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Roland HUREAUX

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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 23:05

L'UMP A L'EPREUVE DE LA MANIF POUR TOUS

Il y a un mois , l'idée que la droite revenue au pouvoir pourrait toucher à la loi Taubira instituant le mariage homosexuel n'était pas prise au sérieux dans les hautes sphères de l'UMP. Comme dans le passé, la droite , disait-on, ne saurait remettre en cause une évolution sociétale allant dans le sens de l'histoire. Et quel intérêt de se mettre à dos de puissants lobbies pour une question dont , au fond, tout le monde se fichait.

Nicolas Sarkozy se montrait irrité par la question. François Fillon avait dit au moment du vote, que "ce qu'une loi a fait, une autre peut la défaire", mais il n'était pas revenu sur ce sujet depuis.

Alain Juppé , en bon bordelais pragmatique, ne cachait pas son refus de remettre en cause la loi Taubira.

Bruno Le Maire, qui s'était abstenu lors du vote, encore moins.

Hervé Mariton, candidat à la présidence de l'UMP et décidé , lui, à abroger la loi, paraissant dans ce contexte isolé.

Commet s'étonner d'ailleurs de cette position puisque nul n'ignore que si la droite avait vraiment voulu bloquer la loi au Sénat, elle en avait probablement les moyens : ne l'ayant pas fait ,elle en partage à sa manière la paternité.

Et pourtant, n'était ce pas faire là bon marché de l'immense mouvement qui s'était levé pour combattre la loi Taubira. On a beau se gausser de la dominante catho, bcbg de la Manif pour tous, celle du 24 mars 2012 qui rassemblant près de 1,5 million et demi de personnes est sans doute la plus importante manifestation de l'histoire de France. Faire comme si elle n'avait pas eu lieu : telle était la tentation de l'UMP, tentation d'autant plus paradoxale que son électorat y était largement majoritaire.

C'es Nicolas Sarkozy qui, le premier, a rompu le tabou par son discours du 15 novembre 2014 devant le club Sens commun, tendance de l'UMP animée par des jeunes de la Manif pout tous , en admettant d'abord qu'il fallait réécrire la loi puis en concédant que cela ressemblerait "si l'on veut" à une abrogation. Le débat était ainsi relancé.

Nicolas Sarkozy a ainsi réussi une bonne opération, pas tant parce qu'il a fait immédiatement un bond en avant dans les sondages mais parce que le thème de l'abrogation de la loi Taubira lui permet de se replacer au coeur de la droite.

Le temps où les élections présidentielle se gagnaient au centre gauche est bien terminé. Il faut être désormais, comme disait François Hollande, le candidat "normal " de son camp. Avoir un programme sérieux et lisse, poliquement correct n'y suffit pas. Il faut un thème emblématique qui soit un marqueur fort . Ce thème doit correspondre au moment présent de l' histoire politique française: deux ans après les grandes manifestations, et compte tenu qu'il s'agissait là de la réalisation à la fois la plus importante et la plus controversée, celui du mariage homosexuel s'imposait. Et la position prise doit avoir du relief. Pour cela il faut quelle soit transgressive par rapport à l'idéologie dominante; sinon elle passe inaperçue dans l'immense bruit de fond médiatique.

François Mitterrand, le premier, avait compris cela en 1981 .En adoptant presque tout le programme de nationalisations du Parti communiste, malgré les réticences de beaucoup de socialistes et le risque du "mur d' argent" , il faisait une double opération: il gardait les électeurs du PC auquel Moscou demandait de voter Giscard ; il s'installait surtout dans le champ symbolique comme un vrai candidat de gauche. Qu'importe que, en dehors de France, le vent du libéralisme ait déjà à souffler ou que le parti socialiste ait été quelques années après le champion de privatisations. En 1981, cette stratégie lui réussit.

Nicolas Sarkozy n'a sans doute pas fait tant de calculs; mais son instinct lui avait dicté la même aux élections de 2007 quand il avait évoqué, de manière déjà transgressive l'identité nationale. Sa proposition d'abroger la loi Taubira se situe dans la même ligne.

Il ne faut naturellement pas se faire d'illusions sur cette proposition. Il l'a faite du bout des lèvres , sous l'effet de l'ambiance (comme le général de Gaulle prononça une fois dans le même environnement le nom d'Algérie française) et dès le lendemain s'attachait à en minimiser la portée.

En pratique, elle risque de s'avérer difficile à mettre en œuvre. Deux mariages, l'un bisexe , l'autre unisexe ? La masse des opposants à la loi Taubira , dans la mouvance de La Manif pour tous risquent de ne pas se satisfaire que demeure un "mariage homosexuel" ( au pire ils lui préféreront l'"union civile" chère à Frigide Barjot), et le lobby LGBT ne pardonnera bien entendu jamais qu'on remette en cause de quelque manière la loi actuelle , inspirée par la théorie du genre, en discriminant entre deux types de mariage. Ses protestations ont été immédiates et elles servent d'ailleurs Sarkozy dans la mesure où elles semblent prendre au sérieux ses propositions.

