Lundi 28 avril 2008

 

Tandis que Nicolas Sarkozy règne sans partage sur l’ « Etat UMP », la France des collectivités locales, elle, vire à gauche.

Certes ce partage informel du pouvoir n’est pas nouveau : sous de Gaulle, Pompidou et Giscard, la gauche , PC en tête, écartée du pouvoir national, avait largement investi les collectivités locales , ruminant tout au long des  années soixante-dix le projet de décentralisation. La loi Deferre qui en  fut,   une fois Mitterrand  élu, l’aboutissement, devait pourtant  profiter à la droite, de retour au plan local sous un président de gauche. En 2001, Chirac régnait mais Jospin gouvernait : les élections furent favorables à la droite. En  2003,  sous Raffarin, ardent  décentralisateur lui aussi, la gauche rafla toutes les régions sauf une.

Rien de nouveau sous le soleil, donc ?  Pas tout à fait :   jadis quelques citadelles  aux couleurs indéterminées résistaient aux  mouvements nationaux. On ne savait pas si Louis Pradel,  maire de Lyon,  était de droite ou de gauche. Maurice Faure, maire de Cahors,  à peine davantage. On savait seulement qu’ils étaient indéracinables. Quel qu’ait été le vent, Marseille n’aurait su passer à droite, ni Rodez à gauche.

La nouveauté des élections municipales de 2008, c’est la radicalité du mouvement qui tend à polariser les scrutins locaux – dans les grandes et moyennes villes et même maintes petites – en fonction des enjeux nationaux.

En annonçant de manière bravache  - et fort imprudemment -  que ces élections seraient un test national, le président   a certes a amplifié  le mouvement. Le parti socialiste l’a pris au mot et, profitant de l’effondrement de la popularité du président,  a joué le même jeu  et   emporté la mise.

Mais dans ce mouvement de bipolarisation, le rôle des grands média a été aussi essentiel : rarement ils  ont autant  couvert les  élections locales.  Naturellement simplificateurs,  les  médias ne connaissent que les étiquettes. Comme aux dernières présidentielles, ils ne surent  qu’égrener  les  UMP et  les  PS,   comme d’autres les Pater et les Ave.

Les électeurs sont entrés eux aussi   dans le jeu : dans la plupart des villes, seules  les étiquettes  ont compté. Et la bonne était cette fois celle du PS. Non  que l’électeur ignore l’état lamentable où se trouve aujourd’hui ce parti. Mais il voulait sanctionner Sarkozy, un point c’est tout. Contraint par l’ambiance   d’employer un langage binaire, il comprit que Non à Sarko se disait PS. Un point c’est tout.

Le laminage du facteur personnel, l’impossibilité pour les hommes de troisième force  ou issus de la société civile d’exister dans le débat  fut  le corollaire de cette infernale mécanique. L’échec emblématique de François Bayrou à Pau  (tout comme l’effondrement du radicalisme dans le Lot)  ne furent que  la pointe émergée d’un immense processus  de simplification de l’expression démocratique.

Inconsciemment l’électeur ne s’y est pas trompé : si le taux d’abstention a été plus fort qu’il ne l’est d’habitude dans les scrutins municipaux, c’est que l’enjeu  local gommé, l’élection  perdait de son intérêt propre . Le maire demeure, dit-on,  l’homme politique le plus populaire. Cela est peu apparu. Préférant  l’écran de télévision aux  réunions de quartier,  les électeurs  se sont en fait peu intéressés à ce scrutin. S’abstenir n’était-il pas d’ailleurs   une autre manière  de faire un bras d’honneur au pouvoir en place ?

