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Roland HUREAUX

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 22:42

LA MODULATION DES PRESTATIONS FAMILIALES : UN REGLEMENT DE COMPTES POLITIQUE ET SOCIAL

Publié par Le Figaro

Imaginons un jeune couple de la classe moyenne, où l'épouse travaille comme c'est devenu l'usage général ( ce qui gonfle, toutes choses égales par ailleurs, son revenu déclaré ), élevant trois ou quatre enfants. Le moins qu'on puisse dire est que ce genre de famille, plus sans doute que toute autre catégorie de Français, en aura pris "plein la gueule" depuis l'élection de François Hollande : Ayrault avait réduit et mis sous conditions de ressources le congé parental rémunéré et durci celles de la prestation d'accueil du jeune enfant (225 millions en moins pour 180 000 familles) . Surtout il avait encore baissé le plafond du quotient familial, ce qui a rapporté plus d'un milliard à l'Etat.

Et maintenant , en accord avec Valls, en sus d'autres mesures comme la réduction de l'aide au libre choix du mode de garde ou un nouveau raccourcissement du congé parental, les députés socialistes, ressortent du placard une vieille idée qui contredit de plein fouet la philosophie de la politique familiale française: la modulation des prestations en fonction du revenu - ou plutôt son aggravation car elle existait déjà pour certaines d'entre elles.

Prestations réduites, fiscalité alourdie: il ne fait pas bon avoir des enfants sous Hollande, surtout si on appartient à la classe moyenne !

On dira sans doute que ces mesures ne font que prolonger une tendance à long terme tendant à éroder la politique familiale ( moins 17 milliards en vingt ans).

On dira aussi que , confronté à une situation financière catastrophique, le gouvernement socialiste s'attaque une nouvelle fois à la catégorie sociale la moins susceptible de se défendre : la famille. Une tentation ancienne: ce fut cependant le mérite de Jacques Chirac, sous son deuxième mandat (gouvernements Raffarin et Villepin) de ne pas y succomber .

Bruxelles qui presse pour le retour à l'équilibre de nos finances publiques ne fait pas non plus de sentiment : la commission, émanation d'une Europe en plein effondrement démographique et totalement indifférente à cette donnée, n'est sans doute pas émue que la France qui seule faut exception aligne par le bas sa politique familiale .

Les considérations budgétaires ne sont pas tout

Mais les considérations budgétaires n'expliquent pas tout . Comment ne pas voir en effet dans les décisions récentes relatives à la politique familiale prises par un gouvernement socialiste aux abois, quelque chose comme un règlement de comptes politique et social ?

Qui est en effet la cible principale de ces mesures ? Elle est claire: les jeunes ménages des classes moyennes ayant fait le choix d'une famille nombreuse ( plus de deux enfants ).

Les familles à un et deux enfants, de loin les plus répandues dans toutes les classes de la société, reçoivent peu d'aide.

A dessein le gouvernement épargne les familles nombreuses déclarant peu de revenus , qui sont aujourd'hui principalement des familles issues de l'immigration.

Si la fécondité française n'est pas tombée aussi bas chez nous que dans le reste de l'Europe, et si notre pays , presque seul, montre l'exemple du vouloir-vivre à tout le continent, c'est qu'il est encore bien porté dans une partie de la classe moyenne française d'avoir une famille nombreuse. Sait-on que dans la plupart des pays avancés, ceux qui ont plus de deux enfants sont peu ou prou assimilés au quart monde ? Pas en France car ce n'est pas seulement par leur impact démographique propre que ces familles influencent la société mais par le modèle qu'elles diffusent.

Ajoutons qu'elles sont le vivier où se recrutent un nombre important de cadres du secteur public et privé, civils ou militaires. Elles sont particulièrement représentées dans notre armée laquelle se tient son rang, elle aussi, mieux que d'autres.

Contrairement à ce que tend à faire accroire la propagande gouvernementale, il ne s'agit nullement de privilégiés. Qui veut profiter de la vie, en suivant le paradigme hédoniste à quoi se résume aujourd'hui la philosophie socialiste, ne s'embarrasse pas d'enfants ! Les familles nombreuses morcellent rapidement les patrimoines. Tant les grandes fortunes que les haut revenus sont entre les mains de personnes bien plus âgées que la moyenne des pères et mères de famille ayant encore des enfants à charge.

Il est d'autant plus injuste que la fiscalité directe qui s'est globalement allégée depuis 25 ans sur les plus aisés ( malgré les mesures du gouvernement Hollande allant en sens contraire ), se soit au contraire considérablement alourdie sur ceux d'entre eux qui ont des enfants .

En bref, au moment où la survie de nos régimes de retraite est plus qu'incertaine, on fait supporter la charge de la rigueur à cette partie de la population qui se sacrifie pour élever les cotisants de demain !

Mais le rôle positif que jouent les familles visées en France et même en Europe, ne saurait les épargner aux yeux des socialistes. Faute capitale en effet, elles sont aussi le vivier privilégié où se recrute la Manif pour tous, en particulier dans sa composante jeune . Et que beaucoup de ces familles nombreuses soient catholiques n'est pas fait pour leur mériter l'indulgence d' un gouvernement dans lequel le ministère de l'intérieur trouve "nauséeuse" l'évocation des racines chrétiennes de la France ! Après avoir attaqué la famille par la loi, le gouvernement socialiste, se vengeant de ceux qui ont résisté, l'attaque au porte-monnaie !

Par derrière, non point un froid calcul politique ( ces mesures seront sans doute électoralement contre-productives) mais une rancune, une hargne dont on a par ailleurs bien des témoignages : au milieu d'un laxisme généralisé, des poursuites judiciaires impitoyables continuent de s'exercer à l' encontre des jeunes de la Manif pour tous pris dans les rafles il y a plus d'un an, Frigide Barjot est expulsée de son logement .

Cette hargne, cette dureté s'expliquent par le fait que le nouveau Parti socialiste , aux antipodes de la SFIO des origines qui avait voté la grande politique familiale de la Libération, est un parti entièrement idéologique et que l'idéologie conduit toujours à la haine inexpiable de l'adversaire. Elles tiennent aussi au fait que, à travers les oppositions que le pouvoir rencontre , la gauche n'apparait plus , ainsi qu' elle l'a longtemps prétendu, comme la jeunesse du monde. La jeunesse, désormais, est ailleurs. Comment en serait-il autrement puisque ce sont ces familles que les socialistes détestent tant, qui ont seules, le souci de l'avenir ? La perte profonde de légitimité du néo-socialisme soixante-huitard dont il est peut-être l'ultime expression, voilà ce que ce gouvernement ne pardonne pas !

Roland HUREAUX

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Published by Roland HUREAUX
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