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Roland HUREAUX

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 15:53

L'UMP n'a pas cédé à la tentation de voler au secours du gouvernement pour lui permettre de faire voter malgré la défection d'une partie de socialistes la loi Macron sans passer par l'article 49-3.

Heureusement.

Parmi les raisons qui ont conduit au résultat désastreux de l'élection partielle de Montbéliard figure sans doute l'oubli de ce principe fondamental de la politique démocratique que l'opposition doit s'opposer.

Etait-il nécessaire que l'UMP félicite le présidant Hollande de la manière dont il a géré la crise consécutive au drame du 7 janvier ? Sûrement pas . D'abord parce que ce drame témoigne d'un relâchement fâcheux de la vigilance policière . Trois fanatiques , pourtant repérés, sont passés au travers des mailles d'un filet qui avait bien fonctionné durant quinze ans : pas de quoi pavoiser pour le gouvernement Valls, qui n'a pourtant jugé utile de sanctionner aucun responsable.

La récupération de l'attentat par la communication gouvernementale a certes fait regagner au président vingt points de confiance, mais à quel prix ? L'exaltation retombée, beaucoup craignent, avec Emmanuel Todd, que cette manifestation n'ait creusé le fossé entre les communautés.

Un peu plus tôt l'opposition avait manqué une occasion de se démarquer en ne combattant pas avec toute l'énergie qu'il aurait fallu la réforme régionale, particulièrement au Sénat où elle est désormais majoritaire. Ce n'était pourtant pas difficile vu l'absurdité d'un projet parfaitement inutile dès lors que nos régions étaient déjà "de dimension européenne ", soit en moyenne aussi grandes que celle des autres pays [1]! Plus de métropole régionale entre la Loire , le Rhône , la Garonne , soit presque un tiers du territoire ! La "France périphérique" de Christophe Guilluy[2] qu' au lieu d'aider on enfonce ! C'est la négation de cinquante ans d'aménagement du territoire.

On dira que l'opposition doit savoir reconnaître ce que le gouvernement fait de bien. Cette attitude peut se justifier face à un gouvernement encore populaire dont l'opinion ne comprendrait pas qu'on ne lui laisse pas ses chances . Mais quand un gouvernement est tombé aussi bas que celui de Hollande - le redoux de l 'effet Charlie touche à sa fin - , les électeurs s'attendent à ce que les opposants expriment la colère qu'ils ressentent.

Plus grave que le relâchement serait de se tromper de cible et de considérer comme certains sont tentés de le faire à l'UMP, que le Front national est désormais l'adversaire numéro un. Ce serait lui donner le beau rôle ! En régime parlementaire, la cible de l'opposition ne saurait être que ceux qui sont aux commandes, donc les socialistes.

Il faut une doctrine

Mais pour s'opposer , il faut avoir une doctrine claire distincte de celle du gouvernement. C'est l' absence d'une telle doctrine qui la rend si vulnérable aujourd'hui à la propagande gouvernementale.

On en a vu toute l'efficacité avec la loi Macron. Elle a présenté ce projet en forme de pot-pourri ( 106 articles ! ) comme libéral et, sans y regarder plus avant, une partie de la droite l'a pris pour argent comptant. Mais de quel libéralisme parle-t-on ? Dans la tradition de droite, le vrai libéralisme doit être tempéré de conservatisme : il recherche la liberté des mouvements mais autour d'une barre fixe ; il est certes indispensable de décrasser de temps en temps un ordinateur mais sans détruire les logiciels de base.

Les soi-disant sociaux-libéraux (qui sont en réalité des libéraux-libertaires), tiennent pour du libéralisme la destruction de toute institution , surtout celles servent encore de repère à nos concitoyens : entités territoriales , corps d'Etat, famille, calendrier, école , et qu' elles ne posent pas de problème sérieux comme aujourd'hui les professions réglementées. Ce faisant, on ne s'attaque pas aux vraies questions , comme le chômage ou la délinquance. Qu'une gauche essentiellement destructrice se reconnaisse dans ce genre de libéralisme perverti ne signifie pas qu'elle soit passée à droite, au contraire !

Cette politique coûte cher : la gestion du changement mobilise en elle-même des ressources. Pour quel bénéfice ? Il n'y a pas d'exemple qu'une réforme de la sphère publique n'ait entrainé au cours des trente dernières années une augmentation des dépenses ! Voire un gaspillage : ne venait-on pas d'inaugurer à Clermont -Ferrand un hôtel de région de 80 millions d'euros qui ne servira à rien ! Neuf fois sur dix, ces changements, mal conçus, conduisent à une démobilisation des agents: il en faut donc plus !

Malheureusement il semble qu'une partie de la droite fonctionne avec le même logiciel idéologique que M.Macron. Danger mortel : en faisant de la surenchère sur le social-libéralisme , elle cautionne ce dernier tout en élargissant l'espace du Front national. L'anxiété que crée ce remue ménage institutionnel joue en effet un rôle important la montée de ce dernier sur ses nouveaux territoires.

La gauche a, au cours des quarante dernières années, entièrement délaissé le terrain du social et même celui du simple bon sens , pour ne faire que des réformes idéologiques. Face à cette évolution, aucune indulgence n'est permise. Chateaubriand disait que "l'opposition est un absolu". D'ailleurs, quand la gauche s'est trouvée dans l'opposition , il est rare qu' elle ait fait le moindre cadeau. Si l'UMP veut éviter de nouveaux désastres comme à Montbéliard, elle doit faire sans complaisance son travail d'opposant.

Roland HUREAUX *

* Auteur de La grande démolition - La France cassée par les réformes , Buchet-Chastel , 2011

[1] Même en comparaison avec l'Allemagne où 8 des 15 länder sont moins peuplées que la moyenne des régions françaises.

[2] Christophe Guilluy, La France périphérique , Flammarion, 2014

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Published by Roland HUREAUX
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