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Roland Hureaux

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Jeudi 2 mai 2013 4 02 /05 /Mai /2013 17:14

 

        Publié par Liberté poliique 

Même si le pontificat de Benoît XVI est apparu à son début comme un prolongement  de celui de Jean-Paul II, tant par la proximité des deux hommes que par le  fait que les papes sont organiquement dans la continuité les uns des autres, on peut apercevoir quelques traits qui témoignent d’une  approche originale  du pape allemand.

 

Défense de  la raison

 

Sur le plan théologique, Benoît XVI qui, avant d’être pape,  avait contribué à rédiger l’encyclique Fides et ratio a mis encore davantage l’accent sur la nécessaire convergence  de la foi et de la raison, en particulier dans son discours de Ratisbonne. Non seulement, il a rappelé qu’elles étaient compatibles mais encore que la foi était indispensable au bon fonctionnement  de la raison. L’accent particulier mis sur cette convergence entre foi et raison est peut-être une des  singularités   de la fin du XXe siècle. Les dérives idéologiques qui menacent la raison émancipée de la foi, par exemple les dérives libertaires, confortent  l’idée que foi et raison, loin  de se combattre, s’étayent réciproquement.  En même temps ont été définitivement surmontées les difficultés qui avaient paru un moment, à tort, dresser un obstacle entre la religion et la science, comme la théorie de l’évolution, dont Jean Paul II avait déjà dit qu’elle était « plus qu’une hypothèse ». Cette position distingue fortement la foi catholique d’autres, islam et évangélisme  en particulier, menacées par un  intégrisme antiscientifique arc-bouté à une lecture littérale de la Genèse.

La béatification du cardinal Newman, une grande figure de l’intelligence chrétienne illustre l’attachement du pape à la théologie rationnelle en même temps qu’elle fut un grand honneur pour l’Angleterre. La reprise du rapprochement avec les Anglicans dissidents coïncide avec elle.

Le souci d’associer l’intelligence à la foi   s’inscrit dans la suite des travaux de la revue Communio dont il avait  fondé en 1973 l’édition allemande.

Approfondissant la réflexion, Benoît  XVI a  mis également en valeur,    la relation intime qui unit les trois termes : vérité (découverte par la   raison aussi bien que par  la foi), amour et liberté. A cet égard, Caritas in veritate  vient compléter Fides et ratio.

Son  insistance sur la rationalité du christianisme, allant  de pair avec une culture théologique exceptionnelle, met Benoit XVI très au-dessus des tendances de certaines églises européennes, comme celle de France, à privilégier l’expérience,  le vécu, le « témoignage » aux dépens de la  démarche rationnelle. Dans l’atmosphère anti-intellectuelle qui prédomine au sein de l’Eglise de de France,  il n’est  pas sûr qu’il ait été encore suivi comme il le mériterait.

Ecrivain infatigable, le pape innove en publiant, en fonction, trois  livres sur Jésus de Nazareth qui sont autant de succès de librairie  en même temps   qu’une nouvelle manière de communiquer avec le  peuple chrétien et non chrétien.

 

Dialogue avec l’orthodoxie

 

Autre progrès par rapport à Jean-Paul II, le dialogue avec l’orthodoxie, enjeu capital pour l’Eglise. Les Eglises orthodoxes restent, quant  au dogme, de très loin les plus proches de l’Eglise catholique. Les  différences théologiques sont loin d’être insurmontables. Le rapprochement est d’abord affaire de diplomatie, de bonne volonté et de compréhension réciproque. La réunion de ces Eglises constituerait un véritable bouleversement dans le monde actuel. Les deux poumons de l’Eglise européenne réunis, le christianisme européen  trouverait sans doute un nouveau souffle  dans la reconquête  de la vieille Europe si largement sécularisée.

Jean-Paul II avait désiré ce rapprochement, proclamant par exemple Saint Cyrille et  Méthode, de pair avec Saint Benoît patrons de l’Europe.  Mais sa qualité de polonais ne pouvait qu’ alimenter les préventions  de l’Eglise russe, de loin la plus importante des Eglises orthodoxes au point que celle-ci ne fut représentée qu’au plus bas niveau à ses obsèques. Il aggrava son cas par des maladresses comme la nomination d’un évêque polonais à la tête de  l’Eglise catholique  de Russie et surtout par ce qui fut, selon nous, sa principale voire sa seule erreur stratégique : n’avoir pas condamné immédiatement avec la plus grande fermeté l’agression de l’OTAN, totalement illégale, contre la Serbie orthodoxe, en 1999.