Certes, à cette règle  il y  eut  quelques exceptions : plus frondeurs, moins légalistes, les habitants des beaux quartiers ont su à Versailles ou à Neuilly récuser des candidats UMP par trop médiocres ou illégitimes. Au contraire, d’excellents  maires UMP comme Antoine Ruffenacht, au Havre,  pourtant ville de gauche,  ont été épargnés par  la vague socialiste. Sans doute aussi pour la même raison Alain Juppé à Bordeaux. Alors que le grand Sud-Ouest presque dans son entier allait vers la  gauche (qui gagne Toulouse, Brive, Périgueux, Rodez , Dax et même, qui l’eut dit ?  les conseils généraux de l’Aveyron et des Pyrénées atlantiques !), Agen vire à droite. La raison ? La gestion calamiteuse de la ville par une équipe de gauche inexpérimentée élue en 2001. Pour les même raisons, le maire sortant UMP de Cahors,   n’atteint pas, fait inouï,  les  20 % au premier tour. A Agen comme à Cahors, les impôts avaient augmenté de plus de 50 %, ce que l’électeur ne pardonne pas en  en pleine stagnation  du pouvoir d’achat.

D’une façon générale, il fallait être très bon pour résister au courant ou très mauvais pour être battu à contre-courant.  Cela n’est arrivé que rarement.

La  bipolarisation, que Bayrou avait failli mettre en  échec aux présidentielles, confirme ainsi son emprise. C’est dommage. Les élections locales y perdent de leur intérêt. Or     les nouveaux maires sont le vivier où se renouvelle en France le personnel politique : s’il suffit pour gagner d’une étiquette délivrée par un parti au bon moment, il y a  peu de chances que la classe  politique  se régénère par là.  Tant pis pour les électeurs qui, d’une certaine manière l’ont bien cherché, en restant, malgré  la proximité de l’enjeu,   aux stéréotypes.

Dernier constat : on savait que les élections régionales et européennes, plus encore que les municipales,  sont conditionnées par l’état d’esprit national. Au moment où tout le monde prophétise  le recul de l’Etat national, n’est-il pas paradoxal de le voir s’affirmer comme  le seul enjeu électoral autonome  et celui qui impose son rythme à  tous les autres, la seule scène encore vivante du jeu  démocratique ?

 

Roland HUREAUX


 

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Lundi 28 avril 2008

 

Le rapport Attali, pot-pourri de  ce qui se trouve dans l’air du temps en matière de réformes administrative  a provoqué un beau tollé en proposant de supprimer le département.  

Le lobby des présidents de conseils généraux s’en est ému ;   le département parait si bien ancré dans notre réalité administrative que la proposition a paru une incongruité.

Mais le débat engagé demeurera dans la confusion tant qu’on n’aura pas rappelé que  le terme de  département  recouvre deux réalités différentes.

Il s’agit d’abord d’une circonscription administrative des services de l’Etat, à la tête de laquelle, depuis  Bonaparte,  se trouve  placé un préfet.

Mais le département est aussi devenu dans le courant du XIXe siècle une collectivité locale autoadministrée à l’instar de la commune - et aujourd’hui de la région. Depuis 1983, ce n’est plus le préfet qui en assure l’ exécutif, c’est le président du conseil général à la tête d’un conseil délibérant composé de conseillers généraux élus au scrutin uninominal dans chaque canton. Le département ainsi conçu, généralement appelé « conseil général »,   se consacre d’abord  à l’aide sociale et à l’entretien des  routes départementales  mais il tend à s’occuper aussi de bien d’autres choses, comme le tourisme.

Dans le panorama touffu de notre administration locale, les conseils généraux ont, non sans quelques raisons, mauvaise presse. Leur existence  affaiblit la région et pèse sur les maires de plus en plus pris – à l’exception des plus importants  -  dans un réseau serré de féodalités politiques. Leurs attributions facilitent le clientélisme. Les présidents de conseils généraux  ont plus de poids   au  Sénat   que les présidents de région, moins nombreux. Il est pratiquement impossible de faire carrière dans un parti donné contre le président du conseil général s’il est du même bord.

Proposer comme le fait le rapport Attali de  partager les  attributions de la collectivité départementale entre les communes (aide sociale ) et les régions (routes, développement économique) n’est pas absurde. Encore faudrait-il faire avaliser une telle réforme au Sénat qui  a le dernier mot en matière de libertés  locales, ce qui est une autre affaire.

