3, 33-35 ; Lc 14, 26 ; Mt 10, 34-37 ; 19, 29; 23, 9). Cette révolution des liens affectifs que Jésus introduit dans la famille humaine constitue un appel radical à la fraternité universelle (§ 38)

La sexualité effleurée

Il est également assez peu question de la sexualité dans le rapport, sauf en passant :

Dans le Cantique (des Cantiques) , l’entrelacement constant, de la sexualité, de l’éros et de l’amour, est significatif, tout comme la rencontre de la dimension corporelle et la tendresse, le sentiment, la passion, la spiritualité et le don total. (§ 39)

L’« amour authentique entre mari et femme » (GS, 49) implique le don mutuel de soi, inclut et intègre la dimension sexuelle et l’affectivité, en correspondant au dessein divin (cf. GS, 48-49). Cela manifeste clairement que le mariage et l’amour conjugal qui l’anime « sont d’eux-mêmes ordonnés à la procréation et à l’éducation » des enfants (GS, 50).( § 42)

Sont dénoncées en revanche de manière rituelle "les tendances culturelles qui visent à imposer une sexualité sans limites" (§ 32). Voilà bien une expression de "vieille fille" comme dirait le pape François, sauf le respect que nous devons à celles-ci. Mais la sexualité sans limite n'est-elle pas précisément le mariage chrétien puisque il s' ouvre à l'infini, qu'il transforme une réalité naturelle en un immense symbole métaphysique, puisqu'il est rien moins que l'image de l'amour de Dieu pour son peuple ? Et cela pas seulement dans sa dimension spirituelle mais dans sa réalité totale .

C'est le sens de la deuxième partie du verset fondateur de la Genèse: "Et ils ne font qu'une seule chair" (Gn 2,24). Certes la finalité première du mariage, la fécondité, est largement rappelée, et c'est très bien, cela dans la lignée de saint Augustin. La valeur positive du plaisir , comme finalité seconde, que saint Thomas d'Aquin a introduite , elle , ne l'est pas . Encore moins le rôle de la sexualité dans la consolidation des couples , alors même que l'interrogation principale du synode , ce sont les raisons de la fragilité de la famille et que tous les professionnels du couple savent combien le déficit en la matière est cause de rupture . Saint Paul lui-même était plus conscient de cette dimension charnelle du mariage (I Cor 7, 4-5) que les gnoses anciennes et modernes, hors et dans l'Eglise, ont tenté d'occulter.

De cette dimension charnelle , il est dit seulement sans crainte du ridicule que

Le besoin d’un langage nouveau et plus approprié se fait surtout sentir au moment d’introduire le thème de la sexualité pour les enfants et les adolescents. Beaucoup de parents et de nombreuses personnes qui sont engagés dans la pastorale ont des difficultés à trouver un langage à la fois approprié et respectueux, qui conjugue la nature de la sexualité biologique et la complémentarité du couple qui s’enrichit réciproquement avec l’amitié, avec l’amour et avec le don de l’homme et de la femme. ( § 56)

Est-ce donc si compliqué ?

L'efficacité du sacrement du mariage

On peut aussi considérer le rapport comme insuffisant sur la dimension sacramentelle du mariage, alors qu'il en détaille tant la dimension sociologique ou économique. Le sacrement est d'abord vu dans sa dimension catéchétique :

Il faudra que cet effort éducatif débute avec la catéchèse de l’initiation chrétienne. Cette formation aura soin de mettre en valeur la vertu de chasteté, conçue comme intégration des sentiments, qui favorise le don de soi. (§ 31)

L’efficacité de cette aide requiert aussi l’amélioration de la pastorale préconjugale – dont le contenu est parfois assez pauvre – qui fait partie intégrante de la pastorale ordinaire. (§ 58).