A peine nommé, Benoît XVI, qui avait l’avantage d’être allemand, sans revenir sur la nomination d’un  évêque catholique  à Moscou, a remplacé le polonais par un italien.  Le dialogue avec le clergé orthodoxe a repris, accéléré par l’élection en 2009  d’un nouveau patriarche de Moscou moins  prisonnier   du passé.

 

Main tendue à  Ecône

 

Il serait difficile à Rome de vouloir  résoudre un schisme vieux de près de  1000 ans, avec des églises dont la liturgie n’a pas évolué depuis, si aucun effort n’était fait auparavant pour résorber celui qui sépare aujourd’hui Rome d’ Ecône attachée, elle, à une liturgie seulement vieille de 500 ans !  Le  motu proprio    Summorum Pontificum (2007) ouvrait la voie à  une certaine réhabilitation de la  messe traditionnelle dans l’Eglise. La levée de  l’excommunication  des quatre  évêques de la Fraternité Saint Pie X  en 2009, qui a provoqué des remous totalement étrangers au fond du problème, en raison du négationnisme de l’un d’eux, aujourd’hui exclu, se voulait un nouveau pas dans ce sens. Hélas, si des pans  de la mouvance lefévriste  ont  rejoint Rome les uns après les autres, les derniers ayant créé l’Institut du Bon Pasteur, le noyau dur de la dissidence demeure à ce jour enfermé dans ses  certitudes. La poursuite du dialogue interreligieux d’Assise notamment  le révulse. 

 

Eclairer l’amour

 

Passant pour conservateur, ce pape a cependant commencé son pontificat par une encyclique sur l’amour qui rappelle le caractère intrinsèquement bon de l’amour, y compris sous la forme  de l’eros quand  il s’inscrit dans la volonté de Dieu : Deus caritas est.  Particulièrement sévère pour la pédophilie,  il n’en dut pas moins porter le poids  des griefs dont on  chargé l’Eglise, bien plus que toute autre institution concernée,  tout au long de ces années.

Bien que moins porté aux voyages que Jean Paul II , ne serait-ce que du fait de son grand âge, Benoit XVI a néanmoins fait quelques déplacements en Afrique qui lui ont permis de recevoir les acclamations de la jeune Eglise africaine, plus ouverte à ses déclarations  sur la prévention du sida que les médias européens.

Les tollés qu’à au moins quatre  reprises  des décisions du pape ont provoqué dans le monde : discours de Ratisbonne (2006), affaire Williamson (2009), déclarations sur le préservatif (2009), affaire Pie XII (2010) sont à eux seuls le signe que le pontificat de Benoit XVI fut important, car l’Eglise n’est jamais autant elle-même que quand elle est signe de contradiction.

Sa renonciation, après un peu moins de huit ans de pontificat (2005-2013), dont il savait mieux que personne que le droit canon ne l’interdisait pas et  que donc elle pouvait être une décision rationnelle ne fut pas la moindre des innovations qu’il apportées à l’exercice de la papauté.  

 

Roland HUREAUX 

 

Par Roland HUREAUX
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Jeudi 2 mai 2013 4 02 /05 /Mai /2013 17:12

 

Paru  dans Atlantico

On connaissait le fond de grossièreté qui réside chez beaucoup de socialistes, l’  air de clerc  jouisseur de ces notables de gauche issus de Mai 68 qui, depuis longtemps, ont abandonné les préoccupations  sociales pour la promotion de la libération sexuelle.  Fonctionnaires défroqués en goguette, ils diffèrent à cet égard d’une extrême-gauche qui, encore en lien avec la souffrance populaire, conserve le sens du tragique.

Cette paillardise avait sa figure emblématique : DSK.  Elle a  trouvé sa  victime expiatoire :   l’Eglise catholique.