Faut-il pour autant remettre en cause le département comme échelon de l'Etat ? Créés au moment de la Révolution  dans le but d’harmoniser les découpages et de rapprocher l’administration des citoyens (la taille des départements devait être telle qu’on puisse aller et revenir au chef-lieu à cheval en un jour.), les départements sont devenus au fil des ans une réalité forte de notre paysage administratif. Les grands services régaliens, ceux qui seuls subsisteront quand les autres auront disparu – gendarmerie, services fiscaux – sont organisés à ce niveau. Au demeurant bien des administrations non étatiques (les banques par exemple, mais aussi les diocèses) fonctionnent aussi sur la base du département. La réforme Dati, en concentrant les juridictions au niveau départemental, va dans le même sens. Même si certains  services de l’Etat ont été affaiblis par la décentralisation et tendent donc à se regrouper à l’échelon régional, le préfet de département demeure un point fixe de notre paysage administratif.  

Supprimer le département,  comme échelon de l’Etat était le rêve des maurrassiens hostiles à cet héritage révolutionnaire et favorables au contraire à la région , qui rappelait la province d’Ancien régime. Mais ces considérations sont aujourd’hui bien oubliées. La suppression du département irait surtout dans le sens de ce brouillage systématique  des repères auxquels l’univers libéral  se complait   sans que l’on perçoive encore les économies qui en résulteraient.

Mais peut-on faire l’un sans l’autre : conserver le préfet et supprimer le président du conseil général ? Pourquoi pas ? Les sous-préfets, qu’il est aussi question de supprimer, n’ont pas, eux, de vis-à-vis. Le dogme français qui fait correspondre aux échelons départementaux et régionaux un représentant de l’Etat et une exécutif local, ne se justifie pas. Comme on le voit,  il y a dans le rapport Attali à prendre et à laisser.

 

Roland HUREAUX

 

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Lundi 28 avril 2008

Quelle mouche a donc piqué Rachida Dati, qui semble  pourtant une fine guêpe, pour qu’elle engage tout son crédit dans la réforme de la carte judiciaire, carte qui n’est pas, c’est le moins qu’on puisse dire, le principal grief des Français à l’égard de leur justice ? 

Il est douteux que le garde des Sceaux (elle préfère le genre masculin et nous lui en donnons acte)  se soit engagé seul dans une entreprise politiquement aussi risquée A-t-elle eu l’aval de Nicolas Sarkozy ?  Sans doute,  mais ce n’est pas faire injure au président que de dire qu’il  connaît mal les problèmes d’administration territoriale. Claude Guéant lui, les connaît. Au moins en principe.

Il est en tous les cas dommage qu’une personnalité aussi originale et aussi prometteuse s’use à grande vitesse sur un aussi mauvais dossier.

 

Un coût politique lourd

 

A supposer que cette réforme soit bonne, était-elle politiquement opportune ? Résolument non.

Les principales  tentatives de refonte des cartes administratives  de ces dernières années ont tourné court. 

Le ministère de l’intérieur  a voulu réduire le nombre des sous-préfectures en ne nommant pas de titulaire dans les plus petites. Il  est revenu en arrière.

La suppression des plus  petites brigades de gendarmerie a été abandonné : après beaucoup de remue-ménage,  celles qui ont disparu se comptent sur les doigts de la main ; cette tentative fut une des raisons pour lesquelles les gendarmes ont défilé en uniforme sur les Champs Elysées en décembre 2002.

Le dessein de réduire sournoisement nos 36 000 communes à 3 ou 4 000, s’est traduit par la création d’échelons supplémentaires,  pompeusement  appelés communautés de communes,  qui ont démultiplié les coûts de structure.

Il faut remonter à la Révolution pour voir une refonte totale de la carte administrative de la France. Mais l’esprit  révolutionnaire  qui veut faire « table rase »  du passé  est-il   aujourd’hui une référence ? Comme le rappela en son temps Mirabeau, l’administration territoriale n’a pas à être « au carré ». Elle intègre  tout un héritage historique, comportant des dissymétries, des inégalités,   qui mérite respect et dont  la sagesse commande de s’accommoder.

Au demeurant, en créant les départements et les arrondissements, au ressort plus restreint que l’ancienne « généralité », l’Assemblée constituante avait rapproché l’administration des citoyens et non l’inverse comme on veut  le faire aujourd’hui.

