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Roland HUREAUX

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20 juin 2015 6 20 /06 /juin /2015 21:08

DROITE : LE PIEGE DES MAJORITES D'IDEES

De scrutin en scrutin, il semble que la droite parlementaire ait pris le pli de constituer avec la gauche des "majorités d'idées" . Sur des projets où le gouvernement Hollande-Valls se trouve contesté dans son propre camp par des "frondeurs", elle n'hésite pas à voler à son secours en apportant les voix qui lui manquent.

Cela est particulièrement vrai au Sénat où, bien que, depuis l'automne dernier, la droite soit majoritaire, on n'a guère eu l'occasion de s'en rendre compte. Rien à voir avec la guerre d'usure que les sénateurs menèrent contre le général de Gaulle dans les années soixante ou, plus près de nous, celle que fait à Washington le Sénat républicain, à Obama. Prendre le nom est une chose, suivre l'exemple en est une autre.

On peut remonter à la loi Taubira où , au Sénat, les chefs de groupe de l'opposition n'ont pas cru devoir protester contre la mascarade d'un vote à main levée dans un hémicycle à moitié vide et où le résultat proclamé par le président demeure douteux. La gauche qui n'avait pas de majorité du fait de la dissidence de l'outre-mer dut recourir à ce subterfuge.

La discussion d'une réforme régionale parfaitement inutile, fondée sur l'idée fausse que nos régions étaient plus petites que celles du reste d'Europe, a été d'une pauvreté affligeante. L'opposition s'est contentée de proposer qu'il y ait 15 régions au lieu de 13. Plus récemment un loi qui vide un peu plus la commune de sa substance a été votée presque sans débat.

Les velléités d'une partie de la droite , dont Hervé Mariton, de voter le loi Macron, ce grand projet libéral qui ajoute 400 pages à nos codes, ont été heureusement calmées par Nicolas Sarkozy, ce qui a obligé Valls , pressé par une aile gauche réticente, à sortir du bois en recourant au 49-3

Le gouvernement a dû aussi passer en force la réforme du collège en usant de la voie réglementaire alors que le sujet aurait mérité un grand débat au Parlement.

Le cas le plus choquant est la loi sur les écoutes téléphoniques que les deux chambres ont adoptée largement. Après l 'attentat contre Charlie, des voix se sont élevées, à droite et à gauche, pour faire un Patriot Act à la française. Il suffit, on l'a vu, que l'on dise qu'un projet est libéral pour que certains députés de droite , sans y regarder de plus près , soient prêts à le voter. Le même réflexe pavlovien joue chez d'autres quand il est question de sécurité. Rien ne démontre que l'affaire Charlie soit l'effet d'une quelconque faille dans le dispositif juridique anti-terroriste. Mais pour Valls, l 'occasion était trop bonne pour élargir le pouvoir de l'Etat dans le contrôle de l'internet et du téléphone. A juste titre, certaines personnalités , surtout à gauche, ont critiqué le projet , rappelant justement que le fait que le gouvernement soit réputé "républicain" ne garantit nullement contre des abus. Il faut une rare inconscience dans la droite , qui vient de voter massivement le projet au Sénat, comme elle l'avait fait à l'Assemblée nationale pour imaginer que quelqu'un comme Valls, admirateur de Robespierre , dont on n' a pas oublié les rafles massives de manifestants pacifiques qu'il a ordonnées après les "manifs pour tous", pourrait résister à la tentation, au motif par exemple de lutter contre le racisme et la xénophobie, de se servir de ces nouveaux pouvoirs contre la droite. Beaucoup n'ont pas encore pris la mesure de la mutation profonde d'une gauche devenue idéologique sur à peu près tous les sujets. L'idéologie, c'est la déconnection du réel: il ne faut pas chercher plus loin le raisons d'un profond discrédit. Mais c'est aussi conception manichéenne du monde où tous les coups sont permis contre l'adversaire, droite classique comprise.

S'agissant de la loi sur la fin de vie qui trouble bien inutilement un statu quo que presque tout le monde trouvait satisfaisant, la piège est allé plus loin puisque la droite a été associée en amont à la préparation d'un projet supposé apolitique. A-t-on jamais vu un député comme Léonetti (UMP) , passé dans l'opposition, associé au détricotage de la loi qu'il avait fait voter étant au pouvoir ? On dira que la question est affaire de conscience et que la droite est divisée sur ce sujet. Mais la gauche l'est aussi, or les voix discordantes y sont impitoyablement étouffées. La partie est donc inégale. Avec les remous qui accompagnent l'affaire Lambert, la droite sénatoriale comprendra-t-elle que sur un sujet aussi grave, elle doit s' opposer ?

Reste la charte de langues régionales sur laquelle la gauche compte convoquer le Congrès, ayant sans doute reçu des assurances que la majorité requise serait réunie. Qui dira le danger de ce projet, non pas pour l'unité nationale comme on le dit , mais pour le bon sens et la simplicité. Il ouvrira la porte à tous les fanatiques qui exigeront que les procès se tiennent en langue régionale, même si eux mêmes ni personne ne la parlent !

Sans doute l' opposition ne doit-elle pas être systématique. Une loi sur l'économie numérique pourrait par exemple recevoir un large assentiment. Mais si le présent gouvernement ne recuille que 15 % d'opinion favorables , il y a à cela des raisons . Qui peut dire, s'il n'est déjà intoxiqué par l' idéologie de gauche , qu'un seul des projets évoqués soit bon pour la France ? Qui peut dire que ces projets ne s'inscrivent pas tous dans une idéologie destructrice, désormais la seule ligne du parti socialiste Qui d'autre que l'opposition pourrait exprimer ce mécontentement sans précédent ? Ce n'est pas en faisant le beau avec les majorités d' idées que la droite préparera 1997. S'il se trouve toujours un ou plusieurs députés de l'opposition pour dire que tel ou tel projet du gouvernement va dans le bon sens, qui croira que sa politique est mauvaise ? Aider de manière presque systématique un gouvernement discrédité à faire passer ses projets, c'est suggérer que ce qu'il fait n'est finalement pas si mal , c'est aussi donner crédit à l'expression d'UMPS et donc paver la voie du Front national trop souvent seul à s'opposer. C'est affaiblir dangereusement les chances du candidat républicain en 1997.

Roland HUREAUX

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