En témoignent des comportements  qui pourraient  surprendre dans un parti que l’on croyait  devenu raisonnable : ainsi  la réception insultante de l’archevêque de  Paris par la commission de  l’Assemblée nationale en charge du projet de « mariage pour tous » ( qui a choqué le Grand Rabbin de France lui-même !) ou la plaisanterie douteuse de Michèle Delaunay, secrétaire d’Etat en charge des  personnes âgées ne trouvent rien d’autre à dire après  l’annonce de la démission du Saint Père  que: "Benoît XVI a omis de me consulter avant de prendre sa décision."

 

Un profond sentiment anticatholique

 

N’en doutons pas : ce n’est là que la pointe immergée d’un sentiment antichrétien ou plutôt  anticatholique aujourd’hui   dominant au parti socialiste. Hostilité assortie d’un mépris qui fait qu’on ne cherche même plus à comprendre ce  que pourrait être la logique interne des positions d’une Eglise dont on a choisi de  tout  ignorer.

Caractéristique de cette ignorance est l’appel de Cécile Duflot   aux diocèses pour qu’ils hébergent dans leurs locaux les sans-logis : la pitoyable ministre écologiste (les Verts ne valent pas mieux que les socialistes sur ce registre) semblait tout ignorer de l’action  caritative d’une Eglise plus  impliquée que quiconque sur ce terrain. 

Tout cela pourrait rappeler  les bonnes grosses blagues des banquets d’instituteurs  des années trente. Mais les temps ont changé : on ne daube plus la soutane ou les abus supposés du vin de messe ; on ne chante plus Le curé de Camaret, on ressasse les  poncifs des  médias,  largement sur la même longueur d’onde : Pie XII, le pape nazi (dont presque tout le  monde reconnait pourtant aujourd’hui qu’il a  fait le possible pour limiter le désastre), le préservatif, l’avortement et maintenant le « mariage »   homosexuel.  Autrefois le différend portait surtout  sur les dogmes, aujourd’hui sur  la morale.

On n‘explique pas autrement que par ce bouillon de culture dans lequel baigne désormais le parti socialiste le commentaire scandaleux du président de la République à l’issue de la démission de Benoît XVI : « Nous n’avons pas de candidat ».

Car  les banquets socialistes sont une chose, la parole  du chef de l’Etat en est une autre. Par ce genre de plaisanterie un peu lourde, François Hollande   ne fait pas honneur à  la France, surtout si on la compare  à la dignité, à la hauteur de la réaction des chefs d’Etat du monde entier à l’émouvante  décision de Benoît XVI.

 

Les vrais hommes d’Etat et les apparatchiks

 

En d’autres temps, d’autres chefs de l’Etat français, étaient  issus, plus encore que le président actuel, du vivier laïcard : Vincent Auriol, Georges Pompidou, Jacques Chirac.  Aucun  ne se serait permis ce genre de plaisanterie.  

En s’élevant dans les sphères de la grande politique, en  étant chaque jour confronté  au tragique de l’histoire, les vrais  hommes d’Etat, même s’ils sont en désaccord sur tel ou tel sujet avec le magistère catholique,  n’ont plus envie de plaisanter avec le fait religieux. Croyants ou pas,  ils en mesurent la dignité et la gravité. Georges Pompidou, agnostique au départ,  se rapprocha de la foi, au point de demander  des obsèques grégoriennes, Jacques Chirac  quoique éloigné de la religion en son for intérieur, fut toujours déférent vis-à-vis du monde ecclésiastique.   

Faut-il rappeler le cas de François Mitterrand : élevé, lui,  en milieu clérical,  rallié à la gauche certes,  mais qui fut   toujours respectueux   de l’Eglise catholique   dont il était suffisamment familier pour en connaître les subtilités et en mesurer la grandeur ? C’est ainsi qu’il sut   accueillir en 1983 le pape à Lourdes par un discours de haute tenue sur les relations de l’Eglise et de la France dont il faut bien dire  qu’il surclassait celui, plus convenu, de Jean Paul II.  Il cachait  peu en privé  son mépris pour  l’anticléricalisme  élémentaire  du parti  socialiste.   

Reste  le cas de Nicolas Sarkozy,   très ignorant des finesses de la culture chrétienne,  mais  désireux de lui témoigner sa sympathie, non sans quelques arrière-pensées et    beaucoup  de maladresse.

Dans cette question des rapports avec l’Eglise, François Hollande a montré qu’il était resté un socialiste de base, un apparatchik sans envergure. Rien qui fasse honneur à la France.