En   1926 Poincaré réussit  certes à mener à bien  une vraie simplification de   la carte administrative,  supprimant d’un coup le tiers des sous-préfectures. Mais il ne s’agissait de rien moins que de payer les arriérés de la Grande guerre.  Au demeurant les villes touchées sont pour la plupart devenues des bourgades : faut-il sen féliciter ?

En tous les cas, si une réforme de ce genre  réussit, ce sera  avec un  coût politique important : les parlementaires  candidats aux municipales s’en rendent comptent. Il est probable qu’ en mars prochain le gouvernement paiera cher cette réforme.

 

Une réforme inutile

 

Mais même si cette réforme ne posait pas de problème politique, peut-on dire qu’elle est  une bonne réforme ?

Là aussi il faut répondre résolument non.

D’abord elle ne fera faire que des économies de bout de chandelle – si son bilan financier ne s’avère pas finalement négatif :   les frais de déménagement, les mois de désordre qui s’ensuivront, la mise à l’encan de   tribunaux flambant neufs, l’agrandissement de ceux   où se concentreront les affaires  coûteront en effet très cher.

C’est une erreur hélas trop répandue de croire qu’en matière administrative , on fait , comme quand on fabrique des voitures, des « économies d’échelle » : c’est généralement  le contraire.

Surtout  les petits  tribunaux voués à la disparition donnaient l’exemple d’une justice de proximité, celle là même à laquelle tout le monde aspire. Les affaires y étaient plus vite expédiées, les décisions défiant le bon sens plus rares.

Qui imagine une seconde qu’en opérant un regroupement au forceps dans de grandes unités – à moyens inchangés, puisque c’est là le but de la réforme – les délais seront raccourcis ou la justice plus sereine ?

Une fois de plus se trouve à l’oeuvre  le mécanisme pervers  de la réforme « idéologique » : on s’en prend à ce qui  marche et  on laisse en l’état   ce qui ne marche pas.

Cette réforme fait enfin fi du souci, il est vrai bien oublié,  de l’aménagement du territoire. Les victimes en sont les petites villes des régions à dominante rurale. D’autant qu’après les tribunaux, on s’attend à ce qu’y  soient  supprimés  les  hôpitaux de proximité, voire les sous-préfectures.  Ceux qui aiment la France profonde savent qu’un de ses charmes est son réseau de petites et moyenne villes. Le tissu administratif contribue à  les soutenir. Leur disparition amènerait une sorte d’américanisation du territoire : une géographie réduite à de grandes métropoles séparées par de vastes étendues semi désertiques, aux antipodes du génie européen.  

La culture très parisienne de la fusion et du regroupement, au bénéfice de grandes entités généralement inefficaces tend à laminer cette France moyenne  où l’intégration se fait plus facilement, où les valeurs démocratiques sont mieux préservées. Elle est la marque d’esprits superficiels  qui sacrifient à des préjugés sommaires tant l’héritage de l’histoire  que le pragmatisme administratif.

La crise judiciaire, le malaise qui éloignent les Français et leur justice sont bien réels. Qui ne voit que,  pour en venir à bout, il y avait des chantiers bien plus urgents que   cette refonte stupidement technocratique de l’implantation des tribunaux ?

 

 

Roland HUREAUX  

 

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Lundi 28 avril 2008

 

Il y a quelque chose de fascinant à voir  un homme politique relativement jeune ( 47 ans) et noir  comme Barack Obama  briguer avec quelques chances de succès l’investiture démocrate pour  l’élection présidentielle américaine.

Autant que son audace, frappe l’aisance de ce candidat improbable dans un pays où aucun homme de couleur – à l’exception du général Colin Powell qui, sollicité par le parti républicain, déclara forfait -  n’avait pu  jusqu’ici envisager sérieusement d’entrer dans la course présidentielle.  Une aisance qui le fait même qualifier de  « nouveau Kennedy ».

La vérité est qu’Obama n’est pas un vrai noir !  Il ne l’est que pour ceux qui pensent que la couleur de la peau a de l’importance. Sur le plan culturel, le seul qui importe, Obama est le contraire d’un noir américain. Non par sa mère blanche qui  descendrait du président sudiste Jefferson Davis  - mais aussi, plus classiquement,  de paysans irlandais chassés par la famine de 1846 : aux Etats-Unis, une goutte de sang noir suffit à  vous faire  « black ». C’est de  son père,  Barack Obama Sr, homme politique kenyan de l’ethnie Luo, que le sénateur du Michigan a reçu une empreinte vraiment originale.

