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Roland HUREAUX

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 15:30

Article publié dans Le Figaro

L'élection de Montbéliard a été un avertissement sévère pour l'UMP. Que doit-elle faire pour éviter qu' une telle situation ne se renouvelle ?

D'abord s'opposer.

Comme le disait Chateaubriand, "l'opposition est un absolu". La gauche dans l'opposition fait-elle le moindre cadeau ?

La droite a manqué , à la fin de l'année dernière, une occasion de se démarquer en ne combattant que mollement la réforme régionale, particulièrement au Sénat où elle est désormais majoritaire. Un projet inutile dès lors que nos régions étaient déjà "de dimension européenne ", soit en moyenne aussi grandes que celle des autres pays [1]! Plus de métropole régionale entre la Loire , le Rhône , la Garonne, soit presque un tiers du territoire ! La "France périphérique" de Christophe Guilluy[2] qu' au lieu d'aider on enfonce ! La négation de cinquante ans d'aménagement du territoire !

Etait-il nécessaire de féliciter le présidant Hollande de la manière dont il a géré la crise du 7 janvier ? Sûrement pas . Ce drame témoigne d'un relâchement fâcheux de la vigilance policière . Trois fanatiques , pourtant repérés, sont passés au travers des mailles d'un filet qui avait bien fonctionné durant dix-huit ans : pas de quoi jouer le matamores pour M.Valls.

La récupération de l'attentat par la communication gouvernementale a fait regagner au président vingt points de confiance : à quel prix ? L'exaltation retombée, beaucoup craignent, avec Emmanuel Todd, que cette orchestration n'ait creusé le fossé entre des communautés que La Manif pour tous avait rapprochées.

Il s'en est fallu de peu que la droite n'apporte le coup de pouce nécessaire à M.Valls pour qu'il fasse voter la loi Macron sans engager sa responsabilité.

On dira que l'opposition doit savoir reconnaître ce que le gouvernement fait de bien. Cela ne se justifie pas pour un gouvernement aussi impopulaire que celui de Hollande - le redoux de l 'effet Charlie touche à sa fin - . Les citoyens attendent que les opposants expriment la colère qu'ils ressentent. Sinon d'autres le feront : il ne faut pas se tromper de cible et considérer comme on est tenté de le faire à l'UMP, que le Front national est désormais l'adversaire numéro un. Ce serait lui donner le beau rôle ! En régime parlementaire, la cible de l'opposition ne saurait être que le pouvoir.

Il faut une doctrine

Mais pour s'opposer , il faut à la droite une doctrine claire, distincte de celle du gouvernement. C'est l' absence d'une telle doctrine qui la rend si vulnérable aujourd'hui à la propagande gouvernementale dont on a vu toute l'efficacité avec la loi Macron. Elle a présenté ce projet en forme de pot-pourri ( 106 articles, sans compter les bis et les ter ! ) comme "libéral" et, sans y regarder plus avant, une partie de la droite l'a cru.

Que les communicants de droite soient épatés par ceux de gauche , généralement meilleurs il est vrai, tant pis. Mais au lieu de saluer l'artiste, il faut dénoncer l'imposture !

Car si la gauche, c'est l'esbroufe, la droite, ce doit être le réel: les problèmes réels, les solutions réalistes . A faire la course à la politique spectacle , nul doute qu'elle se fera vite distancer.

Que les réformes de la gauche soient inefficaces par rapport à ce qui devrait être le seule objectif du vrai libéralisme, la diminution des dépenses publiques, cela peut se démontrer. Bien naïf qui croit que la réduction du nombre des régions va entraîner quelque économie que ce soit. Le précédent de l'intercommunalité où pour regrouper les communes, il a fallu embaucher 200 000 fonctionnaires, aurait du servir de leçon. Déjà, certaines régions ont commencé à recruter pour assurer la coordination des nouvelles entités

! Ne venait-on pas d'inaugurer à Clermont -Ferrand un hôtel de région de 80 millions d'euros qui ne servira à rien ! La loi Macron crée un comité d'apprentissage de la route : un de plus ! et n'annonce aucune économie.

Il n'y a pas d'exemple au cours des trente dernières années qu'une réforme de la sphère publique n'ait entrainé un accroissement des dépenses ! La gestion du changement mobilise en elle-même des ressources.

En dehors de mesures ponctuelles utiles( épargne salariale, permis de conduire), cette loi est essentiellement de l'esbroufe . Elle n'en est pas moins dangereuse par se principes.

Les soi-disant sociaux-libéraux (qui sont en réalité des libéraux-libertaires), tiennent pour du libéralisme la destruction de toute institution , surtout celles servent encore de repère à nos concitoyens : entités territoriales , corps d'Etat, famille, calendrier, école, et qu' elles ne posent pas de problème sérieux comme aujourd'hui les professions réglementées. Ce faisant, sans rien apporter au peuple, ils laminent les classes moyennes.

Le réformisme idéologique ne part pas des vrais problèmes (chômage, délinquance) pour leur apporter une solution mais de schémas a priori. Pour lui, le vrai problème n'est pas que notaires et pharmaciens (ou EDF !) fassent mal leur travail , mais qu'ils ne se plient pas au dogme de la concurrence .

Qu'une gauche essentiellement destructrice se reconnaisse dans ce libéralisme perverti ne signifie pas que la droite doive lui emboîter le pas.

Car la vraie droite ne saurait être seulement libérale : dans la ligne du parti Tory, elle conjugue conservatisme et libéralisme : non pas tout casser de manière brouillonne mais conserver ce qui marche et changer, prudemment, ce qui a besoin de l'être. Et par là ménager les classes moyennes. Le vrai libéralisme recherche la liberté des mouvements mais autour d'une barre fixe; il est certes indispensable de décrasser de temps en temps un ordinateur mais sans détruire les logiciels de base.

Malheureusement une partie de la droite est tributaire de la même idéologie que M.Macron. Danger mortel : en faisant de la surenchère sur le social-libéralisme , elle le cautionne tout en élargissant l'espace du Front national qui se nourrit de l''anxiété que crée le remue ménage institutionnel actuel .

La gauche a, au cours des quarante dernières années, délaissé le terrain du social et même celui du simple bon sens , pour ne faire que des réformes idéologiques. Face à cette évolution, aucune indulgence n'est permise.

Donner la priorité au réel sur l'image, à la solution des vrais problèmes sur l'idéologie, même libérale, préserver ou même rétablir les repères fondamentaux des Français : telle doit être désormais la feuille de route de la droite si elle veut éviter de nouvelle déconvenues.

[1] Même en comparaison avec l'Allemagne où 8 des 15 länder sont moins peuplées que la moyenne des régions françaises.

[2] Christophe Guilluy, La France périphérique , Flammarion, 2014

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