 

Roland HUREAUX

 

Par Roland HUREAUX
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Jeudi 2 mai 2013 4 02 /05 /Mai /2013 17:11

 

La brillante  intervention à la tribune de l’Assemblée nationale de Bruno Nestor Azérot,  député de la Martinique,  inscrit à la Gauche démocrate et républicaine, contre le projet de loi instituant le « mariage »  entre personnes du même sexe, a eu le mérite de rappeler que,  dans cette affaire, le véritable esprit social ne se trouve pas forcément  là où on croit.

C’est particulièrement vrai  dans les Antilles, terre au douloureux passé,  où les esclaves, parce qu’ils étaient tenus pour des choses,  furent longtemps interdits de mariage. Le droit de se marier et de fonder une famille, composée d’un homme et d’une femme,  est  inséparable de leur émancipation.

Nul  n’ignore que derrière la revendication d’un « mariage  pour tous », c’est en réalité le « mariage pour personne » qui se profile. Les partisans les plus acharnés du projet de loi  ne cachent guère  que l’institution du mariage homosexuel est  une première étape avant la suppression pure et simple du mariage tout court. Comment s’étonner, dès lors, de la quasi-unanimité de parlementaires ultramarins, droite et gauche confondus, contre le projet ?

Mais le mariage fut aussi une grande conquête sociale dans l’Europe occidentale.

 

Le mariage : un privilège qui se démocratise

 

Dans l’Antiquité, il était le privilège des classes supérieures, organisées par  gens  et, par extension, des citoyens libres. Les esclaves en étaient exclus : dans la promiscuité de l’ergastule, bien peu d’enfants avaient la chance  d’identifier qui était leur père et même leur mère ; les maîtres se réservaient le droit de séparer les  hommes des femmes, les parents des enfants. Il ne devait pas en être très différemment, parmi les serfs, aux heures les plus sombres du Moyen-Age.

C’est à partir du XIIIe siècle que la famille moderne émerge  peu à peu, sous l’influence du christianisme,  avec la diffusion de plus en plus large des noms de famille et  d’un mariage formalisé.  Le peuple trouve ainsi une dignité qui avait été jusque-là l’apanage de  la seule aristocratie. Il peut s’inscrire lui aussi dans une généalogie.

La Réforme catholique et protestante, visant à réformer les mœurs, souvent ressentie comme oppressive, eut néanmoins  pour effet de renforcer la famille à tous les étages de la société.   Non sans entrer en conflit avec la monarchie, l’Eglise  catholique s’autorise à marier  les enfants  majeurs sans le consentement de leurs parents, ce qu’un esprit aussi ouvert que Rabelais n’admet pas (Tiers Livre, chapitre XLVIII). Un rituel plus élaboré  et les premiers registres paroissiaux consolident l’institution. La Révolution française éclate dans un pays dont les mœurs n’avaient peut-être jamais été aussi régulières . Ce n’est  pas un hasard : à familles solides, citoyens libres.  L’état civil républicain, le Code civil systématisent les pratiques antérieures.  Ils ne sont    pas séparables de l’émergence  de la démocratie moderne.

Emmanuel Todd   a montré comment l’esprit républicain s’est diffusé dans les régions de France, surtout  méridionales,  où la structure familiale était assez solide pour  permettre aux clans paysans de se soustraire à l’emprise des notables (ce qui se produit aussi dans  les pays alors de droite comme le Pays basque). Le bassin parisien, où les  structures  familiales  sont plus  éclatées ne permet guère, en dehors de Paris, l’organisation de cette culture  populaire forte.

 

Le simplisme libertaire

 

La véritable histoire du lien familial se  situe ainsi   aux antipodes de la doxa  qui fonde aujourd’hui la revendication libertaire.  Pour celle-ci, la famille ne serait qu’une  institution oppressive venue du fond des âges, basée  sur   la domination exclusive de l’homme, l’interdiction de la recherche individuelle du bonheur, voire de l’amour,  et naturellement  la répression  de l’homosexualité. A partir de cette vision idéologique simpliste,  tout ce qui affaiblit  l’institution du mariage est tenu pour progressiste,  surtout si se trouve en même temps transgressé l’héritage judéo-chrétien. 