Les Luos appartiennent à cette grande famille de peuples pasteurs d’Afrique de l’Est  dits « nilo-hamitiques ». Si l’expression que de Gaulle appliqua une fois aux Juifs  « peuple sûr de lui et dominateur » a un sens, c’est bien dans cette région du monde. Les Nilo-hamitiques sont le contraire d’esclaves ou de descendants d’esclaves. Ces peuples  fiers et guerriers (1)  dominèrent longtemps les Bantous cultivateurs et sédentaires. Ils résistèrent avec succès aux entreprises des marchands d’esclaves arabes de la côte swahilie, quand ils ne collaborèrent pas avec eux.  Eux ou leur cousins sont au pouvoir au Rwanda, au Burundi, en Ouganda, en Ethiopie et au Soudan (quoique les Nilo-Hamitiques soudanais se prétendent Arabes).   De grands hommes politiques de la région comme Julius Nyerere, fondateur du socialisme ujamaa ou Yoweri Museveni actuel président de l’Ouganda en sont. De même l’ancien archevêque de Dar-es-Salaam  Lawrence Rugambwa,  fait premier cardinal africain par une Eglise romaine qui s’y connaît en  chefs.  Kabila, président du Congo est, dit-on,  à moitié tutsi.

Se   rattachent en effet aux peuple nilo-hamitiques  les Tutsis du Rwanda et du Burundi : minorité « noble » pesant entre   5 et 10 % de la population,  qui domina longtemps dans ces deux royaumes la majorité Hutu (lesquels sont des bantous). Renversée au Rwanda en 1960, la minorité tutsi  , aidée par l’ougandais Museveni, est revenue  au pouvoir sous l’égide de Paul Kagame en 1994. L’armée des « ci-devants », exilés depuis plus de trente  ans est rentrée au pays en massacrant à tour de bras. Les tenants du pouvoir majoritaire hutu, pris de panique,  commencèrent alors  à massacrer tous les Tutsis de l’intérieur et leurs amis réels ou supposés: ce fut le grand génocide de 1994. Le pouvoir est aujourd’hui exercé dans ce pays d’une main de fer par une petite minorité de Tutsis de l’étranger – très peu nombreux du fait du massacre des Tutsis de l’intérieur : peut-être 1 % de la population.

La diaspora tutsi en Europe ( particulièrement forte en Belgique ) et dans le monde est depuis lors un relais efficace de la propagande de Paul Kagame :  personne ne conteste le chiffre devenu « canonique » de 900 000 victimes,  pourtant issu d’une source unilatérale ; personne ne parle des massacres de Hutus par les Tutsis qui , quoique moins concentrés dans le temps, ont fait, sur la longue période encore plus de victimes. Tous ceux qui contestent la version officielle propagée par le gouvernement de Kigali sont menacés, où qu’ils se trouvent, de lynchage médiatique ou internautique, ou de procès téléguidés dissuasifs : la France fut ainsi fort injustement mise au banc des accusés dans  l’opération Turquoise  pour complicité avec les génocidaires, jusqu’à ce que Bernard Kouchner aille à Canossa à Kigali (2). Le courageux journaliste Pierre Péan qui a osé contester la version des vainqueurs tutsi et par là  défendre l’honneur de l’armée française dans un livre remarquable (3)  est depuis lors l’objet d’ une persécution sans merci. Agents conscients ou inconscients de l’internationale tutsi, la plupart des journalistes français se sont déchaînés contre son livre. SOS-Racisme a traîné son auteur devant les tribunaux pour racisme et complicité de génocide.

Au Kenya, l’ethnie dominante est au contraire une ethnie bantoue, les Kikouyous, servis par leur majorité relative, leur centralité et surtout  une empreinte anglaise plus forte. L’actuel président kikouyou Mwai Kibaki, usé , s’est vu contesté lors de la dernière présidentielle par une coalition menée par le Luo Rail Odinga,  fils d’Oginga Odinga , homme politique kenyan de la première génération, proche du père d’Obama.  Que Kibaki n’ait été réélu qu’au moyen de fraudes massives est aux origines des graves tensions actuelles de ce pays.