La liturgie nuptiale devrait être préparée par une catéchèse mystagogique qui fasse percevoir au couple que la célébration de leur alliance s’accomplit "dans le Seigneur ”. Fréquemment, le célébrant a l’opportunité de s’adresser à une assemblée composée de personnes qui participent peu à la vie ecclésiale ou qui appartiennent à une autre confession chrétienne ou à une autre communauté religieuse. Il s’agit là d’une occasion précieuse d’annoncer l’Évangile du Christ, qui peut susciter, chez les familles présentes, la redécouverte de la foi et de l’amour qui viennent de Dieu. ( § 59)

Conformément à une habitude inaugurée par le concile Vatican II , qui n'est pas fausse, mais selon nous insuffisante, le sacrement est conçu comme célébration , comme témoignage ou comme signe de quelque chose qui existe déjà, l'amour des conjoints.

Ils sont des signes sacramentaux vivants, des sources de vie pour la communauté chrétienne et pour le monde. (§ 4)

La grâce de l’Esprit Saint fait de l’union des époux un signe vivant du lien du Christ avec l’Église. (§ 36)

La beauté du don réciproque et gratuit, la joie pour la vie qui naît et l’attention pleine d’amour de tous les membres, des plus petits aux plus âgés, sont quelques-uns des fruits qui confèrent au choix de la vocation familiale son caractère unique et irremplaçable. Les relations familiales concourent de façon décisive à la construction solidaire et fraternelle de la société humaine, qui ne se réduit pas à la coexistence des habitants d’un territoire ou des citoyens d’un État (§ 51)

Il n'est pas dit que , dans le sacrement, c'est Dieu qui instaure le véritable amour des futurs conjoints , qui lui donne un caractère surnaturel, "sans limites". Il n'est pas dit non plus, ou à peine, que ce sacrement n'est pas seulement un signe mais une opération du Saint-Esprit :

Pour la foi catholique, le mariage est un signe sacré où l’amour de Dieu pour son Église devient efficace. § 4

C'est le rappel de ce caractère opératoire qui seul permet de répondre à l'objection de nombreux jeunes : " à quoi sert-il de donner un signe, puisque nous nous aimons déjà ?" et encore davantage à cette autre : est-il vraiment possible, à échelle humaine qu'un couple tienne toute une vie sans rompre ou sombrer dans une déprimante routine ? Car par derrière la crise du mariage il y a , comme le rappelle excellemment François-Xavier Bellamy[3], un déficit de foi, justifié au demeurant, dans les aptitudes naturelles d'un homme et d'une femme à instaurer une relation pérenne et par là une méconnaissance de la puissance du sacrement à venir au secours de cette impuissance . Plus largement d'ailleurs , on peut se demander si le principales questions sur lesquelles a buté le Synode : fragilité du lien matrimonial, cohabitation sans cérémonie, accès à l'eucharistie de divorcés ne sont pas à mettre au chapitre d' une crise du sens du sacrement bien plus qu'à celui d' une crise de la famille.

Nos contemporains ne rejettent pas en tant que tel l'idéal d'un seul conjoint choisi une fois pour toutes et pour la vie. Mais ils tiennent généralement cet idéal pour inatteignable , ce qui les conduit à considérer que l'Eglise devrait composer avec le péché comme Moïse avait été obligé, selon les paroles mêmes du Christ, d'adapter la Loi "à cause du péché" (Dt 24, 1sq). Ce problème qui est une problème de foi au sens le plus large du terme, est sans doute le principal qui se pose aujourd'hui dans le domaine de la famille . D'où l'importance de montrer comment le sacrement ( dûment prolongé par la prière évidemment ) est bien plus qu'un signe : il est l'aliment surnaturel immensément efficace qui seul permet de réaliser ce qui à vue humaine semble impossible.

Roland HUREAUX

[1] http://www.vatican.va/roman_curia/synod/documents/rc_synod_doc_20151026_relazione-finale-xiv-assemblea_fr.html

[2] Gregorio Marañón, Don Juan et le donjuanisme, 1958.

[3] François-Xavier Bellamy, Les jeunes et l'amour in Magistro , http://www.magistro.fr/

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