Sarkozy réélu abrogerait-il davantage la loi Taubira qu'il a nettoyé les banlieues au karcher entre 2007 et 2012 ? La question reste ouverte. Et , malgré la naïveté de beaucoup, les membres de Sens commun se la posent sans doute. Il reste que la percée symbolique de Sarkozy leur profite en les sortant de la marginalité où ils étaient enfermés il y a quelques semaines.

Si l'ancien président apparait sur le plan politique comme le gagnant de l'opération, on ne saurait oublier que la longue marche à laquelle il se prépare reste parsemée d'embûches : sans s'attarder sur les aléas judicaires possibles, il est clair que son retour a suscité au sein même de l'UMP moins d'enthousiasme que sans doute il en espérait. Et Fillon n'a pas encore dit son denier mot.

Cette de prise de position a aussi contribué donner un surcroit de crédibilité à Hervé Mariton, chaudement applaudi le 15 novembre. Jusque là peu audible, il présente cependant au gré de beaucoup de militants l'avantage de ne pas être candidat à la primaire. Son élection garantirait que le présidant du mouvement jouerait vraiment un rôle d'arbitre évitant une probable scission si le scrutin apparaissait entaché de partialité.

Bruno Le Maire, jeune et très talentueux, normalien et énarque, comme Alain Juppé et Laurent Wauquiez (alors que Hervé Mariton est polytechnicien et énarque) risque d'être, malgré les apparences, le perdant de l'opération "Sens commun" non pas tant parce qu'il s'est fait copieusement huer par ce public très particulier mais parce que sa position sur le mariage homosexuel se retrouve complètement décalée par rapport à ce qu'est aujourd'hui le centre de gravité de la droite. N'étant transgressif sur rien, il risque d'apparaitre, avec ses yeux clairs et son teint blanc comme incolore, inodore et sans saveur. S'il veut être le candidat de la droite en 1997, il lui faut un marqueur fort; pour le moment, il n'en a pas.

On peut en dire autant d'Alain Juppé dont les positions contre la révision du mariage homosexuel est dans la ligne centre gauche qui a toujours été la sienne.

Jacques Chirac engendra Juppé et Villepin ; Villepin engendra Le Maire. Leurs positions se situent clairement dans la ligne "social-démocrate" de Chirac.

On n'en sera pas étonné. Dans un milieu médiatique largement monolithique, son acceptation de la loi Taubira vaut déjà à Bruno Le Maire beaucoup plus d'invitations qu'à Hervé Mariton.

Juppé et Le Maire peuvent être confortés dans leur position par des sondages nationaux qui leur sont très favorables et qui les placent même tous deux avant Nicolas Sarkozy. Phénomène classique propre aux candidats d'un camp qui , par leur modération ou certaines positions décalées, reçoivent de nombreux suffrages dans le camp d'en face. Ils battent alors les records de popularité : ce fut le cas de Simone Veil, de Bernard Kouchner, de Jacques Delors : il n'est pas sûr que le destin de ces derniers soit vraiment l'ambition des deux précités.

L'un et autre risquent de s'ajouter à la longue liste des victimes politiques de la loi Taubira :Nathalie Kosciuszko -Morizet a sans doute perdu une part de sa légitimité à droite en s'abstenant sur ce vote ; la droite parisienne a certes voté pour lui mais sans enthousiasme et sans véritable mobilisation. Meme chose pour la sénatrice Fabienne Keller qui a perdu Strasbourg pour avoir voté pour la loi. Les deux grandes capitales internationales de France échappant à l'UMP à cause des ambiguïtés de ses candidats, ce n'est tps rien ! Une seule grande ville a été gagnée par le droite : Toulouse, où Jean-Luc Moudenc avait joué le jeu normal de la droite en participant à toute les manifestions et en votant contre la loi Taubira.

Jean-Pierre Michel, le sénateur socialiste ardent propagateur des droits des homosexuels et fondateur du Syndicat de la magistrature a été battu à plate couture dans le Haute-Saône.

Roger Karoutchi qui s'était , dit-on, entremis pour que la droite laisse passer la loi Taubira au Sénat a été battu à la présidence du groupe UMP par Bruno Retaillau , issu du villiérisme.

Il est temps que la drotite française reconnaisse le changement de paradigme de la politique occidentale. Dans un système bipartisan, on n'est pas élu à la limite des deux camps , pas non plus aux extrêmes, mais dans son camp. C'est ce dont avaient joué aux Etats-Unis Karl Rove auprès de Bush, et en France Patrick Buisson, son émule auprès de Sarkozy,

L'autre version de ce paradigme: il n'y a plus de sens de l'histoire. le temps où la droite venant au pouvoir ne pouvait qu'avaliser les réformes de la gauche , surtout d'il s'agissait de réformes sociales parfaitement utiles, est terminé. Une gauche idéologique de plus en plus délirante a beau se prévaloir du sens histoire , le peuple l'admet de plus en plus difficilement et ne prendra pas au sérieux un candidat de droite qui se proposerait de consolider ses acquis.

Roland HUREAUX

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