Même si le rôle des Tutsis du Rwanda est sujet à caution, être nilo-hamitique n’a certes rien d’infâmant, bien au contraire.

On comprend cependant, au vu de cet arrière-fond, à quel point le phénomène Obama est singulier, à quel point surtout la culture du candidat démocrate est étrangère à celle du Deep South. Un chef Luo n’a rien à voir avec l’oncle Tom pas plus que les chants guerriers masaï avec les mélopées des cueilleurs de coton du Mississipi !  

C’est ce qui explique sans doute que sa candidature pose si peu de problèmes à l’establishment américain et que, bien qu’il s’agisse, au moins formellement,  d’une candidature « noire », elle paraisse aller de soi. 

C’est ce qui explique aussi peut-être   la difficulté qu’éprouve  la communauté noire américaine à  se reconnaître dans ce candidat issu d’un univers si antithétique au sien. En définitive Obama ne s’en rapproche que par l’action sociale  qu’il a eue  dans les quartiers pauvres de Chicago et par sa femme qui est, elle, une authentique afro-américaine. Son élection éventuelle  ne signifierait pas nécessairement une promotion de la communauté noire.  Il faudrait plutôt l’analyser comme un phénomène sui generis.  

 

 

Roland HUREAUX

 

1.                       Parmi lesquels les célèbres masaïs.

2.                       Pierre Péan, Noires fureurs, blancs menteurs, Mille et Une Nuits

3.                       Ce que pouvait avoir d’incongru cette quasi repentance du ministre des affaires étrangères français a été justement relevé par  l’universitaire belge Filip Reyntjens ( Le Figaro,  30/1/2008 )


 

Article publié dans www.marianne2.fr 

 

 

 

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Lundi 28 avril 2008

 

La menace bien réelle qui pèse sur la survie de la Belgique, dépourvue de gouvernement depuis bientôt six mois en raison de la mésentente des Flamands et des Wallons  amène certains  à remettre en cause les  Etats dits  artificiels.

Des menaces non moins sérieuses pèsent sur l’Espagne où la revendication des « autonomies » va aujourd’hui de plus en plus loin.

Le thème des Etats artificiels avait un temps fait florès en Afrique où de bonnes âmes   dénonçaient le caractère arbitraire des frontières héritées de la colonisation, qui ne tenaient pas  compte des réalités tribales.

Il existe aujourd’hui en Europe des mouvements,  bien vus en Allemagne mais aussi à Bruxelles  qui, au nom de la défense des cultures et des langues régionales, ou au nom de  l’ « Europe des régions »,  promeuvent sournoisement un redécoupage de l’Europe sur une base ethnique, ce qui aurait pour effet, selon une recette expérimentée en d’autres temps,  de grossir l’Allemagne et d’amoindrir à peu près tous les autres Etats !

Ces discours récurrents  ne tiennent pas compte d’une donnée fondamentale : dans  aucun continent, les Etats modernes – et même ceux qui ont une histoire déjà longue -, ne coïncident, ni près avec des réalités ethniques. Partout dans le monde, et pas seulement en Afrique, des frontières coupent des tribus, des peuples, des civilisations homogènes. Le recensement de ces situations serait long :  les Thaïs se trouvent non seulement en Thaïlande mais aussi au Vietnam, les Malais en Malaisie et en Indonésie, les Patchounes au Pakistan et en Afghanistan, les Kirghiz  en Afghanistan et au Kirghizstan, les Ouzbeks en Afghanistan et  en Ouzbékistan. Il y a des Azéris en Azerbaïdjan et en Iran et, des Russes au Kazakhstan etc.

Le cas le plus problématique et sans doute celui qui mérite aujourd’hui d’être le plus pris au sérieux est celui des Kurdes, dépourvus d’Etat et répartis entre l’Irak, l’Iran, la Turquie et même la Syrie.  

