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Roland HUREAUX

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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 19:58

LE PRIX NOBEL NE FAIT PAS DE BIEN A TOUT LE MONDE

Depuis quelques années, le comité Nobel a pris l'habitude de remettre le prix Nobel de la paix, de temps à autre, non à un héros de l'humanitaire ou une personnalité à la retraite mais à un homme politique en activité ou à une entité agissante sur la scène internationale.

Le procédé est certes critiquable : les mauvais langues diront qu' on compte déjà parmi les lauréats plusieurs anciens terroristes ou criminels de guerre ! Mais il peut être justifié par le souci de servir effectivement à la paix. Il a pour but d'inciter les récipiendaires à se dépasser en faveur de la paix afin de justifier le titre qui sera désormais le sien.

On peut dire que ce calcul a été, jusqu'ici, vérifié dans le cas de Barack Obama , lauréat de 2009. Certes le personnage n'est pas à l'abri de tout reproche. Il n'a pas fermé la prison de Guantanamo comme il l' avait promis. Il décide une fois par semaine qui frapperont, sans jugement et n'importe où dans le monde les drones de l'armée américaine. Mais il n'est pas exagéré de dire qu'en septembre 2013, il a sauvé le paix du monde en Syrie en renonçant in extremis à effectuer les bombardements dont il avait brandi la menace en cas d'usage de gaz toxique par le gouvernement de Damas. Tout le monde, à commencer par Hollande, Fabius ou Juppé, le pressait de le faire. Il ne l' pas fait . S'il l'avait fait, le risque de guerre mondiale était sérieux. Et il a eu raison car on tient pour probable aujourd'hui que l'utilisation de ce gaz était une provocation des rebelles. Poutine, en proposant, par une initiative diplomatique audacieuse, de mettre les stocks chimiques syriens sous le contrôle de l'ONU a permis à Obama de sauver la face. Tous les lauréats du Prix Nobel de la paix n'ont pas évité une guerre nucléaire !

Il est également probable que le président américain, malgré une rhétorique souvent très dure, a joué la modération dans le conflit ukrainien où là aussi la paix du monde était en jeu - et l'est toujours.

Il porte enfin la responsabilité personnelle d'avoir renoué avec l'Iran afin de détendre les relations de ce pays et de le réintégrer peu à peu, sans transiger sur le nucléaire , dans la communauté internationale. Netanyahou le lui reproche assez.

On peut se demander en revanche si le prix Nobel a vraiment eu des effets positifs sur l'Union européenne, institution lauréate du prix Nobel 1992 . En la récompensant, le jury Nobel a voulu saluer une institution que l'on crédite d'avoir permis le maintien de la paix en Europe occidentale depuis 1945. C'est répondre un peu vite à la question : la construction européenne est-elle la cause ou bien plutôt la conséquence de la paix européenne ? C'est passer un peu vite aussi sur la guerre civile de Yougoslavie dont il n'est pas sûr qu'elle aurait sombré dans le chaos comme elle l'a fait si la politique de Bruxelles y avait été plus prudente - même si les Etats-Unis et l'Allemagne Berlin ont leur part de responsabilité - . Le cas de la guerre du Kosovo de 1999 est encore plus grave : violation flagrante du doit international, elle fut en définitive la cause de désordres plus graves que ceux que l'on voulait prévenir.

Mais c'est surtout en Ukraine que le comportement de l'Union européenne s'est avéré dangereux. Le départ du président Ianoukovytch le 22 février 1993 à la suite des manifestations de la place Maidan s'assimile à un vrai coup d'état: un gouvernement légitime a été renversé par la rue; non seulement l'Union européenne, au mépris de tous ses principes n'a pas désapprouvé l'opération, mais il est probable que, de concert avec les Etats-Unis elle soit impliquée dans son déclenchement au travers de les fondations prétendues démocratiques qu'elle soutient. Depuis des années celles-ci travaillaient à exciter les Ukrainiens contre les Russes , ce qui n'est pas précisément une entreprise pacifique . Les pays de l'Union européenne arment, avec les Etats-Unis, l' Ukraine et les pays baltes. Le président Juncker relance le projet d'armée européenne en le justifiant explicitement - et avec une rare inconscience - par le risque de guerre à l'Est de l'Europe. L'ancien chancelier allemand Helmut Schmidt, qui n'est pas précisément un extrémiste, n'a pas de mots assez sévères pour fustiger la Commission européenne dans l' affaire ukrainienne: il n'hésite pas à dire que Bruxelles a "une part de responsabilité dans l'aggravation de la crise ukrainienne". Dénonçant la tentative de la commission européenne d'intégrer l'Ukraine et la Géorgie, il s'emporte contre les bureaucrates qui "comprennent trop peu la politique étrangère". Bruxelles "se mêle trop de politique étrangère, alors que la plupart des commissaires européens la comprennent à peine"[1]. Et il voit là un risque de guerre mondiale !

Visiblement le Prix Nobel n'a pas eu les effets que le jury escomptait sur ceux qui dirigent l'Union européenne !

Roland HUREAUX

[1] Entretien - Bild 16 mai 2014

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Published by Roland HUREAUX
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