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Roland HUREAUX

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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 20:01

LE SENAT DOIT-IL ETRE POLIQUEMENT CORRECT ?

Un nouveau Sénat, une nouvelle majorité, un nouveau président , Gérard Larcher avait repris à l'automne denrnier, comme si la chose allait de soi, naturellement son fauteuil .

Que le Sénat soit désormais dans l'opposition au gouvernement n'est pas une nouveauté dans la Ve République. Mais ce changement intervient dans une atmosphère à haut risques pour ce qu'il est convenu d'appeler la Haute Assemblée.

De manière significative , au moment où ce nouveau sénat venait d'être élu, des députés socialistes avaient proposé sa suppression.

Il faut bien dire que , au moins dans les médias, le Sénat pâtit plus que d'autres institutions du discrédit du personnel politique.

Pas seulement en raison de tel ou tel scandale mais parce que, l'inculture politique aidant, en ces temps de grandes simplification, le bicamérisme est mal compris.

Mais à ces raisons s'ajoute ce qu'il est habituel de dire de lui et qui, par les temps qui courent , est loin d'être mis à son actif : le fait que, issu du terrain, élu au second degré par un collège électoral composé d'élus de base, proche des réalités, il serait la chambre du bon sens, du réalisme, de la modération.

Le bon sens a mauvaise presse

Le bon sens qui en d'autres temps aurait paru une qualité et une raison de défendre l' institution , c'est précisément, sans que cela soit dit ouvertement, ce qu'on lui reproche.

Car le bon sens est l'exact contraire de l'idéologie et que l'idéologie prévaut, aujourd'hui , en tous domaines, dans la politique. Le bon sens ne s'oppose pas une idéologie particulière mais à toutes. Or l'idéologie est impitoyable; ceux qui l'enfourchent n'acceptent jamais qu'on s'oppose à elle.

L'idéologie est aujourd'hui présente dans presque toutes les politiques publiques, particulièrement quand le parti socialiste est au pouvoir , mais pas seulement : la justice, l' éducation nationale, les réformes dites sociétales ( où les tenants de la théorie du genre, comme jadis les biologistes staliniens, cherchent à nous faire croire que la nature n'existe pas), voire les affaires internationales où la défense universelle du bien tend à prévaloir sur celle de nos intérêts.

Par delà les partis politiques, chaque administration a son idéologie et elles tendent à les imposer à des hommes politiques, généralement à la recherche d'idées, qu'ils soient de gauche ou de droite.

Il fut un temps , déjà assez éloigné, où les principales réformes de gauche avaient un caractère social. Des lors , il eut été malséant quand il y avait une majorité de gauche à l'Assemblée nationale, pour un sénateur de droite, de s'opposer à des réformes allant dans ce sens là. Le Sénat de 1936 où Léon Blum n'avait pas la majorité, n'a pas bloqué les congés payés. Le Conseil de la République de 1956 ne bloqua aucune des excellentes réformes que Guy Mollet avait faisait voter: bourses d'enseignement généreuses, retraites des agriculteurs et des artisans, allocation de la mère au foyer etc. Si les nationalisations de 1981 avaient sans doute , elles, une caractère idéologique plus marqué, le Sénat , resté à droite, ne s'y opposa pas non plus et il eut raison. De même pour le RMI instauré par le gouvernement Rocard.

Mais nous avons changé d'époque. Les vraies réformes sociales se font rares dans l'action de la gauche et d'ailleurs une générosité sociale devenue excessive et désordonnée, suscite de plus en plus l'exaspération des Français. Etre de gauche aujourd'hui se limite à promouvoir des réformes sociétales qui ont toutes un caractère idéologique: les lois Taubira, celle sur le mariage homosexuel (qui est en fait une loi sur la théorie du genre) et celle qui se prépare sur la justice, un escalade sans limite de la parité dans les systèmes électoraux, on peut y inclure des orientations de plus en plus idéologiques en matière d'éducation.

La question n'est dès lors pas pour le nouveau Sénat: faut-il préférer la confrontation ou le compromis avec la gauche, mais : l'idéologie doit-elle l'emporter sur le bons sens en tous domaines ou le bons sens doit-il résister ?

La résistance du bon sens , c'est au Sénat de l'incarner car il est le seul à pouvoir le faire. Et s'il le fait, comme nous croyons qu'il en a le devoir , il doit s'attendre à susciter une agressiviété sans précédent, car l'idéologie imprègne plus largement que tout les médias qui ont l'influence que l'on sait sur l'opinion. Et face à une telle résistance, ils seront féroces.

Mais s'il ne résiste pas ils le seront aussi ! Ils le sont déjà : car le Sénat n'est pas seulement coupable d'imposer une politique de bons sens ; même s'il ne le fait pas, il pourrait le faire et cela suffit à le rendre suspect.

La chanson que l'on entend à son sujet , on la connait : le Sénat est conservateur, il est ringard , il ne sert à rien. Armes de guerre redoutables mais dont on ne saurait être dupe. Plus le Sénat défendra le bons sens , plus il servira donc à quelque chose, plus on dira qu'il ne sert à rien !

Et s'il renonçait à faire prévaloir en toutes circonstances la voix du bon sens , au motif d'avoir le sens du compromis et de l'apaisement ( comme il l'a fait lors de la loi Taubira de 2012 où la gauche n'avait pas une majorité assurée pour faire passer le texte) , il court un risque , celui de paraître vraiment inutile. Et alors, n'en doutons pas, il tombera comme un fruit mûr.

S'il défend le bons sens au contraire, même si la sphère médiatique le combat, il sera assuré d'avoir avec lui la vox populi , comme il l'avait eu en 1969, et il n'y a pas de meilleure défense.

Faire prévaloir la voix du bon sens, le nouveau Sénat en avait une occasion dès la présente rentrée parlementaire avec la loi sur la réforme territoriale, absurde de bout en bout puisque elle tente de résoudre des problèmes qui ne se posent pas : contrairement à ce qu'on dit en effet, nos régions ne sont pas plus petites que dans le reste d'Europe, l'échelon départemental ou assimilé existe partout et le discours tant entendu sur le coûteux mille feuille français ne tient pas dès lors qu' on sait qu'il y a , dans presque tous les pays, autant d'échelons territoriaux que chez nous.

Dénoncer des réformes absurdes, comme celle là ou tant d'autres , être un rempart du bons sens contre les aberrations idéologiques , telle est sa mission : s'il la remplit, il aura les médias contre lui mais le peuple avec lui, s'il ne le fait pas, il n'aura personne pur lui , il disparaitra.

Roland HUREAUX

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Published by Roland HUREAUX
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