On sait que  la même situation est de règle en Afrique, avec par exemple les  Masaïs éclatés entre les  le Kenya et la Tanzanie, les Tswanas entre l’Afrique du Sud, le Botswana et le Zimbabwe, les Ovimbundus entre l’Angola et la Namibie, ou encore les Sarakolés entre le Mali, la Mauritanie  et le Sénégal. Curieusement un des pays les plus désordonnés de ce continent est la Somalie, ethniquement homogène, celui qui a connu les massacres les plus horribles, le Rwanda,  dont les  frontières, loin d’être artificielles,  sont  bien antérieures à la colonisation.

Le problème se pose différemment en Amérique où l’immigration européenne, la traite des Noirs, le  métissage ont  largement estompé les clivages ethniques antérieurs à la découverte. Au contraire, on chercherait en vain les différences ethniques entre des pays comme l’Argentine, le Chili ou l’Uruguay, voire les Etats-Unis et le Canada anglophone. Ce dernier s’inscrit au contraire dans un ensemble biculturel, contesté mais  qui subsiste toujours.

Pourquoi  donc s’offusquer qu’il y ait des Flamands en Belgique, en France avec des cousins très proches aux Pays-Bas ? Des Flamands et des francophones en Belgique, que l’ethnie basque se trouve répartie entre la France et l’Espagne (9/10 en Espagne, 1/10 en France), la culture catalane également entre la France et l’Espagne, qu’il y ait des francophones en France, en Belgique, en Suisse et en Italie, que les Corses français soient culturellement  proches de l’Italie, les Alsaciens de l’Allemagne. Rappelons qu’il y a des Hongrois en Slovaquie et en Roumanie, des Bulgares et des Albanais en Macédoine.

Les seules  tentatives de créer au XXe siècle des Etats ethniques furent le fait de régimes totalitaires : le régime nazi, bien sûr, le régime soviétique (quoique le découpage des républiques soviétiques selon le critère ethnique : Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan etc. n’ait pas été partout parfait ), et l’Afrique du Sud qui créa elle aussi au temps de l’apartheid des Etats artificiels sur une base ethnique, les bantoustans. Peu glorieuses références.

Les opérations de « purification ethnique » visant à créer des Etats homogènes  qui ont eu lieu, au détriment des Allemands en 1945  et  (principalement)  des Serbes en 1995  furent des tragédies qui ne sauraient non plus être érigées en exemples.

C’est dire qu’on aurait tort de regarder avec un a priori systématiquement bienveillant toutes les revendications autonomistes, voire indépendantistes qui se déchaînent aujourd’hui à travers l’Europe – pas seulement en  Belgique -  et le monde. Certaines de ces revendications (nous avons évoqué le cas des  Kurdes) sont compréhensibles du fait de la dimension du peuple concerné et de sa spécificité, beaucoup d’autres portent avec elles le risque  d’une régression ethniciste, laquelle, si elle devait être généralisée replongerait le monde – et  pas seulement l’Afrique – dans le chaos.

L’Afrique après la colonisation s’est, avec sagesse, fixée comme règle  l’intangibilité des frontières tracées à l’indépendance; ce principe  fut longtemps un des fondements de l’ONU, et en Europe un des piliers des accords d’Helsinki. Il  est regrettable que l’on ait fait une exception avec la Yougoslavie et la Tchécoslovaquie, aujourd’hui éclatées. Il est encore plus dommage que les Américains et les Européens, avec une invraisemblable légèreté,   encouragent   l’indépendance au Kosovo qui a la taille de deux départements français !  Une décision qui serait lourde de conséquences, sans doute funestes, à commencer par l’éclatement de la fragile  Bosnie multiethnique.

Si l’on considère ce qui se passe à travers le monde, il y a au total le niveau de l’ethnie – qu’elle soit conçue comme une entité raciale ou seulement culturelle  -, il y a ou il y a eu dans certains cas celui de l’Empire, fédérant par la force  des entités diverses et hétérogènes (Empire romain, Empire britannique, Empire français) ; il y a entre les deux l’Etat national doté généralement  d’une certaine homogénéité mais pas de manière systématique, loin s’en faut. Ce dernier n’est pas, comme la tribu, un produit de la nature, ni comme l’Empire de la conquête et de la contrainte, il résulte de l’histoire  et de la civilisation. Il est à respecter  comme tel.

 

Roland HUREAUX

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