Qui ne voit pourtant que la revendication libertaire, telle qu’elle s’est développée à partir des années 1970  coïncide avec la montée de l’  ultra-libéralisme et en est sans doute inséparable ?   La déconstruction de la famille, dont le mariage dit  « gay » est une étape, se trouve évidemment  en phase avec celle de la plupart des réalités qui   permettent à un peuple de se structurer : l’école, la culture générale et la mémoire collective, l’Etat,  la commune, la langue etc. Cette déconstruction, dont l’  application absurde du principe de non-discrimination n’est évidemment  qu’un prétexte, ne peut que déboucher sur une société atomisée, somme d’individus égarés, masse fongible et malléable à la merci des forces aveugles de la mondialisation.

Loin d’être un progrès, le député de la Martinique nous en apporté une belle démonstration, l’instauration d’un mariage homosexuel, brouillant le repère encore  fondamental de la distinction  des  sexes, au nom de la théorie anglo-saxonne du genre,  et permettant de tenir dans certains cas l’enfant pour un objet, constitue    une considérable régression sociale. Que le parti socialiste en fasse son cheval de bataille, témoigne seulement de la déréliction du socialisme contemporain.

 

Roland HUREAUX

 

 

 

 

 

 

Si l’on se réfère par exemple ay nombre de naissances hors mariage, très faible avant la Révolution.

Emmanuel Todd,  L’invention de la France, 1979.

Par Roland HUREAUX
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Jeudi 2 mai 2013 4 02 /05 /Mai /2013 17:09

 

 

Publié dans Atlantico 


Il n’est pas sûr que le Conseil économique, social et environnemental se remette de son refus de prendre en considération  la pétition de  700 000 signatures lui demandant  de se pencher sur le projet de loi instituant le  « mariage » entre personnes du même sexe . Même si la démarche des pétitionnaires était juridiquement incertaine, le moins qu’on puisse dire est que le Jean-Paul Delevoye, président du CESE,   n’a pas eu la manière, à la fois par la sécheresse de son refus et parce qu’il  donné l’impression fâcheuse qu’il était aux ordres du premier ministre.

Le Sénat, autre institution contestée  dans un pays où l’antiparlementarisme, malheureusement, progresse, pourrait subir sur le même  sujet un coup analogue.

Le sénateur Patrice Gélard  a fait il y a quelques jours dans Le Monde une déclaration d’autant plus étrange, qu’il est le porte-parole désigné par le groupe UMP dans le débat sur le « mariage » pour tous qui doit débuter le 4 avril.

Alors que ce débat n’a pas encore eu  lieu, l’intéressé  annonce déjà  que «  le texte va passer dans les deux assemblées ». Reprenant complaisamment les arguments du gouvernement -  entièrement fallacieux puisque ces sujets  ne sont  absolument pas séparables - , tendant à  disjoindre mariage,  adoption et  PMA , renvoyant celles-ci à un texte sur la famille   et ne se privant pas d’une    pique contre Christine Boutin, il semble  même tout  fier de rappeler  que  «  le projet de loi a   été adopté en commission avec des voix des sénateurs UMP, Christian Cointat et Christophe-André Frassa. » ! Quelle combativité !

Il est vrai que pour lui, la manifestation du 24 mars, peut-être la plus nombreuse de l’histoire de la République,  « ne change rien ».

En tous les cas pour le Sénat.  Car elle pourrait par contre influencer, dit-il, le Conseil constitutionnel : « C'est une institution qui se prononce sur des questions juridiques, mais qui prend en compte aussi les situations politiques. »

Professeur agrégé de droit, Monsieur Gélard fait du Sénat un lieu de discussion technique et renvoie au Conseil constitutionnel la prise de responsabilité politique ! N’est-ce pas le monde à l’envers ?

Quand nos élus nationaux comprendront-ils que ce que l’opinion leur reproche  d’abord, c’est de ne pas prendre leurs responsabilités   - et donc de ne paraître servir à rien ?  Entre les directives européennes, les proliférantes « autorités administratives indépendantes » et maintenant  le Conseil constitutionnel, les alibis ne leur manquent jamais !  Freud distingue la cause réelle d’une  frustration, parfois inconsciente,  et la revendication manifeste, qui  ne lui correspond pas forcément : gageons que les émoluments ou le cumul des mandats des parlementaires ne seraient pas tant critiqués  s’ils prenaient un peu plus leurs responsabilités.  

