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Roland HUREAUX

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 15:55

Le Sénat est à nouveau contesté mais qui s'en étonnerait ? Depuis le mois d'octobre, il a basculé à droite, mais qui s'en est aperçu ?

La nouvelle majorité, qui a porté à sa tête le placide Gérard Larcher ne semble pas très contrariante vis à vis du gouvernement socialiste. Elle ne l'a pas été en particulier sur le projet de réforme régionale. Face à un redécoupage de notre pays qui vise, sournoisement, à remettre en cause les fondements de la République , en länderisant la France, il s'est contenté de proposer une France à 15 régions au lieu de 13 ! Il y avait pourtant beaucoup à dire sur ce projet absurde de bout en bout qui vise à résoudre des problèmes qui ne se posent pas : contrairement à ce qu'on dit en effet, nos régions ne sont pas plus petites que celles du reste d'Europe, et comme il est habituel en matière de gestion publique, on peut prévoir sans risque que cette opération de "fusion-concentration" va alourdir les coûts et non les diminuer !

Pas davantage on ne s'attend à une forte résistance du Sénat à la loi Macron quand elle passera devant lui : il y aurait pourtant beaucoup à dire sur ce pot-pourri de mesures diverses dont le fil conducteur est qu'il suffit de s'en prendre aux institutions les mieux établies (du repos dominical au notariat) pour avoir l'air libéral. "Libéral" : un mot magique pour faire taire la droite peu apte à discerner vrai et faux libéralisme. Il est remarquable que, faute de s'exprimer dans le champ politique, l'opposition se transfère dans les groupes professionnels.

Que le Sénat soit dans l'opposition n'est pas une nouveauté dans la Ve République. C'est un cas fréquent aux Etats-Unis. Mais ce changement intervient dans une atmosphère à haut risques pour ce qu'il est convenu d'appeler la Haute-Assemblée. Selon un sondage IFOP réalisé du 8 au 9 septembre 2014, seuls 51% des Français pensent que le Sénat joue un rôle politique important dans la vie politique française contre 61% en 2008, les plus jeunes étant les moins favorables. Discrédit aggravé par les récentes révélations sur sa gestion.

Plus encore que les autres institutions, le Sénat pâtit, d'abord dans les médias, du discrédit du personnel politique.

Pas seulement en raison de tel ou tel scandale mais parce que, en ces temps d'inculture politique grandissante et de grandes simplifications, le bicamérisme est mal compris.

Le bon sens , voilà l'ennemi

Mais à ces raisons s'ajoute ce qui fut longtemps mis à son actif mais ne l'est plus : le fait que, issu du terrain, élu au second degré par un collège électoral composé de tous les maires et d'élus de base, supposés proches des réalités, il serait la chambre du bon sens, du réalisme, de la modération.

Le bon sens qui en d'autres temps aurait paru une qualité et une raison de défendre l' institution , c'est précisément, sans que cela soit dit ouvertement, ce qu'on lui reproche.

Car le bon sens est l'exact contraire de l'idéologie laquelle règne sans partage, aujourd'hui , en tous domaines. Le bon sens ne s'oppose pas à une idéologie particulière mais à toutes. Or les idéologues sont impitoyables : ceux qui l'épousent n'acceptent jamais qu'on s'oppose à eux.

L'idéologie est aujourd'hui présente dans presque toutes les politiques publiques, particulièrement quand le parti socialiste est au pouvoir , mais pas seulement : la justice, l' éducation nationale, les réformes dites sociétales, voire les affaires internationales où la défense universelle du bien tend à prévaloir sur celle de nos intérêts.

Par delà les partis politiques, chaque administration a son idéologie et tend à l' imposer à des hommes politiques, généralement à la recherche d'idées, qu'ils soient de gauche ou de droite.

Il fut un temps , déjà assez éloigné, où les principales réformes de gauche avaient un caractère social. Des lors , il eut été malséant quand il y avait une majorité de gauche à l'Assemblée nationale, pour un Sénat de droite, de s'opposer à ces réformes. Le Sénat de 1936 où Léon Blum n'avait pas la majorité, n'a pas bloqué les congés payés. Le Conseil de la République de 1956 ne bloqua aucune des excellentes réformes que Guy Mollet avait fait voter: bourses d'enseignement généreuses, retraites des agriculteurs et des artisans, minimum vieillesse, allocation de la mère au foyer etc. Si les nationalisations de 1981 avaient sans doute , elles, une relent idéologique plus marqué, le Sénat , resté à droite, ne s'y opposa pas non plus et il eut raison. De même pour le RMI instauré par le gouvernement Rocard en 1989.

Mais nous avons changé d'époque. Les vraies réformes sociales se font rares dans l'action des gouvernements de la gauche et une générosité publique devenue excessive et désordonnée (CMU, AME) suscite de plus en plus l'exaspération des Français. Etre de gauche aujourd'hui se limite à promouvoir des réformes sociétales qui ont toutes un caractère idéologique: les lois Taubira, celle sur le mariage homosexuel (qui est en fait une loi sur la théorie du genre) et celle qui se prépare sur la justice, un escalade sans limite de la parité dans les systèmes électoraux ; on peut y inclure des orientations de plus en plus idéologiques en matière d'éducation, comme la suppression programmée des notes.

La question n'est dès lors pas pour le nouveau Sénat: faut-il préférer la confrontation ou le compromis avec la gauche, mais l'idéologie doit-elle l'emporter sur le bons sens en tous domaines ou le bons sens doit-il résister ?

La résistance du bon sens , c'est au Sénat de l'incarner , et pas seulement à droite, car il est le seul à pouvoir le faire. Et s'il le fait, comme nous croyons qu'il en a le devoir , il doit s'attendre à susciter une agressivité considérable, car, plus que tout, l'idéologie imprègne largement les médias qui ont l'influence que l'on sait. Et face à une telle résistance, ils seront féroces.

Mais, ne nous leurrons pas, si le Sénat ne résiste pas ils le seront aussi ! Ils le sont déjà : car le Sénat n'est pas seulement coupable d'imposer une politique de bons sens ; même s'il ne le fait pas, il pourrait le faire et cela suffit à le rendre suspect.

La chanson que l'on entend à son sujet , on la connait : le Sénat est conservateur, il est ringard , il ne sert à rien. Armes de guerre redoutables mais dont on ne saurait être dupe. Plus le Sénat défendra le bons sens , plus il servira à quelque chose, plus on dira donc qu'il ne sert à rien !

Et s'il renonçait à faire prévaloir en toutes circonstances la voix du bon sens , au motif d'avoir le sens du compromis et de l'apaisement ( comme il l'a fait lors de la loi Taubira de 2012 où la gauche n'avait pas une majorité assurée pour faire passer son texte) , il court un risque pire, celui d'être vraiment inutile. Et alors, n'en doutons pas, il tombera un jour comme un fruit mûr.

S'il défend le bons sens au contraire ( ou le sens commun, comme on voudra), même si la sphère médiatique le combat, il sera assuré d'avoir avec lui la vox populi , comme il l'avait eue en 1969, et il n'y a pas de meilleure défense. Au point où en sont les choses, il n'en trouvera en tous les cas pas d'autre.

Dénoncer des réformes absurdes, comme la réforme territoriale ou tant d'autres , être un rempart du bons sens contre les aberrations idéologiques : s'il remplit cette mission et s'il sait communiquer sur ses positions, le Sénat aura la nomenklatura contre lui mais le peuple avec lui; s'il ne le fait pas, il disparaitra.

Roland HUREAUX

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