Les assemblées   sont  le lieu par excellence de la théâtralisation des affrontements politiques.  Et, selon M.Gélard,   il ne se serait rien passé le 24 mars qui mérite d’y trouver un écho !

Il y a plus grave : comment le pronostic péremptoire du porte-parole de l’UMP  sur l’issue du vote , avant tout débat, n’ouvrirait-il   pas la porte  au soupçon que, entre la droite et la gauche, les choses seraient  déjà arrangés en coulisse, que les rôles auraient été distribués ?   Les défections à droite viendraient compenser à point celles des gens de gauche qui, courageusement, comptent faire  prévaloir des convictions sincères sur les logiques de parti.  Comme par hasard, ceux de droite qui parlent de s’abstenir ou de voter le texte sont à relativement  l’abri des électeurs : Français de l’étranger, sénateurs ne se représentant pas.   

Si l’homme  qui doit être le principal porte-parole de l’opposition au Sénat prend les choses aussi froidement, par qui se sentiront représentés les millions d’opposants au projet ?   Et pour qui voteront-ils aux prochaines élections ?  La récente élection partielle de l’Oise n’aurait  pas servi de leçon ?

Si l’opinion a le sentiment  que   droite  et  gauche se sont arrangées pour laisser passer le texte, un coup fatal serait porté à l’image de la Haute assemblée  et peut-être de la République. Que le texte voté soit différent, ouvrant la voie à une navette à l’issue incertaine,   ne serait pas non plus satisfaisant dans le contexte actuel.

 

Une situation exceptionnelle que le Sénat doit prendre en compte

 

Le Sénat a, il est vrai,  des habitudes.  Il  évite généralement de désavouer  l‘Assemble nationale sur des questions  emblématiques. Mais, dans le cas d’espèce,  depuis  le vote de l’Assemblée nationale,   près de deux millions de personnes ont défilé !  

Et les risques de  fracture ne s’arrêtent pas là : les sénateurs ne sauraient oublier   la quasi-unanimité qui règne outremer à l’encontre de ce projet de loi, dont l’adoption en l’état  ferait   planer une menace sérieuse sur l’unité de la  République.   Un argument que pourrait aussi considérer  M.Gélard,  même si, comme président de la COCOE, il n’a pas paru  très familier de  l’outre-mer français !

Le Sénat n’a pas seulement le souci de ménager le gouvernement. L’image qu’il a : celle d’une assemblée tempérée, inspirée par  de bon sens, passe mal aujourd’hui  pour les mêmes raisons qu’une idée aussi folle que de marier  les homosexuels a pu acquérir de la crédibilité.  Dans un monde pénétré  jusqu’à la moelle  par l‘idéologie, à commencer par les médias qui en sont le principal et tout-puissant vecteur,  le bons sens est politiquement incorrect :   il est l’ennemi numéro 1 de l’idéologue ! 

Aggraver son cas auprès des médias sur un sujet aussi sensible que le prétendu « mariage pour tous »   peut, certes,  faire  aussi  hésiter le Sénat.  Mais il y a fort à parier que  quelque position qu’il prenne, les idéologues ne changeront pas d’avis  à son sujet.

Le Sénat n’a  donc pas le choix : les millions d’opposants au projet de loi Taubira, ceux  qui ont manifesté et les autres,      ne lui pardonneraient  pas un vote qui ne serait que l’écho amorti de celui de l’Assemblée nationale, de  manquer cette  occasion d’exprimer ce que ressent en profondeur la population, spécialement sa partie la plus lucide que sont les élus locaux. N’est-ce d’ailleurs pas sa fonction ?   

Si le Sénat votait le texte, surtout s’il le votait  grâce à des absentions ou des voix de  droite  laissant supposer des connivences  douteuses,  son crédit s’en trouverait singulièrement affaibli.   

 Roland HUREAUX

 

Le Monde 25 mars 2013

COCOE, Commission d’organisation et de contrôle des opérations électorales :   instance interne à l’UMP charge d’arbitrer l’  élection  de son  président en  novembre 2012

 

Par Roland HUREAUX
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Jeudi 2 mai 2013 4 02 /05 /Mai /2013 17:08

 

 Chaque fois qu’elle apprend  la mort d’un nouveau  militaire français au Mali, l’opinion, émue à juste titre,   s’inquiète.

La  guerre que nous menons dans ce pays est-elle  pour autant d’une impasse, comme le  colportent  complaisamment  certains, les uns, de  gauche,  parce que c’est la  France qui est engagée, les autres, de droite, parce que c’est Hollande ?  

Au Mali, il  n’y a, pensons-nous, aucune raison de craindre un enlisement.

Une bonne guérilla, à même d’imposer une guerre d’usure à nos troupes, doit pouvoir s’immerger dans un territoire et  une population. Au Nord Mali, le territoire est bien là mais où est la population ?   La survie est dure au Sahara, surtout dans l’Adrar de Tighargar.  Dans la partie plane du Nord Mali, soit la plus grande, un homme, une land-rover  se repèrent  de loin.  Les moyens modernes d’observation (satellites, infra-rouge) et d’action (avions, drones) laissent, nous semble-t-il,  peu de chances aux islamistes, même fanatiques. L’appui de la  population est, selon les théoriciens de la guérilla, l’autre condition de survie. Il fait défaut aux islamistes dans  la partie peuplée du Mali où on a pu voir l’accueil enthousiaste fait à l’armée  française. Il fera  défaut aussi  dans le nord si on continue à en tenir à l’écart l’armée malienne et si la coopération avec les Touaregs du MNLA se poursuit.

Une résistance réussie, ce sont aussi un ou deux chefs de génie. Mais n’est pas Giap qui veut. La  réserve humaine des islamistes n’est  pas inépuisable. La mort d’ Abu Zeid confirmée,  celle  d’une partie de ses compagnons aussi, le mouvement,  dirigé par des arabes étrangers au pays, trouvera-t-il la  ressource humaine pour persévérer ? Le souci de libérer les otages avait amené nos services à observer de près la région depuis de nombreux mois : les chefs encore en vie sont connus.   Il est probable que, les frappes aidant, le vivier sera vite épuisé.

La dernière condition de survie est, pour les rebelles,  de bénéficier de l’appui d’un pays voisin. Or là aussi le bât blesse :   le Tchad,  dont  la force armée se recrute aussi chez les nomades du Sahara, démontre à nos côtés, en l’absence d’autre force africaine solide, son efficacité. Moins actifs, les autres pays du Sahel s’abstiennent de soutenir les rebelles.  La Libye et la Tunisie, qui leur seraient plus favorables, sont loin.

Que ce combat ait montré, au rebours de ce que prévoyaient soi-disant augures diplomatiques,  la pleine coopération de l ’Algérie,  constitue peut-être l’acquis le plus significatif  de ce conflit,  d’une immense conséquence.

Les repentances à répétition pratiquées jusqu’ici par la gauche et quelque fois   la droite, ne faisaient qu’aigrir  les rapports franco-algériens. Une action concertée au Mali a, au contraire, pour la première fois depuis 1962, rapproché autour d’une cause commune, ces deux pays, dont tout indique qu’ils ont, à  long terme, vocation à  fraterniser.

Cette coopération n’est pas passée  inaperçue dans  nos banlieues. Elle pourrait avoir  des conséquences bénéfiques considérables en termes d’intégration.

Cette considération  nous consolera aisément de l’isolement prétendu de la France sur le plan international. Que l’Europe reste aux abonnés absents, il faudrait une immense dose  de naïveté pour s’en offusquer. Que la politique des Etats-Unis soit ambigüe, qui s’en étonnerait ?  Tout prêts à tirer les marrons du feu au Niger voisin, riche d’uranium,  ils  ne peuvent que constater, non sans une amertume cachée, le contraste entre notre efficacité au Mali et leur échec en Afghanistan (dans des circonstances, il est vrai  beaucoup plus difficiles).

D’ailleurs si certains politiques s’émeuvent de cette solitude, les militaires français, totalement libres de leur manœuvre et donc plus efficaces qu’ils le le seraient dans un dispositif multinational,  eux, s’en félicitent.

 

Roland HUREAUX

Curieusement, notre engagement en Afghanistan, déclenché aussi sous un gouvernement de gauche, celui de Jospin, pourtant plus coûteux sur le plan financier et humain, moins assuré de succès et très  loin des intérêts historiques de la France  a suscité moins de critiques !  

 

Par Roland HUREAUX
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